« Une nouvelle alliance » (Jérémie 31v31) à Pentecôte !

Ce week-end, Juifs et chrétiens font la fête (1) ! Ils célèbrent tout à la fois un don et un anniversaire, et ne manquent pas de compter à cette occasion, car compter, c’est remercier Dieu pour ses nombreux bienfaits.

Les Juifs célèbrent Chavouot à compter du jeudi soir 28 mai 2020 jusqu’au samedi soir 30 mai 2020.  En hébreu, Chavouot est la fête des semaines, célébrée sept semaines après la Pâque. Sept est un chiffre évoquant dans la Bible l’achèvement et la perfection.

Cette fête très importante rappelle le don des Dix Paroles (la Torah) par Dieu à son peuple, après l’avoir sorti « à main forte et à bras étendu » d’Egypte, « la maison de servitude ». Elle est aussi l’anniversaire de la naissance du peuple d’Israël, peuple du Dieu qui se révèle et offre alliance, et dont on remémore l’action dans l’histoire d’Israël. Chavouot vient ainsi conclure le processus de libération initié à Pessah, la Pâque, avec le don de la Torah qui donne un sens à cette liberté. La période entre les deux fêtes peut être vue comme une sorte de préparation spirituelle pour recevoir la loi de Dieu. Et « Il n’y a d’homme libre que celui qui s’adonne à l’étude de la Torah », selon le chapitre 6v2 du traité Avot (« Éthique de nos Pères »).

Néanmoins, face à l’incapacité de l’homme de respecter l’alliance, une « nouvelle alliance » a été estimée nécessaire par Dieu et annoncée dans l’Ancien Testament, en Jérémie 31v31-34.

En effet, « des jours viennent – oracle du SEIGNEUR – où je conclurai avec la communauté d’Israël – et la communauté de Juda – une nouvelle alliance. Elle sera différente de l’alliance que j’ai conclue avec leurs pères quand je les ai pris par la main pour les faire sortir du pays d’Egypte. Eux, ils ont rompu mon alliance ; mais moi, je reste le maître chez eux – oracle du SEIGNEUR.

Voici donc l’alliance que je conclurai avec la communauté d’Israël après ces jours-là – oracle du SEIGNEUR : je déposerai mes directives au fond d’eux-mêmes, les inscrivant dans leur être (2); je deviendrai Dieu pour eux, et eux, ils deviendront un peuple pour moi. Ils ne s’instruiront plus entre compagnons, entre frères, répétant : « Apprenez à connaître le SEIGNEUR », car ils me connaîtront tous, petits et grands – oracle du SEIGNEUR. Je pardonne leur crime ; leur faute, je n’en parle plus ».

En Actes 2v1-11, la Pentecôte [du grec pentékosté, « cinquantième »] est devenue pour les disciples de Jésus-Christ, qui la fêtent cette année le dimanche 31 mai, l’événement fondateur de l’Eglise chrétienne, avec le don de l’Esprit Saint, inaugurant cette nouvelle alliance de Dieu, une nouvelle alliance qui fait une unité de ce qui était alors divisé, renversant les barrières de langues et les murs de séparation.

En effet, l’Esprit du Christ crucifié et ressuscité est offert ce jour-là aux Apôtres, et avec eux, les foules de Juifs pieux originaires « de toutes les nations qui sont sous le ciel » (Actes 2v5), rassemblées pour le temps de la fête à Jérusalem [les non-Juifs recevront ce même Esprit plus tard, en Actes 10]. Les multitudes peuvent désormais connaître « les merveilles de Dieu » (Actes 2v11) et comprendre quelque chose du Royaume de Dieu annoncé par Jésus et les Apôtres, malgré la barrière de la langue, abattue en ce jour par l’effusion de l’Esprit. C’est en cela que la Pentecôte est un « anti-Babel » (Gen.11v1-9) : le « souffle du violent coup de vent » (Actes 2v2) est venu mettre de l’ordre dans le désordre et la cacophonie des nations, mais pas selon un projet à la Babel, par une réunification de l’humanité où tout le monde parlerait une même langue, utilisant les mêmes mots. Dieu invente un projet inédit où chacun comprend une même vérité dans sa propre langue, dans son environnement culturel, dans ses représentations, dans sa réalité (Actes 2v7-11).

