« La Cabane » : un double défi doctrinal et pastoral pour l’Eglise aujourd’hui (2)

La Cabane, roman de William Paul Young (2009)

Suite de la partie précédente [à lire en premier] consacrée à « La Cabane » de W. Paul Young. Comment expliquer son succès alors que son contenu est problématique ? Quelle est la vision du monde de W. Paul Young, laquelle rend la théologie de l’œuvre problématique ?

Et, question cruciale soulevée à juste titre par Albert Moehler, « ces doctrines aberrantes sont-elles des détails de l’histoire ou le message de l’œuvre ? »(8)

Il semble bien qu’il s’agisse là, non d’un « détail » mais bien du message de l’œuvre. François Brooks(9),  philosophe québécois, souligne que « William P. Young propose quelques innovations dans son roman », tout en surfant sur l’air du temps. « Sans toucher aux attributs classiques de Dieu — bonté, omniprésence, omnipotence, éternité — il insiste sur l’idée que Dieu est d’un amour invincible et d’une liberté totale qui n’exige aucune contrepartie, aucun rituel ou engagement ». En effet, ce Dieu selon W. Paul Young ne juge pas, ne condamne pas et n’intervient pas dans la vie des gens : en présentant une trinité de type familial, l’auteur propose, selon François Brooks(9), « une nouvelle relation à Dieu à l’image de notre devoir parental contemporain », postulant « l’état relationnel, sorte d’état de grâce qu’il oppose à l’autonomie considérée comme néfaste. Déjà présente dans l’air du temps, l’idée est reformulée avec une grande netteté », vu que « la chrétienté est aujourd’hui réduite au simple rôle de consolation individuelle — exempte de rituels — dans un monde morcelé par les médias luttant férocement pour notre temps de cerveau ». Et, poursuit François Brooks(9), « le programme des valeurs proposées par Young fournit une perspective intéressante et novatrice puisqu’il permet à chacun de rallonger une mythologie chrétienne (sic) déjà présente dans les esprits (mêmes occidentaux très répandus) en se la réappropriant pour l’adapter [à sa sauce] aux principales valeurs de l’époque : féminisme, écologisme, individualisme, anticonsumérisme sentimentalisme, populisme et onirisme fantastique ».

Ainsi, cet engouement pour « La Cabane » serait-il révélateur d’une soif de relation avec Dieu, à l’opposé d’une vision jugée « rituelle ou légaliste de la spiritualité parfois reprochée aux chrétiens » ?(10)

En réalité, comme l’analyse finement une journaliste britannique, son succès tient surtout « à  l’appétit sans limite des Américains pour l’auto-édification spirituelle : plus c’est horriblement sucré, mieux c’est ». « La Cabane » semble répondre à un nouveau besoin de spiritualité sans Église, libérée de toute orthodoxie(11). D’autant plus que, de l’aveu de W. Paul Young lui-même : « Je n’aime pas la religion organisée. L’Oregon est l’État où la pratique religieuse est la plus basse, et pourtant je trouve que les gens sont intéressés par les discussions sur Dieu, sur Jésus, sur le sens de la vie et de la mort. Pour moi, les églises se trouvent n’importent où, même dans une cuisine où on partage un repas avec des amis. C’est pour cette raison que j’ai inclus la trinité dans (« La Cabane ») : pour moi, la base de la foi, c’est la certitude que Dieu est là pour aimer, pour faciliter les relations avec les autres.» (12)

« Le chemin du pardon », film de, adaptation de « La Cabane » de W.P. Young.

Nous le voyons donc, du fait de son succès et en dépit de son contenu problématique, « La Cabane » nous lance un double défi doctrinal et pastoral en ce que l’œuvre bouscule nos propres représentations de Dieu, tout en nous interpellant (indirectement) quant à nos façons de répondre et d’accompagner ceux qui souffrent ou sont en quête de pardon (de pardon à ceux qui nous font du mal – un mal « impardonnable », à soi ou même à Dieu) et de sens.

Comment répondre de façon pertinente à ce double défi ? Si je ne m’abuse, les réponses apportées ont été surtout « doctrinales » – contre les erreurs effectives, décelées et dénoncées dans « la Cabane » – et bien peu « pastorales ».

