Quand il faut un scandale et une crise pour comprendre enfin « ce qui est une folie »

Quand il faut attendre une crise pour comprendre enfin qu' »il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché » (Source image : public domain pictures)

« J’écoute ce que dit Dieu, le SEIGNEUR ; il dit : « Paix », pour son peuple et pour ses fidèles, mais qu’ils ne reviennent pas à leur folie ». (Psaume 85v9)

« Incroyable mais vrai » : il faut des grèves pour rendre visibles celles et ceux qui sont indispensables à la société, ceux-là même qui sont accusés de bien des maux : « de paralyser le pays », « de défendre égoïstement leurs acquis », et même, selon un certain magazine, « de haïr le travail » (1). 

Il faut aussi un scandale pour envisager une remise en cause du modèle lucratif des EHPAD (2)…. Et une crise sanitaire pour prendre enfin conscience « qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché », et que « déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner notre cadre de vie au fond à d’autres est une folie« .

Aussi inouï que cela puisse paraître, celui qui a fait un tel constat devant tous à la télévision (3) le 12 mars 2020, avant l’annonce du confinement 1.0, est le Président Macron lui-même en personne, pourtant « leader of the free markets » (et donc du « moins d’Etat » possible), pour lequel « There’s no other choice », et qui confiait encore à « Forbes »(4) sa volonté de voir la France ouverte à « la disruption et aux nouveaux modèles » (« I want my country to be open to disruption and to these new models ». Disruption : de « disrupter », « casser ce qui existe et faire un saut dans le vide »).

Relisons donc cette fameuse allocution télévisée, laquelle est tout un programme : 

« Mes chers compatriotes, il nous faudra demain tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de développement dans lequel s’est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile ses failles au grand jour, interroger les faiblesses de nos démocraties. Ce que révèle d’ores et déjà cette pandémie, c’est que la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, notre Etat-providence ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe. Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner notre cadre de vie au fond à d’autres est une folie. Nous devons en reprendre le contrôle, construire plus encore que nous ne le faisons déjà une France, une Europe souveraine, une France et une Europe qui tiennent fermement leur destin en main. Les prochaines semaines et les prochains mois nécessiteront des décisions de rupture en ce sens. Je les assumerai.

Mais le temps, aujourd’hui, est à la protection de nos concitoyens et à la cohésion de la Nation. Le temps est à cette union sacrée qui consiste à suivre tous ensemble un même chemin, à ne céder à aucune panique, aucune peur, aucune facilité, mais à retrouver cette force d’âme qui est la nôtre et qui a permis à notre peuple de surmonter tant de crises à travers l’histoire.

La France unie, c’est notre meilleur atout dans la période troublée que nous traversons. Nous tiendrons tous ensemble »(5). [Ce qui exclue donc tous les pseudo-programmes se résumant à « vous avez peur ? Vous avez raison d’avoir peur, on vous comprend, voici les bouc-émissaires », et contre lequel il est vain de tenter d’argumenter. Tenter de démonter un tel « programme », c’est le faire entrer dans le champ du vrai et du discutable. La seule chose qu’on peut faire contre l’irrationnel, c’est rappeler que chaque fois que les promoteurs d’un tel « programme » ont eu le pouvoir, “ça s’est très très très mal terminé ».]

Ce qui est ici « inédit et potentiellement historique », avec cette pandémie, « c’est que la plupart des gouvernements ont choisi d’arrêter l’économie pour sauver des vies », souligne l’historien des sciences Jean-Baptiste Fressoz dans un entretien pour Bastamag (6). « C’est une excellente nouvelle. Le Covid-19 crée ainsi un précédent : si on a pu arrêter l’économie pour sauver 200 000 personnes en France, pourquoi ne ferait-on pas demain le nécessaire pour prévenir les cancers et les 40 000 morts prématurés par an dues à la pollution ? ». Et même plus encore ?

Prions ensemble pour que ce qui est reconnu « comme une folie » le soit encore – et de façon manifeste pour tous – de sorte que le Seigneur fasse don de repentance, pour agir en toute sagesse et intelligence, pour le bien de tous, sans regret.

Les chrétiens, « petits Christs », appelés « à intercéder pour la nation », particulièrement « en cette période de campagne présidentielle », croient normalement que « Jésus est le frère de tous les hommes, et spécialement des pauvres. C’est lui que nous voyons avoir faim, être nu, étranger, prisonnier ou malade »[cf Matt.25v35-36].

Ils croient donc « que celui qui juge, humilie ou calomnie, juge, humilie, calomnie Jésus-Christ, car tout homme a le visage du Christ ».

Ils croient donc « que Jésus-Christ, par sa vie et ses paroles, nous dit qui est l’homme » et que « nous avons à faire nôtres les choix qu’il a faits : faire passer les personnes avant les richesses, la liberté avant la tranquillité, la vérité avant la propre opinion, le respect des autres avant l’efficacité, l’amour avant la loi ».

Plus encore, ils croient que « Jésus-Christ ressuscité nous donne l’Esprit de Dieu (…) que l’Esprit est esprit de liberté, esprit de tolérance, esprit de justice, esprit de paix. Il accueille au lieu de d’exclure. Il respecte au lieu de condamner. Il ouvre les portes et ne les ferme jamais »Ils croient « que son espérance est plus forte que tous les désespoirs. AMEN » (Extrait de la confession de foi de Barmen, d’après la Déclaration du Synode Confessant de Barmen, 31 mai 1934). 

Notes :

(1) cf https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2019/12/20/quand-la-greve-rend-visibles-celles-et-ceux-qui-sont-indispensables-a-la-societe/

(2) https://www.latribune.fr/economie/france/le-modele-lucratif-des-ehpad-sur-la-sellette-903493.html et https://www.lemonde.fr/scandale-orpea/article/2022/02/10/apres-l-affaire-orpea-le-modele-des-ehpad-prives-lucratifs-remis-en-cause_6113073_6113065.html

(3) https://www.vie-publique.fr/discours/273869-emmanuel-macron-12032020-coronavirus

(4) https://pepscafeleblogue.files.wordpress.com/2018/05/no-alternative.jpg

(5) https://www.vie-publique.fr/discours/273869-emmanuel-macron-12032020-coronavirus

(6) https://www.bastamag.net/mondialisation-covid19-effondrement-virus-collapse-transition-relocalisation

Une réflexion sur “Quand il faut un scandale et une crise pour comprendre enfin « ce qui est une folie »

  1. Pingback: Face à ceux qui (se) disent « pourquoi pas Le Pen », comment expliquer pourquoi « pas Le Pen » (bis repetitas) – PEP'S CAFE !

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