Aucun humain n’aurait pu ne serait-ce qu’imaginer un tel projet : Dieu créé l’Eglise chrétienne en ordonnançant le chaos de la diversité des religions et des langues, par la puissance de son Souffle, comme « au commencement » décrit au premier chapitre de la Genèse, où le Souffle de Dieu a ordonnancé un monde qui était un chaos, informe et vide(Gen.1v2). Et par là même, Dieu marque l’humanité du sceau de la réconciliation.

« Souvenez-vous donc qu’autrefois, vous qui portiez le signe du paganisme dans votre chair, vous que traitaient d’« incirconcis » ceux qui se prétendent les « circoncis », à la suite d’une opération pratiquée dans la chair, souvenez-vous qu’en ce temps-là, vous étiez sans Messie, privés du droit de cité en Israël, étrangers aux alliances de la promesse, sans espérance et sans Dieu dans le monde. Mais maintenant, en Jésus Christ, vous qui jadis étiez loin, vous avez été rendus proches par le sang du Christ.

C’est lui, en effet, qui est notre paix : de ce qui était divisé, il a fait une unité. Dans sa chair, il a détruit le mur de séparation : la haine. Il a aboli la loi et ses commandements avec leurs observances. Il a voulu ainsi, à partir du Juif et du païen, créer en lui un seul homme nouveau, en établissant la paix, et les réconcilier avec Dieu tous les deux en un seul corps, au moyen de la croix : là, il a tué la haine.

Il est venu annoncer la paix à vous qui étiez loin, et la paix à ceux qui étaient proches. Et c’est grâce à lui que les uns et les autres, dans un seul Esprit, nous avons l’accès auprès du Père. Ainsi, vous n’êtes plus des étrangers, ni des émigrés ; vous êtes concitoyens des saints, vous êtes de la famille de Dieu. Vous avez été intégrés dans la construction qui a pour fondation les apôtres et les prophètes, et Jésus Christ lui-même comme pierre maîtresse. C’est en lui que toute construction s’ajuste et s’élève pour former un temple saint dans le Seigneur. C’est en lui que, vous aussi, vous êtes ensemble intégrés à la construction pour devenir une demeure de Dieu par l’Esprit » (Eph.2v11-22)

 

Bonus :

L’Esprit saint par « The Bible project » (en français)

De Babel à Pentecôte…ou la déclaration d’amour de Dieu, une  belle narration de la plume de la pasteure Sophie Letsch (UEPAL).

Dans ces temps de confinement, Juifs pour Jésus avec plusieurs assemblées et associations messianiques nous propose de vivre ensemble un office de Shabbat de Chavouot messianique samedi 30 mai, 11h00. Service Torah, louange, liturgie, témoignage, partage de la Parole

Une lecture musicale de Actes 2v1-6, en version Parole de Vie, selon la démarche présentée sur Christ seul

Ecouter l’enregistrement réalisé lors de la Rencontre Évangélique Protestante d’Alsace-Nord (REPAN) le 8 juin 2019 à Betschdorf avec les musiciens issus de la troupe multi-artistique des LightClubberz.

 

 

Notes :

(1) Selon l’explication donnée par les répondants du site 1001 questions, « les fêtes juives » sont bibliques : instituées dans l’Ancien Testament, elles ont pour but de glorifier Dieu en se remémorant son action dans l’histoire d’Israël (exemple dans le livre de l’Exode 12, 24-27). Elles n’ont pas un sens seulement social ou « festif », elles servent à communiquer la présence de Dieu avec son peuple et à transmettre l’enseignement de la foi aux générations successives.

« Les fêtes chrétiennes », quant à elles, ne sont pas instituées bibliquement mais commémorent aussi l’action de Dieu en prenant pour thème des moments importants de la vie de Jésus racontés dans les évangiles (Naissance du Christ, Mort et Résurrection, Ascension…) ou ici, de l’action de l’Esprit (Pentecôte).

(2) Une expression analogue à « circoncira ton cœur » de Deut. 30:6 et parallèle au coeur nouveau, à la pensée nouvelle et à l’esprit nouveau d’Ezech. 36v22-33 (Voir aussi Ezech. 37 ). Dans le Nouveau Testament, ceci réfère au Saint-Esprit demeurant dans les croyants.