Certes, d’excellentes réponses/pistes doctrinales ont été apportées et celles-ci ne sont pas à négliger(13). En voici encore quatre, parmi d’autres, particulièrement pertinentes, d’autant plus que trois d’entre elles ne concernent pas directement « La Cabane »:

Pour Albert Moehler, déjà cité, « le fait le plus troublant et que tant de lecteurs sont attirés par le message théologique de ce livre, et manque de voir où il contredit la Bible en tant de points.  La réponse n’est pas de bannir la Cabane ou de l’arracher des mains des lecteurs. Nous n’avons pas besoin d’avoir peur des livres – nous devons être capable de leurs répondre. Nous avons désespérément besoin d’une guérison théologique qui ne peut venir que par la pratique du discernement biblique. Cela requiert que nous identifiions les dangers doctrinaux de la Cabane, bien sûr. Cependant, notre vraie tâche est de réhabituer les évangéliques aux enseignements bibliques sur ces questions même, et de déclencher un réarmement doctrinal des croyants chrétiens. La Cabane est un appel au réveil pour les évangéliques chrétiens »(14).

Paul Washer, dont les propos relatifs à l’ouvrage Justification et régénération de Charles Leiter trouvent toute leur actualité (à croire qu’ils aient été écrits pour « La Cabane » !), répond, quant à lui : « Il semble y avoir un énorme abîme entre le théologien biblique et le chrétien ordinaire. Tandis que le théologien réussit à grimper l’Everest de la vérité de Dieu et ainsi être transformé par cette vision, il communique souvent cette vision dans un langage inaccessible. Par conséquent, nous sommes à la merci de la littérature chrétienne populaire qui bien souvent n’est rien d’autre qu’un ramassis d’histoires pittoresques, empreint de pragmatisme et de psychologie christianisée. L’Église contemporaine n’a pas besoin de stratégies, de démarches, ou de clés additionnelles pour comprendre et vivre la vie chrétienne. L’Église a besoin de la vérité, et en particulier, des grandes vérités fondamentales du christianisme historique ». Ainsi, par exemple, « les grandes doctrines de la justification et de la régénération », qui « ne peuvent qu’être considérées dans le contexte d’autres grandes doctrines de la foi, entre autres le caractère saint et juste de Dieu, la dépravation humaine, la propitiation, la repentance, la foi et la sanctification ». Il ne s’agit pas seulement de donner « un aperçu équilibré de chacune de ces doctrines », mais de démontrer à quel point « elles sont étroitement liées pour former la base de la vie chrétienne »(15).

Michel Block, pasteur EPUdF à Brest, lors du forum des Attestants 2018 à Paris, déclare être « très sensible à cet avertissement que Paul lance aux Corinthiens : Autrement, vous auriez cru en vain  (1 Cor.15v2). « Si, comme les Corinthiens du temps de Paul, l’Évangile que nous avons reçu, dans lequel nous avons persévéré et par lequel nous sommes sauvés devait être désormais retenu dans d’autres termes (c’est-à-dire selon un autre fond) que ceux dans lesquels il nous a été annoncé, alors, nous aurions cru en vain, notre foi serait vaine, et la raison d’être de l’Église serait caduque. Je ne veux pas dire que je sois attaché à un conservatisme figé quant à la lettre des formulations de la foi ; je crois même qu’il est nécessaire de chercher les expressions les plus adéquates pour nous faire entendre de nos contemporains, mais cet effort ne doit pas être fourni au prix de l’évacuation de la vérité que ces manières de dire doivent exprimer »(16).

Enfin, le pasteur et « theologeek » Olivier Keshavjee s’interroge, dans un article quelque peu ancien mais toujours actuel lui aussi, sur ce devrait être « la tâche de l’Église dans une société sécularisée » et ce qu’est l’évangélisation dans un tel contexte. Il constate que « de nombreux chrétiens ont accueillis à bras ouvert la sécularisation comme une forme de libération rendue possible par l’Évangile, comme un espace libre de tout contrôle religieux ou idéologique, qui laisse la place à l’individu d’exercer en toute liberté sa propre rationalité et moralité. Pourtant, les dogmes ne disparaissent pas simplement parce qu’on bannit le terme (…) Nous avons besoin d’idoles pour remplir l’espace vacant crée par l’abandon du Dieu vivant. Au final, notre société n’est pas séculière, mais païenne, une société dans laquelle hommes et femmes donnent leur allégeance à des non-dieux. La société sécularisée n’est donc pas un espace neutre et libre dans lequel nous pouvons projeter le message chrétien. C’est un territoire occupé par d’autres dieux. Nous avons à faire à des principautés et pouvoirs(17).

