Élections 2017 : ce que les chrétiens ne doivent pas oublier

Quel est votre regard sur vos propres engagements sociaux et politiques ? (Et ceux de vos frères et soeurs en Christ ?) L’est-il à la lumière de la Bible.
(Première de couverture du roman « La Lucidité » de José Saramago)

Le premier tour de la présidentielle 2017 approche, et avec lui un risque de polarisation, soit tout ce qui peut risquer de diviser les chrétiens entre eux selon des lignes politiques plutôt que théologiques et bibliques. Chacun de nous est convaincu que tel parti, tel vote est le meilleur, le plus cohérent, le moins dangereux. C’est normal : c’est ce que le vote politique est. Mais les tensions politiques et sociales actuelles ne militent pas en faveur d’un dialogue sain, même dans nos Églises. Le deuxième tour en particulier promet d’être un défi pour nos Églises. Les quelques réflexions proposées ici par Yannick Imbert,  professeur d’apologétique à la faculté Jean Calvin à Aix-en-Provence, ne sont bien sûr que sa propre opinion. Elles ne sont faites que pour nous encourager à un regard critique sur nos engagements sociaux et politiques, et de toujours le faire à la lumière de la Bible.

La suite à découvrir sur le site TGC Evangile 21.

La « Macron-économie » est-elle un danger ?

« Dérégulation ». Par Clay Bennett. Times free press

Le monde est-il menacé par une nouvelle crise financière ?

 Un article de La Tribune dénonce l’idéologie financière de l’ex-banquier d’affaires, candidat à l’élection présidentielle :

« Emmanuel Macron ne veut pas être réduit à « quatre années » de sa vie au cours de laquelle il était banquier d’affaires. Mais la vraie question est ailleurs : c’est celle de sa vision de l’économie.

C’est sans doute un signe des temps. Alors que François Fillon et Marine Le Pen ne cessent de viser « la presse du système », lors de sa conférence de presse de présentation de son programme électoral le 2 mars, Emmanuel Macron a fait publiquement la leçon à un journaliste de Mediapart. Il l’a accusé de « faire le lit du Front National » en le « réduisant à quatre années de sa vie », celle où le candidat d’En Marche ! était banquier d’affaires. Irrésistiblement, ce genre de recadrage d’un journaliste par un politique fait penser à une autre conférence de presse, celle où Donald Trump dénonçait les « Fake News Medias » (les « médias de fausses nouvelles »). Du moins, ces attaques n’étaient, alors, pas saluées par des applaudissements.

Un problème de fond

Mais plus encore que la forme, c’est le fond qui interpelle. Emmanuel Macron entend ne pas être réduit à son expérience financière. Il en a le droit, bien évidemment. Mais le droit de la presse est évidemment de lui demander des comptes sur ce qu’un candidat à la magistrature suprême de la République a retenu de cette expérience. Elle en a d’autant plus le droit que l’enjeu n’est pas mince. Dix ans après le début de la crise financière, la France pourrait disposer de deux anciens banquiers à des postes clés : Emmanuel Macron à la présidence de la République et François Villeroy de Galhau au poste de gouverneur de la banque de France. Au moment même où le risque d’une nouvelle vague de dérégulation menace le monde par l’action de Donald Trump, cette disposition institutionnelle doit nécessairement conduire la presse à s’interroger sur ce sujet. Le « recadrage » du journaliste par le candidat n’en est alors que plus étonnant.

Emmanuel Macron revendique fièrement ces quatre années d’expérience dans la banque d’affaires. « Cela m’évite de dire beaucoup de bêtises et me permet de connaître la grammaire du monde des affaires de notre pays », explique-t-il. Autrement dit, pour le candidat en marche, la banque d’affaires permet d’atteindre la vérité économique. Ceci ne signifie rien d’autres qu’une acceptation d’un certain ordre économique, celui mis en place depuis quarante ans, selon lequel la finance dérégulée est le cœur de l’économie. Mais c’est précisément cet ordre – que Donald Trump va essayer de rétablir outre-Atlantique – qui a causé les désordres actuels ».

Car « faut-il rappeler que la crise de 2007 n’est pas une crise de la dépense publique excessive ou de la compétitivité de la France ? C’est une crise financière majeure qui s’est transmise à l’économie réelle comme une traînée de poudre et qui a perturbé l’ensemble de l’économie réelle. C’est une crise financière qui a appauvri les Etats et qui a mis à jour l’illusion du projet que sous-tend la réponse d’Emmanuel Macron : celle de la croissance menée par la finance dérégulée. Comme l’ont montré de nombreuses études économiques, notamment celles de Michel Aglietta en France, la financiarisation de l’économie et la prédominance de la priorité donnée à l’actionnaire, a conduit à un recul de l’investissement productif et à un affaiblissement généralisé de l’économie réelle ».