 

 

 

« Je suis l’Eternel, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison de servitude…»

Note : Le présent billet m’a été inspiré par la lecture de l’article « chrétien et mondain ? » paru sur le blog de « La rebellution » le 24 avril 2013.

« Je suis l’Eternel, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays Égypte, de la maison de servitude. »(Ex.20v2)

Telle est l’introduction aux « 10 Paroles », pouvant d’ailleurs s’intercaler entre chaque commandement énuméré dans la suite du passage : car là sont proclamées les conditions nécessaires pour l’exercice (ou la mise en pratique) de ces commandements.

Dieu nous a fait sortir du pays Égypte. L’Égypte, c’est le monde. Nous y étions esclaves, et Dieu nous en a fait sortir « à main forte » et « à bras étendu », comme une libération, une (nouvelle) naissance.
L’écrivain italien Erri de Luca décrit de façon poétique et évocatrice cette sortie : «Je t’ai fait sortir (Égypte) : du réseau de canaux du grand fleuve pour te mettre au sec de la liberté. Le Sinaï s’appelle aussi Horeb, assèchement. Telle est aussi la naissance,

L'océan à travers le trou par Petr Kratochvil

L’océan à travers le trou par Petr Kratochvil

se trouver projeté à l’air libre. Une fois sorti Égypte, tu as entendu le bruit de grandes eaux se refermer après ton passage, une porte claquée dans ton dos. La sortie fut une naissance, aventure d’un aller simple. » (Erri de Luca. Et Il dit, pp 42-43)
« Sortir » ? Mais pourquoi ? Dans quel but ?
« Quand tes descendants demanderont pourquoi je t’ai fait sortir, ils compteront la valeur numérique de hotzetikha, « je t’ai fait sortir », et ils la trouveront égale à levasser, « pour annoncer ».

Personnes marchant par Peter Griffin

Personnes marchant par Peter Griffin

Je t’ai fait sortir pour apporter une annonce.» (Erri de Luca, op. cit. p 43)

« Apporter une annonce » : c’est-à-dire, pour servir Dieu, pour proclamer et affirmer l’évangile.
Pour que nous soyons des témoins crédibles, on comprend alors aisément pourquoi Dieu nous commande « de ne pas aimer le monde » (1 Jean 2v15-17)et ses convoitises : « la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l’orgueil de la vie ». Le danger vient en effet de vouloir « retourner en Egypte », de retourner dans le monde, selon Nombres 11v4-6 et ss, dans le seul but de satisfaire nos propres convoitises*.
Il est intéressant de constater que les trois convoitises de 1 Jean 2v15-17, mentionnées plus haut, correspondent aux trois tentations du Seigneur Jésus dans le désert (Matt.4v1-11) **. Tentations qui avaient un seul but : détourner Jésus de la croix et lui faire prendre un chemin « plus facile » (et « racoleur » ? Pour « attirer les foules » ?) : la domination et le pouvoir, la fascination des masses, la propre gloire, l’assouvissement des bas instincts…

Or, Jésus a choisit de « dresser résolument sa face pour aller à Jérusalem » (Luc 9v51), marchant vers la croix. Parce que Sa vie a été motivée par une seule chose : glorifier et faire la volonté du Père (Jean 6v38 et 17v1-4).

De même, Dieu nous a fait sortir d’Egypte, de l’esclavage du péché, pour « apporter une annonce » : pour servir Dieu, proclamer et affirmer l’évangile.

« Que le péché donc ne règne point dans votre corps mortel pour que vous obéissiez aux convoitises de celui-ci ; et ne livrez pas vos membres au péché comme instruments d’iniquité, mais livrez-vous vous-mêmes à Dieu, comme d’entre les morts étant faits vivants, -et vos membres à Dieu, comme instruments de justice » (Rom.6v12-13)

Notes :
*Voir le sidérant « pour rien » amnésique et oublieux de la condition d’esclavage en Égypte(Nombres 11v5).
Voir aussi ce qui était à l’origine du murmure et de la convoitise du peuple, cf v4

** et peut-être aussi de la tentation d’Eve(Gen.3v6) ou de Salomon(1 Rois 10v14-28 ; 11v1-4, comparer avec Deut.17v16-17)