Ceci dit, une réponse pertinente au double défi soulevé par « La Cabane », le livre et le film, se doit d’être équilibrée, et donc toute à fois doctrinale et pastorale, face à ceux qui, aujourd’hui, peinent à saisir la pertinence de l’Eglise avec un grand « E » et de son expression locale, l’église avec un petit « e ».

Face au peu d’importance que W. Paul Young accorde, dans « La Cabane », à l’Eglise en particulier et plus largement à la collectivité/communauté, le même Olivier Keshvajee rappelle fort à propos que « l’Eglise fait partie de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ. La solitude est une des formes de précarité les plus violentes de notre société. L’Eglise est le moyen privilégié par lequel Dieu répond à cette aliénation: c’est le lieu où nous pouvons êtres sauvés socialement, redressés, réintégrés dans un tissu relationnel vital et retrouver notre dignité dans dans le regard d’un·e autre. Dieu nous sauve en nous réconciliant les uns aux autres, en nous unissant par des liens plus solides que ceux de la famille biologique. Tout le monde est invité — y compris ceux que la société considère comme ses déchets, ces gens parfois un peu pénibles, qui nous mettent mal à l’aise, qui sentent parfois mauvais, qui ont souvent mauvaise réputation — ceux vers qui Jésus allait, quoi. Et puis c’est dans l’Église, dans ce contexte d’amour et de vérité que la Parole puissante et guérissante du Christ est appliquée à nos vies, jour après jour, prière après prière, cène après cène, pour nous faire goûter toujours d’avantage à sa libération. Y compris libération de l’alcool, de la coke ou de l’héro »(18).

Et pour finir (provisoirement) sur ce long argumentaire(merci d’avoir lu jusqu’au bout !), voici la propre démarche d’accompagnement du Seigneur Jésus-Christ vis-à-vis des disciples d’Emmaüs en Luc 24v13-35, laquelle devrait nous inspirer, étant remarquable à plusieurs égards :

L’accompagnement de Jésus consiste d’abord à rejoindre l’autre là où il en est et à faire route avec lui ; il se base sur l’écoute, « l’art de poser les bonnes questions » mais aussi sur les Ecritures bibliques, sources de foi et d’autorité pour le chrétien, et témoignant du Dieu véritable.

L’accompagnement, enfin, implique de prendre le temps d’un arrêt pour partager le pain avec celui ou ceux qui souffrent ou qui doutent. Comme nous pouvons le voir en Luc 24v28-35, c’est ce partage du pain qui révèle (ouvre les yeux sur) Christ ressuscité et pousse les disciples « relevés » à revenir vers leurs frères pour leur annoncer la bonne nouvelle (19).

Il en ressort que cette « expérience » des disciples d’Emmaüs d’une rencontre personnelle avec Jésus est plus qu’une simple « expérience » subjective. Elle s’ancre dans la vérité, autant que dans l’amour et la compassion.

Car l’accompagnement véritable en Christ nous permet de connaître la vérité, « une vérité qui affranchit » et rend « réellement libre »(Jean 8v32). Et, n’en déplaise à W. Paul Young, pour pouvoir vivre la liberté, il nous faut donc passer par la libération, soit le fait d’être toujours portée en avant dans un processus d’émancipation(20). Et l’accompagnement s’opère, non pas en « électron libre », mais dans un cadre communautaire. Ce qui implique aussi que se lèvent des personnes appelées, disposés et disponibles pour former, équiper et accompagner.