La suite, sur le site de La Tribune.

Pour aller plus loin encore, ces deux articles publiés sur le blogue « Les crises » : « 30 ans de dérégulation financière »  et « Too Big to Fail to Regulate ».

Il y est notamment rappelé que la crise financière est en grande partie survenue parce que, « depuis les années 1980, l’idéologie néoconservatrice a supprimé les règles de prudence mises en place après la crise de 1929. Or, l’éminent historien de l’économie Charles Kindleberg a montré dans son Histoire mondiale de la spéculation financière (Valor, 2004) qu’une crise financière avait éclaté à peu près tous les dix ans pendant les quatre cents dernières années. Sauf dans la période 1945-1971, où aucune crise n’est survenue, en raison du consensus général pour une régulation très forte du secteur financier…… »

D’autre part, « dans notre économie, nous attendons des entreprises et des individus qu’ils cherchent des profits mais qu’en même temps ils fournissent des biens et des services de qualité tout en se comportant correctement. Malheureusement, nous avons été témoins d’une érosion du sens des responsabilités et de l’éthique qui a exacerbé la crise financière. […] Accuser en premier lieu la cupidité et la démesure serait trop simpliste. C’est l’échec à prendre en compte la faiblesse humaine qui est la clé dans cette crise. » [Rapport Angelides sur la crise financière, 2011]

 

Si Marine Le Pen l’emporte, les frontières françaises se fermeront-elles au bout de trois semaines ?

« Limiter à 10 000 par an le nombre de nouveaux immigrants légaux en France ». D’où vint ce chiffre ? De quoi parle le FN et qui est concerné ?

Limiter à 10 000 par an le nombre de nouveaux immigrants légaux en France. C’est le chiffre avancé par le FN depuis six ans, comme mantra de sa politique anti-immigration. Le programme du FN n’en dit pas plus. Les déclarations de ses responsables varient sur le sujet. D’où vient ce chiffre ? De quoi parle le FN et qui est concerné ? Les étudiants étrangers, les parents étrangers de Français, les immigrés, étrangers ou devenus Français, et les Européens en cas de sortie de l’Union… ? Si ce plafond est appliqué, tout séjour légal en France sera interdit au bout de quelques semaines. Explications sur Bastamag.

Présidentielle : Jésus serait-il « le président honoraire d’un club d’investissement » ?

Existe-t-il un « vote chrétien » ? Jésus serait-il le « président d’honneur » d’un parti quelconque ?
(Source : « Mockingbird »)

Pourquoi le « vote chrétien » est un mythe, et pourquoi « c’est heureux » qu’il en soit ainsi :

Dans un billet publié sur « Point théo », Louis Schweitzer, pasteur de la fédération baptiste et professeur d’éthique, nous invitait à prendre conscience du caractère complexe et paradoxal d’une élection : « Sans nous faire d’illusion sur les résultats d’une élection, nous devons avoir conscience qu’ils ne seront pourtant pas sans conséquences sur la vie concrète dans notre pays. Une des difficultés est que ces conséquences toucheront des domaines très variés. S’il n’y en avait qu’un, les choses seraient plus simples : nous chercherions de quel candidat nous nous sentons le plus proche et nous voterions pour lui. Malheureusement, nous nous sentons souvent proche de l’un sur un thème et d’un autre sur un autre sujet. Le grand danger, pour les chrétiens comme pour bien d’autres, serait de tout réduire à une unique question. Cette manière de faire est passionnelle et surtout réductrice »

Une intervention à rapprocher de ces deux autres, faites jeudi 30/03, le matin sur France Inter. Lesquelles ont été rapportées et commentées par le journaliste catholique Patrice de Plunkett sur son blogue : des curés de paroisses parisiennes soulignent, l’un, que l’Eglise ne donne « aucune consigne de vote » ; l’autre, que M. Fillon se dit chrétien mais que ça n’oblige pas à voter pour lui. En positif, le recteur de ND des Victoires propose un critère réellement chrétien : « Comment notre société peut-elle tolérer que des gens soient privés du nécessaire ? ». Le curé de St-Paul-St-Louis rappelle que l’Eglise ne lance pas d’anathèmes, mais que sa paroisse « accueille une famille de réfugiés syriens demandeurs d’asile ». Etc. On peut rapprocher ces propos du très récent discours de Mgr Pontier (président des évêques français). « Voilà ce que dit l’Eglise, dont nous sommes les pierres vivantes. Tout catholique devrait être en phase avec elle. Est-ce le cas ? » questionne Patrice de Plunkett. « Pas vraiment », répond-t-il, en s’étonnant d’ « un bizarre « vote catholique » qui refuserait les préconisations de l’Eglise… », « tournant le dos aux encycliques et préférer la doxa d’HEC ou les bricolages de la jeune Marion », et ce, « au nom de son « identité catholique » .

