Comment peut-on espérer une « alliance » entre les Églises et l’État ?

Le piège d’une alliance-compromission, où « le fromage » est la référence, dans un programme politique, aux « valeurs chrétiennes » ou à l’« héritage chrétien ». (Source image : public domain pictures)

« Je suis venu au nom de mon Père et vous refusez de me recevoir. Par contre si quelqu’un d’autre vient en son propre nom, vous le recevrez ! », dit Jésus en Jean 5v43.

Le titre de cet article n’a pas pour but d’exposer en deux temps, trois mouvements, comment atteindre « une alliance » entre les Eglises et l’Etat. Ce titre exprime plutôt ma sidération, ma consternation et mon incompréhension de ce qu’un article (brillant dans la forme, mais me paraissant contestable et inquiétant dans le fond) de mon ami et frère en Christ Etienne, intitulé « ce que l’Evangile doit aux alliances entre les Eglises et l’Etat », ait pu passer l’étape du comité de rédaction de Par la Foi, blogue se revendiquant « réformé » (avec le « sola scriptura », « l’Ecriture seule », censé aller avec) et revendiquant rigueur théologique et fidélité à l’orthodoxie.

En effet, autant il est considéré blasphématoire de qualifier l’Egypte comme « le pays découlant de lait et de miel », comme le peuple l’a fait en Nombres 16v13, autant il peut paraître inouï de voir le terme « alliance »(1), qui concerne Dieu et son peuple, associé à l’Etat et à l’Eglise, dans un article se réjouissant de nous convaincre que « la Réforme n’aurait jamais pu arriver sans des assistances politiques, et même des intrigues politiques », et qu' »il n’y aurait pas eu le pur Évangile sans des princes agissant selon la vision constantinienne(2) d’alliance entre l’Église et l’État ». En clair, l’Alliance de l’Eternel ne serait pas suffisante : il serait vital pour Son peuple d’en chercher « une autre », comme les Galates ont cru bon de rechercher « un autre Evangile ». De même, dans cette optique, le Messie ne serait pas venu : il conviendrait alors d’en attendre « un autre » et d’espérer en sa protection.

Au final, Etienne va jusqu’à estimer possible de « créer une (telle) alliance avec bien moins que la majorité de la population : 20% suffisent. Le point de blocage [c’est le moins que l’on puisse dire !] est un dirigeant prêt à manier le pouvoir en faveur de l’Évangile. Ceci n’est pas le fruit d’un complot, et il n’y a pas à intriguer grandement(sic. Mais « un peu » quand même ?) : notre soin est l’Évangile, après tout(sic). Il s’agit d’abord et avant tout d’être prudent, et de saisir les occasions qui existent(sic) ». Sauf que l’Evangile n’a rien à voir avec tout cela.

A ce stade, cette marotte de la promotion du Constantinisme(2) et cette ardente espérance en un hypothétique « defenseur de la chrétienté » n’est plus de l’obsession, mais de l’acharnement, qui ne peut que mal finir, comme on l’a vu par le passé. En clair, les « 20 % » deviendraient un nouveau segment électoral à séduire et à conquérir pour être élu.

Il s’agit en effet « d’être prudent », si l’on en juge des récents soutiens/attentes de chrétiens vis à vis de certaines personnalités politiques présentées comme des « défenseurs de la chrétienté » et attendus comme des « messies » [les espoirs risquent d’être déçus !] en France, aux Etats-Unis, au Brésil ou en Hongrie…On se souviendra aussi du niveau de tensions et de bêtises autour des propos de « chrétiens en campagne », en France, durant les Présidentielles 2012 et 2017.

Curieuse espérance et curieuse attente d’un nouveau « Constantin »(2), censé être le garant d’une « alliance bien plus excellente » avec le peuple de Dieu, et ce, alors que s’approche l’Avent, période où nous nous préparons à célébrer Celui qui est déjà venu et qui a accepté de nous rejoindre, même au plus bas de notre réalité, en naissant dans « une mangeoire » pour animaux.

Mais s’approche aussi la prochaine présidentielle française, prévue le 10 avril prochain. S’agit-il de trouver des raisons historiques, à défaut de raisons bibliques et théologiques, de pousser le peuple de Dieu dans les bras d’un nouveau « messie » politique, qu’il s’agisse du « messie » X, Y, ou Z ? Or, nous, chrétiens, croyons que le Messie est déjà venu et qu’il reviendra à la fin des temps. Et ce Messie s’appelle Jésus-Christ.