 

Notes :

(8) https://phileosophiablog.wordpress.com/2017/06/26/la-cabane-ou-lart-perdu-du-discernement-evangelique/

(9) http://www.philo5.com/Cogitations/121018DieuPlaideCoupable.htm

(10) http://www.christianismeaujourdhui.info/articles.php/la-cabane-polar-spirituel-de-l-ete-3233.html

(11) https://www.books.fr/dieu-est-une-femme/

(12) http://www.lapresse.ca/arts/livres/200902/15/01-827524-un-succes-bati-sur-le-drame-et-la-spiritualite.php

(13) A lire, notamment ici https://www.larebellution.com/2017/10/20/la-cabane/ ou https://soyonsvigilants.org/2017/03/27/la-cabane-la-verite-sur-son-auteur-wm-paul-young/)

(14) https://phileosophiablog.wordpress.com/2017/06/26/la-cabane-ou-lart-perdu-du-discernement-evangelique/

(15) http://www.blfeditions.com/justification-regeneration/

(16) https://lesattestants.fr/transmettre-ou-temoigner/

(17) http://www.theologeek.ch/2015/02/27/evangeliser-dans-le-contexte-de-la-secularisation/ 

(18) http://www.theologeek.ch/2014/08/15/leglise-bonne-nouvelle/

(19) https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2017/06/21/quand-le-seigneur-reviendra-sur-la-terre-trouvera-t-il-encore-des-pasteurs/

(20) https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2016/01/27/la-liberte-de-choix-une-illusion-une-malediction-heritee-de-la-chute/ ; https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2016/02/03/la-liberte-de-choix-une-illusion-une-malediction-heritee-de-la-chute-2/

 

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L’action du mois : suivre la formation Libérer !

« Libérer ! » Le temps d’une formation pour vivre une transformation et expérimenter, sur un fondement de vérité, que Jésus « est le même » : certes « hier » mais aussi « aujourd’hui » et « éternellement ».

Libérer ! est une excellente formation certifiante à l’accompagnement spirituel, proposée par les Eglises protestante unies du Marais et de Belleville, à Paris. Elle s’inscrit dans le cadre du panier de formation inter-Eglises au sein de la Fédération protestante de France, intitulé byReformation.

Pour qui ?

Libérer ! est avant tout destiné aux chrétiens de toutes dénominations (pasteurs/anciens, prêtres, et tout responsable « laïc » engagé dans un ministère) qui ont la volonté de s’engager en Eglise et/ou être renouvelés pour des ministères d’accompagnement spirituel, de relation d’aide et de conseil pastoral, incluant notamment les dimensions de la guérison spirituelle et de la délivrance.

Enracinée dans les Écritures Bibliques, elle s’appuie sur plus de 10 ans d’expérience-« maison » novatrice de l’Église Protestante Unie du Marais en matière d’accompagnement spirituel (50 personnes formées à l’accompagnement, soit un peu plus de 80 heures de formation).

Une formation équilibrée

J’ai déjà suivi les modules 1 et 2 l’an dernier et peut attester qu’elle est très équilibrée sur les plans théologiques et pratiques.

Libérer ! ne propose pas « de truc » ou de « technique », mais nous invite à nous exercer à l’écoute de la Parole de Dieu – plutôt que d’agir de manière systématique et stéréotypée – et à mettre cette Parole en pratique. Il ne s’agit pas de souhaiter d’être « plus » ou « mieux » informés, mais de nous laisser transformer pour expérimenter, sur un fondement de vérité, que Jésus « est le même » : certes « hier » mais aussi « aujourd’hui » et « éternellement »(Hébr.13v8). Cette formation se veut donc tout à la fois « un lieu d’enseignement et de témoignage de l’action du Saint-Esprit », toujours actuel, « dans la vie des chrétiens ». L’on peut venir aussi « pour soi », pour vivre une guérison et une libération personnelle, dans la perspective de le retransmettre à d’autres. Personnellement, j’y ai beaucoup appris quant aux enjeux pratiques liés à l’autorité et au mandat libérateur du chrétien (délivrance, combat spirituel, guérison).

Ensuite, l’équilibre de cette formation vient de ce qu’elle nous invite à sortir hors des « disputes théo » clivantes (et parfois stériles), entre les supposés partisans d’un « modèle ekbalistique » (du grec « ekballô« =  « chasser » –  des démons, s’entend) et les partisans d’un supposé « modèle pastoral » ou « biblique » de l’accompagnement (ces derniers, sauf erreur, s’opposent généralement à la pratique de la délivrance sous prétexte qu’à partir du moment où nous sommes « en Christ », il ne peut y avoir d’autre présence de Christ en nous).