D’où l’intérêt de la tribune publiée le 27/03 dans Le Monde par trois jeunes catholiques (Anne Guillard, Pierre-Louis Choquet, Jean-Victor Elie) qui « refusent de laisser à la droite le monopole des valeurs chrétiennes », que Patrice de Plunkett cite, en mettant en gras les passages significatifs :

« D’après un sondage Ifop réalisé pour Famille chrétienne au début du mois de janvier 2017, 30 % des électeurs catholiques se disent prêts à voter pour François Fillon au premier tour de l’élection présidentielle, 29 % pour Marine Le Pen et 16 % pour Emmanuel Macron. Nous, une poignée de jeunes catholiques, refusons de laisser à la droite le monopole des « valeurs chrétiennes ». Nous pensons qu’il est urgent de défendre la légitimité d’un vote radical, qui réponde aux exigences auxquelles nous appellent l’humanisme évangélique et les interpellations fréquentes du pape François : combattre le délitement des liens sociaux accéléré par la montée des inégalités économiques, se saisir résolument de la question écologique et repenser en profondeur notre manière de participer à la vie démocratique et citoyenne. Nous contestons la position des catholiques qui refusent a priori de considérer les candidatures de Benoît Hamon et de Jean-Luc Mélenchon au motif que ceux-ci porteraient l’héritage d’une gauche foncièrement antireligieuse : l’enjeu de l’élection présidentielle est trop important pour donner autorité aux préjugés et se soustraire à l’examen attentif des programmes ainsi que des projets de société qu’ils dessinent. Ce temps de campagne électorale devrait d’abord être l’occasion d’imaginer les contours d’un monde sorti de la spirale de l’accélération : ce n’est qu’en nous déliant davantage du capitalisme que nous pourrons nous risquer toujours plus à la rencontre et à l’hospitalité. En publiant sa lettre encyclique Laudato si’ il y a deux ans à peine, le pape François appelait tous les hommes et femmes de bonne volonté, et en particulier les chrétiens, à se rassembler pour œuvrer collectivement à la construction d’une société plus inclusive, capable de réinventer son inscription dans des écosystèmes fragiles. Il a réitéré cet appel en février dernier, dans une lettre adressée aux représentants des mouvements sociaux de Californie, dans laquelle il a énergiquement rappelé : »Ne tombons pas dans le déni. Le temps nous est compté. Agissons. » […] 

Évidemment, poursuit Patrice de Plunkett, certains chrétiens « s’écrieront qu’on ne peut pas voter pour M. Mélenchon qui veut constitutionnaliser (?) le droit à l’IVG. Mais M. Fillon et Mme Le Pen, quant à eux, garantissent qu’ils ne toucheront pas à l’IVG : c’est quasiment la même chose que M. Mélenchon, à part certaines positions de principe. Si la question de l’IVG devait être considérée comme le critère catholique absolu dans un débat électoral, alors les catholiques ne pourraient voter pour personne : aucun des candidats ne propose de revenir sur l’IVG telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui. Tous certifient qu’ils veilleront sur son application ».

A l’inverse et à contre-courant, les jeunes signataires de la tribune du Monde rappellent qu’il existe d’autres critères chrétiens que la question (certes cruciale) du droit à la vie.  Mieux, ils les énumèrent. Les jeunes(et moins jeunes) chrétiens évangéliques sauront-ils faire de même ?

Lire l’intégralité de la note de blogue(partie 1) de Patrice de Plunkett ici. La partie 2 .

Catholiques et protestants s’engagent, manifestent, et interpellent candidats et citoyens, à l’approche des élections présidentielle et législatives 2017

A l’approche de la présidentielle et des législatives 2017, les chrétiens s’engagent, manifestent leurs convictions et interpellent candidats et citoyens

Très prochainement, nous élirons notre nouveau président (premier tour : le 23 avril et second tour : 07 mai), dans un contexte extrêmement confus et tendu, ainsi que(ne l’oublions pas) nos députés à l’Assemblée nationale les 11 et 18 juin. Dans cette perspective, plutôt que d’écouter ceux qui prétendent « plus pragmatique » de jouer la facilité en se décidant sur l’étiquette, ne manquez pas de prendre le temps d’étudier les programmes de chaque candidat pour vous faire votre propre opinion et voter en conscience. Certains parmi vous diront peut-être : « je vais voter pour le candidat des valeurs chrétiennes« .  Mais qu’entend-t-on par « valeurs chrétiennes » ?