Certes, l’histoire « nous montre que » certains événements se sont déroulés d’une certaine façon, dans un certain contexte. Le problème de l’argumentaire d’Etienne, en apparence impressionnant via la pléiade d’exemples tirés de l’histoire, est qu’il ne s’appuie à aucun moment sur les Ecritures Bibliques…ce qui est surprenant pour un auteur qui se revendique d’un mouvement dont l’un des principes est « sola scriptura », « l’Ecriture seule ».

Sans doute parce que les Ecritures lui donnent tort.

Et que nous dit l’Ecriture, au sujet de ces « alliances » ? Que dit Dieu, au sujet de cette « prudence », de ces petits calculs et de cet opportunisme politique ? Le prophète Esaïe, dans le chapitre 30 de son livre, est sans équivoque à ce sujet, en rapportant les Paroles du Seigneur :

1Malheur ! Ce sont des fils rebelles– oracle du SEIGNEUR.
Ils réalisent des plans qui ne sont pas les miens, ils concluent des traités contraires à mon esprit, accum
ulant ainsi péché sur péché.

2Ils descendent en Egypte sans me consulter, ils vont se mettre en sûreté dans la forteresse du Pharaon, se réfugier à l’ombre de l’Egypte.

3La forteresse du Pharaon tournera à votre honte, et le refuge à l’ombre de l’Egypte à votre confusion. 4Déjà vos chefs sont à Tanis, les ambassadeurs ont atteint Hanès. 5Ils seront tous déçus par un peuple qui leur sera inutile, qui ne leur sera d’aucun secours, d’aucune utilité, sinon pour leur honte et même leur infamie.

Lorsqu’il est attaqué par l’Assyrie, le roi Ezéchias fait appel à la deuxième grande puissance de l’époque, l’Egypte. Le prophète parlant de la part de Dieu dénonce ainsi les petits calculs, ainsi que les plans et les stratégies qu’élaborent les hommes pour survivre, ne faisant pas confiance au Seigneur, le seul qui puisse les sauver, les délivrer et les protéger. Au lieu de faire confiance au Seigneur et de croire qu’il maîtrise les événements, le peuple préfère chercher sa protection dans « un autre » ou « une autre » puissance. Si Esaïe parlait aujourd’hui, il dénoncerait certainement ce qui n’est qu’une illusion de sécurité et une idolâtrie.

La seule alliance en laquelle espère le peuple de Dieu est cette « Alliance bien plus excellente », dont Jésus-Christ est le médiateur et le garant, et qu’il a scellée de son sang cf Hébreux 8 et 9.

Puisque l’article d’Etienne se réfère à l’histoire, il aurait été pertinent de faire l’inventaire des legs de compromissions passées a)de la réforme luthérienne, avec notamment le massacre des paysans et des « schwärmer », ainsi que la négociation permanente et la soumission des églises aux princes des länders allemands ;  b)des protestants allemands à l’époque des IIe et IIIe Reich – une époque où les chrétiens se croyaient tenus à un programme national chrétien – et face à Hitler, qui se présentait comme « chrétien », avec « le devoir d’être un combattant pour la vérité et la justice »une période rêvée pour les protestants qui ont su bénéficier comme jamais auparavant d’un « ordre social chrétien », et des libertés désirées pour annoncer l’Evangile. Avec les conséquences que l’on connaît. Autant de compromissions complexes à assumer pour les générations futures, et particulièrement ravageuses si elles sont assumées et promues en tant que telles par la génération actuelle. Or, regarder en face (plutôt que fuir ou nier) ces compromissions, pour s’en repentir et y renoncer, sera source de libération et de guérison.

La déclaration de Barmen, principalement écrite par Karl Barth (avec la participation d’autres protestants allemands) en 1934, laquelle affirmait la position de l’Église confessante face à Hitler : « Jésus-Christ, selon le témoignage de l’Ecriture sainte est l’unique Parole de Dieu. C’est elle seule que nous devons écouter ; c’est à elle seule que nous devons confiance et obéissance, dans la vie et dans la mort. Nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle, en plus et à côté de cette Parole de Dieu, l’Eglise pourrait et devrait reconnaître d’autres événements et d’autres pouvoirs, d’autres personnalités et d’autres vérités comme Révélation de Dieu et source de sa prédication » et (…)« Nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle l’Eglise pourrait, en dehors de ce ministère, se donner ou se laisser donner un Chef muni de pouvoirs dictatoriaux ».