Enfin, la vision tripartite de l’homme (Dieu nous a fait corps, âme, esprit) de Libérer ! nous permet de résoudre certaines difficultés, liées aux limites des approches exclusivement « spirituelles »/ « spiritualisantes » ou exclusivement « psychiques » (celle de la « relation d’aide », avec une vision anthropologique et intellectuelle inspirée de la psychanalyse/la psychologie). Elle nous permet ainsi de discerner si nous avons à affaire à du somatique, du psychique ou du spirituel, et d’apporter un « traitement holistique » adapté, sachant qu’aucun de ces domaines n’est véritablement étanche. Elle nous permet enfin de sortir de l’impasse due à l’opposition entre « délivrance » et « accompagnement » (pastoral), alors que les deux sont liés. En effet, apprend-t-on dans cette formation, selon les situations, certaines personnes auront d’abord besoin d’être libérées, avant de pouvoir être accompagnées. Et dans les deux cas, la repentance joue un rôle majeur. Elle est même une clé de la vie chrétienne.

C’est où ? C’est quand ? Comment s’inscrire ?

Sur le plan pratique, le cycle de formation, qui forme un tout, se compose de trois modules, chacun comportant des séquences d’enseignements, de travail en groupes et des temps de prière.

Libérer! 1 : Libérer le corps, l’âme et l’esprit
En développant une conception tripartite de l’humain (corps, âme, esprit), le Nouveau Testament nous éclaire sur les strates où doit se déployer la guérison de notre être. Le règne de Dieu s’étend sur toutes ces zones de notre intériorité.

Cette première session aura lieu les vendredi 1er et samedi 2 décembre 2017. Il est encore possible de s’inscrire ici ou , que vous habitiez la région parisienne ou non.

Libérer! 2 : Libérer, délier, délivrer
Nous ne luttons pas contre la chair et le sang, nous ne nous battons pas contre les personnes, mais en Christ nous obtenons la victoire sur des puissances spirituelles qui agissent. Forts de l’expérience de Jésus, des apôtres, d’une part, et de l’anthropologie moderne (psychologique notamment), comment marcher vers la liberté ?

28, 30 avril et 1er mai 2018

Libérer! 3 : Pratique de l’accompagnement spirituel et transmission

Du 25 au 29 juin 2018

Pour être éligible au Certificat Libérer! il faut avoir fait les trois stages et avoir validé l’examen final.

La formation est gratuite mais il est possible de faire une offrande pour soutenir ce ministère. Note : coût réel estimé au minimum à 200 euros/personne, sachant que les questions financières ne doivent pas être un frein à l’inscription)

En savoir plus : http://www.liberer.fr/

 

Quand le Seigneur reviendra sur la Terre, trouvera-t-il encore des « pasteurs » ?

L’Église d’aujourd’hui a besoin de « vrais pasteurs », c’est-à-dire de personnes disponibles pour veiller, accompagner et soigner ceux que le Seigneur, « le Souverain Berger » leur a confié. Source : Rawpixel

Les églises d’aujourd’hui ne manquent pas de « ministères » !

En effet, il existe des ministères « de louange », centrés sur l’adoration ; des ministères dits « diaconaux », qui prennent soin des gens sur le plan matériel ; et il y a des ministères de « relation d’aide », très marqués par la vision du monde de la psychologie, parfois plus que par l’anthropologie biblique, et travaillant la plupart du temps hors des églises locales et communautés réelles, alors que c’est au cœur des relations que l’on guérit ses relations.

Mais ce qui semble être un atout cache une réalité plus problématique : si les églises ne manquent pas de ministères, on n’y trouve presque plus de « pasteurs » ou de « bergers » au sens biblique du terme, C’est-à-dire des personnes qui, sans être forcément des « clercs », passent l’essentiel de leur temps à prendre soin et à accompagner. Le verbe « accompagner » signifie « partager son pain avec » [ce qui a aussi donné « copain »] et tout accompagnement dit « pastoral » est avant tout « fraternel », de fait enraciné dans la vie communautaire. Quand je suis accompagné spirituellement ou que j’accompagne quelqu’un d’autre, je fais route avec lui jusqu’au partage du pain (de la Cène) qui révèle Christ ressuscité, comme l’illustre la scène( !) des pèlerins d’Emmaüs en Luc 24v28-35.