Justement, l’objet de ce billet est de vous inviter à découvrir les déclarations des protestants évangéliques et des protestants, dits « historiques », ainsi que des catholiques, qui ont choisi de s’engager, manifester leurs convictions et d’interpeller tout autant candidats et citoyens, chrétiens ou non.

Premièrement, nous pouvons constater que le protestantisme évangélique n’est pas qu’« obsédé » par les questions de sexualité et « d’éthique privée », puisqu’il saisit parfaitement les enjeux sociaux, laïques et environnementaux en ce contexte de campagne présidentielle 2017 en France, comme en témoignent plusieurs documents synthétiques, à vocation pédagogique, et s’inscrivant dans une vision holistique de la foi chrétienne :

Le livre collectif, édité par Croire-Publications dans le cadre des Cahiers de l’école pastoraleLa politique, parlons-en! (208p, Hors Série n°18), écrit par des auteurs très majoritairement évangéliques, est instructif en ce qu’il éclaire sur les questions que se posent ces derniers. Pour Louis Schweitzer, pasteur, théologien et professeur d’éthique, parce qu’« on ne parle pas de certains sujets, il ne faut pas s’étonner si des membres de nos Églises ont des idées ou des actions qui nous semblent peu en rapport avec l’Évangile ». Lui-même reste convaincu « que chaque grand rendez-vous électoral devrait être l’occasion de parler des grands principes éthiques chrétiens ». Or, « beaucoup de chrétiens réduisent leurs réflexions aux questions d’euthanasie ou de mariage pour tous » – autant « de vraies et importantes questions », s’il en est, « mais la réalité politique est beaucoup plus vaste. Peut-être faudrait-il revenir sur l’enseignement biblique de la justice et la place des personnes les plus fragiles, du pauvre, de l’étranger… Le texte que la commission a publié sur les grands principes d’une éthique sociale chrétienne pourrait être étudié à cette occasion ». Dans tous les cas, « le risque est de se décider sur un seul critère qui nous semble essentiel: la sécurité et l’attitude devant les migrants ou la justice sociale, la mondialisation ou l’attitude devant tel problème de société…. » et « il ne faudrait pas qu’une conviction forte ou qu’un engagement dans un domaine nous rende aveugles au reste de la réalité ».

Toujours du côté évangélique, l’on peut consulter le livret produit par le CNEF (en collaboration avec le SEL, le Défi Michée, A Rocha et le CPDH), qui communique aux candidats des convictions partagées en vue des élections 2017. Adressé aux responsables politiques, le texte est également destiné à éclairer les fidèles évangéliques eux-mêmes, certains étant par ailleurs tentés par les extrêmes.

La Fédération Protestante de France (FPF), quant à elle, choisit d’adresser…une « adresse » aux candidats de l’élection présidentielle 2017. Ladite « adresse protestante » est introduite par le pasteur Clavairoly, président de la FPF : « À l’approche des choix décisifs que devront faire nos concitoyens lors de l’élection du prochain président de la République, la Fédération protestante de France qui représente le protestantisme dans le pays, veut poser un certain nombre de questions, interpeller et aider chacun à avancer dans la réflexion ». Ces questions touchent aux secteurs suivants : Exil, accueil des réfugiés, Changements climatiques et écologie, Laïcité, Économie sociale et solidaire, Justice-prisons, Égalité hommes femmes, Corruption, Défense, Jeunesse et Handicap.

Enfin, du côté catholique, le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France a publié le 14 octobre 2016 un texte intitulé : « Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique ». Une longue réflexion qui fait suite à l’appel au discernement, publié le 20 juin 2016, en vue des élections de 2017. Une contribution qui veut « ressusciter le politique », appelant « les habitants de notre pays »à cette tâche. Car s’il faut le ressusciter, c’est qu’il est mort. En effet, pour les évêques, « la » politique  a tué « le » politique : et le politique, c’est le service du bien commun, la conscience d’un « nous » qui « dépasse les particularités » ; mais la politique (pratiquée en France depuis des décennies) est « en crise », d' »une crise de confiance » envers ceux qui ont perdu le sens du bien commun pour se laisser aller aux « ambitions personnelles démesurées », aux « manoeuvres et calculs électoraux », aux « paroles non tenues », ainsi qu’aux lois et règlements[par exemple « sécuritaires »] produits « dans la précipitation et le contexte de l’émotion »…  D’où « le sentiment d’un personnel politique coupé des réalités, l’absence de projet ou de vision à long terme, des comportements partisans ou démagogiques » : choses « injustifiables » devenues « insupportables ».

 Bonne lecture !