En guise de prise de position « politique », déclarons alors espérer plus dans le retour du Christ que dans les prochaines élections ou dans un résultat électoral. En attendant, soyons ses témoins fidèles et véritables, avec le secours du Saint-Esprit et la grâce de Dieu, en étant conscients que le but de l’Eglise n’est pas de se fourvoyer dans une pseudo-alliance illusoire pleine de fausses promesses, qui ne serait qu’une compromission, ni d’être réduite à être la cliente d’un pouvoir, ou de croire « qu’elle permettrait à Dieu d’être Dieu », ou « d’empêcher César d’être César » (3).

On prendra alors au sérieux cet avertissement de Deutéronome 13v2-5 , lequel, toujours valable, fait appel à la responsabilité du peuple et testant la fidélité de celui-ci envers l’Eternel : en effet, nous dit personnellement Celui-ci, « imagine qu’un prophète ou un visionnaire t’annonce un signe ou un prodige ; si le signe ou le prodige se réalise comme annoncé mais que l’homme t’invite alors à adorer d’autres dieux que vous ne connaissez pas, n’écoute pas ce prophète. En effet, c’est le Seigneur votre Dieu qui vous teste pour savoir si vous l’aimez de tout votre cœur et de tout votre être. Ne rendez de culte qu’au Seigneur votre Dieu, reconnaissez son autorité, prenez au sérieux ce qu’il commande, écoutez sa voix, servez-le et demeurez attachés à lui seul ».

Autant il convient de ne pas se laisser impressionner par le fait que les signes et prodiges des faux prophètes se réalisent, autant il convient de ne pas se laisser impressionner par un excès d’argumentation, vu que l’essentiel reste la finalité du discours tenu : vers qui et vers quoi cela nous mène-t-il ? Vers « quel Dieu » et vers quelle alliance nous oriente celui qui parle ?

La période de Noël qui s’annonce est généralement une période favorable pour « les enfants de lumière » que nous sommes, pour manifester « le fruit de la lumière, lequel consiste en toutes sortes de Bonté, justice et vérité » (Eph.5v8-9) et pour annoncer Celui qui est « la lumière du monde » (Jean 8v12), comme à rappeler et attester que « Dieu est lumière, et de ténèbres, il n’y a pas trace en lui » (1 Jean 1v5).

Notes : 

(1) On appelle « alliance » la relation légale établie entre deux parties, avec engagements et souvent serment, avec des responsabilités réciproques. Dans la Bible, on distingue plusieurs alliances : adamique, noachique, abrahamique, mosaïque (avec le peuple d’Israël), davidique et la nouvelle alliance, qui repose sur le sacrifice parfait de Christ, qui en est le médiateur et celui qui l’a scellée de son sang (Luc 22, Hebr 8 et 9). En réalité, il n’y a qu’une seule alliance, comme le postule le réformateur Jean Calvin, d’après Paul dans son épître aux Romains, mais aucune entre le peuple de Dieu et l’Etat – ou entre un politicien candidat à une élection/un « messie politique » ne se lit dans les Ecritures bibliques. Et qui dit « alliance » avec un pouvoir dit engagement et redevabilité, et inévitablement compromission.

(2)L’empereur Constantin arrivé au pouvoir à Rome après avoir vaincu son rival Maxence a signé l’édit de Milan (en 313) autorisant tous les citoyens de l’empire Romain à adopter la religion de leur choix, ce qui a donc fait cesser les persécutions contre les chrétiens (déjà nombreux à l’époque). Les biens qui leur avaient été confisqués leur ont été restitués. Les chrétiens de l’Eglise orthodoxe le vénèrent comme un Saint, et mon ami Etienne se fend régulièrement d’articles laudateurs à son sujet sur le blogue Par la foi. Les sources, Lactance et Eusèbe, deux historiens chrétiens des premiers siècles, attestent que Constantin s’était converti suite à une vision. Il est difficile, voire impossible, de savoir si cette conversion est un acte d’opportunisme politique ou l’aboutissement d’un parcours spirituel authentique, voire un peu des deux. Un tel débat sur la question semble alors peu profitable, vu que Dieu seul connaît ceux qui lui appartiennent, et que le lecteur des Evangiles connaît la parabole du bon grain et de l’ivraie en Matthieu 13,24-30). Il est en revanche plus prometteur et utile de tenter d’évaluer les conséquences de cette conversion pour le Christianisme. Constantin a assumé un double-pouvoir, politique et religieux (Il a convoqué lui-même le concile de Nicée qui a réaffirmé face à l’hérésie arienne la nature divine du Christ. En comparaison, voir ce que la Bible nous apprend de ce qui arrive aux souverains qui ont tenté de jouer les prêtres « dans le même temps » (ex d’Ozias ). Le Christianisme en devenant progressivement « religion officielle » après Constantin, sous l’empereur Théodose, est-il resté vraiment fidèle à son Maître ? Peut-il exister une société chrétienne avant que vienne le Royaume de Dieu ? Le débat n’est pas prêt d’être clos…