Or, dans certaines églises protestantes « historiques » et protestantes évangéliques, ceux que l’on appelle « pasteurs » sont en réalité des « docteurs » ou des enseignants : ils ont « BAC +++ », connaissent la philosophie antique et moderne, ainsi que l’hébreu et le grec anciens. Dans les églises évangéliques, les « pasteurs » sont en réalité des « évangélistes », avec parfois un charisme de guérison, appelant tous les dimanches à la conversion. Certains sont des « apôtres », préoccupés par le nombre d’implantations d’églises. D’autres encore sont des « prophètes », exhortant le troupeau à ne plus être perdu, alors que leur rôle serait justement de les faire paître.

L’Église d’aujourd’hui ne manque pas de « ministères » mais a grand besoin de « vrais pasteurs », c’est-à-dire de personnes disponibles pour veiller, accompagner et soigner ceux que le Seigneur, « le Souverain Berger »(Hébr.13v20) leur a confié.

Quelle serait alors « la fiche de poste » pour un « vrai pasteur » ? A ce sujet, la Bible, Ancien et Nouveau Testaments, peut nous éclairer.

Il est premièrement celui sur qui l’on peut compter. Il n’est pas le propriétaire du troupeau mais celui qui rend compte de chacune des brebis qu’on lui a confié – et qu’il ne choisit pas (1 Pie.5v2)- parfois au péril de sa vie (Jean 10v11)

Voici, en guise d’illustration, une scène saisissante en Amos 3v12 : le berger est celui qui ose lutter avec le lion qui a sauté sur son troupeau, pour lui arracher « deux pattes » et « un bout d’oreille » de la brebis attrapée. Il doit rapporter les restes de l’animal et du combat au propriétaire du troupeau, pour montrer que la brebis a été perdue malgré lui, dans un guet-apens et non pas égarée par sa faute.

Et si des brebis distraites se sont égarées « un jour de nuages et de brouillard » (Ez.34v12), il se doit de partir à leur recherche, jusqu’à ce qu’il les trouve, obéissant à l’appel de Dieu(cf Luc 15v4)   . Aucune ne doit manquer à l’appel.  Il est celui qui  compte et recompte les brebis, « les connaissant toutes par leur nom » (Jean 10v3), et qui les accompagne dans toutes les saisons de la vie, de leur naissance à leur mort.

Il est intéressant de noter qu’il est demandé au berger du troupeau de se préoccuper du nombre confié. Non pour l’augmenter- Ce sera le travail du « pécheur d’hommes »(Marc 1v17) – mais pour veiller à sa croissance, avant tout qualitative. Et ce, à l’instar de Dieu, qui se concentre sur un seul peuple, qu’Il a « choisi », « élu », « mis à part », et qu’Il appelle à être « saint », parce que Lui est « Saint » (Lévit.11v44).

Enfin, le berger n’est pas celui qui « envoie paître » mais celui qui « sort devant » le troupeau (Jean 10v4) et le fait aller là où il va et s’arrêter là où il s’arrête : « les verts pâturages » (Ps.23v2-3), propre à nourrir les brebis. Ce qui implique que le berger sache où il va, lire et suivre les instructions du ciel.

 

 

Sources/inspi :

Boucomont, Gilles. Au nom de Jésus : libérer le corps, l’âme, l’esprit. Ed. Première partie, 2010, pp 175-176

De Luca, Erri. Le métier d’Abel IN Comme une langue au palais. Arcades/Gallimard, 2006, pp 9-27.

Voir aussi :

Marshall/Payne. L’essentiel dans l’Eglise : apprendre de la vigne et de son treillis. IBG/Clé, 2014 (pour redécouvrir ce qu’est le « sacerdoce universel, selon Eph.4v1-16)

Baxter, Richard. Le pasteur chrétien. Impact héritage, 2017 (ou la version électronique gratuite)

Kallemeyn, Harold. La visite pastorale IN La Revue réformée, N° 228 – 2004/3 – JUIN 2004 – TOME LV. L’auteur se propose d’étudier quelques fondements bibliques de la visite pastorale à partir des chapitres 2 et 3 de la Genèse. Dans cette présentation, un sens assez large est donné au mot « pastoral » pour inclure la tâche des anciens, des diacres et des aumôniers qui, avec le « pasteur titulaire », sont appelés à rendre visite au nom du Christ.