D’après Constantin était-il vraiment chrétien ? Sa conversion était-elle sincère ?

(3) De là la question posée : Quelle serait alors la relation idéale entre l’Eglise et l’Etat ? Les Ecritures bibliques nous exhortent à prier pour les autorités cf 1 Timothée 2v2. D’autres passages, tels Rom.13, 1 Pie 2, Tite 3 ou le psaume 28, insistent sur l’exigence de se soumettre aux autorités humaines, dans la mesure où elles remplissent leur office, qui est celui d’encourager le bien, et de réprimer le mal. Celui qui exerce le pouvoir, qu’il soit empereur au 1er siècle ou président de la République de nos jours, d’après ces textes, a reçu du Seigneur une délégation d’autorité pour faire respecter le droit indispensable pour que nous vivions ensemble. Ce qui est tout à fait compatible avec le principe de laïcité qui ne reconnaît à aucune religion le droit d’exercer le pouvoir politique, et laisse à chacun le soin de croire ou de ne pas croire). Donc il ne s’agit pas d’une obéissance servile et inconditionnelle, mais, en fait, d’une soumission libre et consciente à l’ordre voulu par le Seigneur. Voilà pourquoi Paul, quand il parle de ce que nous devons à l’Etat (le paiement de l’impôt par exemple), ajoute en Romains 13,8 : « ne devez rien à personne, sinon de vous aimer les uns les autres ».  Ce qui exclue donc toute « alliance-compromission », impliquant un lien et une redevabilité avec un pouvoir. 

D’après cette réponse à la question posée sur 1001 questions : Quelle est la relation idéale entre l’Eglise et l’Etat ? Laïcité ? (Rom 13- 1 Pie 2- Tit 3- Psa 28). Qu’est-ce que cela signifie pour l’Etat de porter l’épée si nous nous opposons à guerre/militaire ?

Voir aussi « Nationalisme, populisme, politiques et identité des évangéliques » : Contribution de l’alliance évangélique européenne (EEA), extrait du projet Issachar (https://www.lecnef.org/articles/39532-nationalisme-populisme-politiques-et-identite-des-evangeliques ) Ou quand « à une époque de recrudescence du nationalisme en Europe, il est vital que nous examinions attentivement et dans la fidélité à Christ les déclarations et l’idéologie des mouvements et partis politiques. Ne nous laissons pas égarer ni manipuler par des références aux « valeurs chrétiennes » ou à l’« héritage chrétien ». Si ces valeurs et programmes « chrétiens » ne sont pas en accord avec le caractère de notre Seigneur et sa Parole, il faut les combattre ».

7 réflexions sur “Comment peut-on espérer une « alliance » entre les Églises et l’État ?

  1. Bonjour Pep’s, et merci de ta réponse; ca fait plaisir de voir que tu as pris mon article à coeur.

    Je comprends que tu restes bloqués sur les exemples négatifs, mais du coup que retenir des exemples positifs de constantinisme? Lorsque les nobles hollandais ont demandé à Marguerite de Parme d’arrêter sa persécution, et que Carolus Daneel a pu ainsi provoquer un vrai mouvement de réveil, c’est négatif?

    Par ailleurs, je ne suis pas sûr d’avoir compris ton argument sur les « alliances plus excellentes » (terme que je n’utilise pas, mais on pourrait le croire dans ton article). Es tu en train de me dire qu’il n’existe aucune alliance naturelle comme la citoyenneté et le mariage? Que le mariage est une idolâtrie et un compromis horrible? Que ma femme est un « sauveur » qui concurrence Jésus Christ? Pourtant c’est une alliance qui engendre des compromissions.

    Enfin:

    >Peut-il exister une société chrétienne avant que vienne le Royaume de Dieu ? Le débat n’est pas prêt d’être clos…

    Désolé mais j’ai ri. La Genève de Calvin ou l’Angleterre fortement missionnaire du XIXe siècle sont donc au même niveau que l’Amérique LGBT, le Pakistan musulman ou la Chine Communiste?

  2. Bonjour Etienne,

    merci pour ton message.
    Je t’en prie : tant mieux si mon article te fait plaisir.

    Néanmoins, tes réponses courtoises me paraissent passer à côté des enjeux spirituels : le problème de ton article, comme j’ai tenté de le souligner, est la promotion de rapports me paraissant mal ajustés avec les pouvoirs. Je suis d’ailleurs surpris que tu ne sois toujours pas gêné par la totale absence de fondements scripturaires dans ton article ou par la promotion de « calculs » politiques, dans la perspective d’élections futures. En témoignent les conséquences de soutiens (notamment évangéliques) récents à certaines personnalités ayant ainsi pu accéder au pouvoir, un temps ou des temps, aux USA, Brésil, Hongrie…En quoi ce type de soutien contribue-t-il à la lisibilité de l’Evangile, comme à glorifier (rendre visible) le Seigneur ? Quel est le rapport entre le nationalisme, les rêves de « grandeur » ou la promotion d’idées anti-immigrés et l’Evangile ? Aucun. D’autant plus qu’il est impossible pour un chrétien, à la lumière de l’Ecriture, de voter pour un tel candidat et un tel programme, car l’accueil de l’étranger est une préoccupation transversale de l’Ancien Testament et la non stigmatisation des personnes une préoccupation permanente du Nouveau Testament.
    Ce type de soutien me rappelle ce qu’écrivait Robert Baxter, dans son « pasteur chrétien », à savoir que certains [notamment au temps du Seigneur Jésus-Christ] espéraient le réveil comme d’autres attendaient le Messie : « ils attendaient un messie glorieux qui devait leur apporter la puissance et la liberté. C’est ainsi que plusieurs d’entre nous envisageaient la réforme. Ils espéraient une réforme qui leur procurerait la richesse, l’honneur, le pouvoir ».

    Sinon, en effet, il est permis de se réjouir d’exemples positifs, non pas de constantinisme (ce « isme » laisse entendre une nouvelle doctrine, non connue des Ecritures ou de l’Evangile), mais, selon ce que nous dit l’Ecriture, d’autorités qui remplissent leur office, soit d’encourager le bien, et de réprimer le mal. Pas de tenir des discours polarisants ou clivants sur les réseaux @sociaux, ou de faire la promotion de « réalités » dites « alternatives ». Ceux qui exercent le pouvoir ont reçu du Seigneur une délégation d’autorité pour faire respecter le droit indispensable pour que nous vivions ensemble. Pas de séduire une fraction de la population pour accéder ou se maintenir au pouvoir, coûte que coûte.

    « Par ailleurs, je ne suis pas sûr d’avoir compris ton argument sur les « alliances plus excellentes » (terme que je n’utilise pas, mais on pourrait le croire dans ton article) ». Je pensais que tu avais perçu l’ironie de la formule : tu n’utilises sans doute pas frontalement ledit terme, mais c’est ce que sous-entend ta proposition « d’alliance »-compromission avec un pouvoir politique, comme si l’Alliance entre Dieu et son peuple ne suffisait pas.

    « Es tu en train de me dire qu’il n’existe aucune alliance naturelle comme la citoyenneté et le mariage? Que le mariage est une idolâtrie et un compromis horrible? Que ma femme est un « sauveur » qui concurrence Jésus Christ? Pourtant c’est une alliance qui engendre des compromissions ».
    Je pense que tu as parfaitement compris où est le problème. Les Ecritures bibliques sont assez claires à ce sujet, vu qu’elles exposent ce que sont des liens « cashers », c’est à dire structurants (telle l’alliance entre un homme et une femme dans le cadre du mariage. La Bible parle aussi de relations d’amitié saines), ou pouvant être structurants et nécessaires/bons un temps (relations parents-enfants) mais devant être coupés à un moment de notre vie (tel le « l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme »).
    Il y a aussi des liens « non cashers », cad inappropriés dans la conjugalité, la famille, dans la vie (liens/relations de nature dominatrice ou infantillisante – type emprise d’un « gourou », qu’il soit religieux, politique ou scientifique, sur un ou des « disciples »), et dans la mort – type lien conservé avec un (grand)parent décédé, par exemple.

    Comme tu lis la Bible depuis très longtemps (en tout cas, suffisamment longtemps), tu sais parfaitement que celle-ci ne parle nullement d’alliance entre le peuple de Dieu et un pouvoir (notamment politique). L’idée de « pacte » (expliquant le soutien indéfectible envers une personnalité exerçant de fait une sorte d’emprise sur une ou plusieurs personnes) est aussi à exclure.

    Enfin, tant mieux pour toi si tu as ri à cette question : « Peut-il exister une société chrétienne avant que vienne le Royaume de Dieu ? Le débat n’est pas prêt d’être clos… ». Pour ma part, je ne ris pas. Je « flippe » même pas mal, lorsque je lis tes positions répétitives sur le sujet, y compris dès qu’il est question de la tentation identitaire ou du nationalisme.
    Ceci dit, ce débat n’est pas prêt d’être clos, d’autant plus qu’une « société chrétienne avant que vienne le Royaume de Dieu » n’est sans doute pas ce que ceux qui appartiennent à Jésus-Christ doivent attendre, si l’on en croît l’Evangile et les Ecritures. Annoncer le règne de Dieu consiste à faire des choses significatives dans la vie des gens, portant un fruit immédiat dans leur vie, selon l’ordre de Jésus-Christ : « libérer », « guérir », « purifier », « ressusciter »(Marc 16v15-18, Matt.10v7-8, Luc 10v1-9.…), et ce, au Nom de Jésus, le seul Seigneur et seul Sauveur. Où vois-tu, que dans cet ordre, il y ait aussi : « faire la promotion d’une idéologie nouvelle, le Constantinisme », ou « voter (pousser à voter) pour un quelconque candidat à une élection, se présentant comme un nouveau messie politique » ?

    « Revenir à l’Evangile » est le nom d’un excellent blogue chrétien : c’est, je crois, ce que nous avons de mieux à faire, comme de revenir aux Ecritures. Il est en effet toujours essentiel de revenir sans cesse à l’Ecriture pour chercher le coeur de Dieu, par rapport à ce que l’actualité – ou à ce qu’un homme/une femme dit « providentiel(le) » – proclame.

    En Christ, Notre Seul Seigneur et Sauveur,
    Pep’s

  3. Merci pour ta réponse.

    En fin de compte tu me prêtes beaucoup de choses et d’opinions que je n’ai pas. Pour moi le constantinisme c’est:
    > d’autorités qui remplissent leur office, soit d’encourager le bien, et de réprimer le mal. Pas de tenir des discours polarisants ou clivants sur les réseaux @sociaux, ou de faire la promotion de « réalités » dites « alternatives ». Ceux qui exercent le pouvoir ont reçu du Seigneur une délégation d’autorité pour faire respecter le droit indispensable pour que nous vivions ensemble. Pas de séduire une fraction de la population pour accéder ou se maintenir au pouvoir, coûte que coûte.

    De là, ce n’est plus qu’une querelle de mots.

    Pour les arguments scripturaires, ce n’était pas le sujet de l’article. Vu que c’était un argument historique je n’ai donné que des arguments historiques. Pour les arguments bibliques Pierre-Sauvann Chauny a écrit dessus:
    https://parlafoi.fr/2020/12/04/un-argument-biblique-en-faveur-dune-union-de-leglise-et-de-letat/

    On pourrait citer le psaume 2, Psaume 82 toutes les interpellations au roi faites par les prophètes, les prophéties sur le jugement des nations etc…

    Mais bon si tu penses que je défends le IIIe reich, je vais avoir du mal à me défendre^^

  4. Ah oui j’avais oublié de compléter: tu cites Esaïe contre les alliances avec l’Egypte.

    Ce que je défends est plutôt l’attitude d’Esdras et Néhémie qui demandent la permission et des ressources au roi de Perse pour restaurer le temple de Jérusalem. Si aujourd’hui nous sommes sous la tyrannie babylonienne, nous ne devons pas pour autant rejeter un accord avec les perses…

  5. Bonjour Etienne,

    Je te remercie encore d’avoir pris le temps de me répondre et de m’expliquer ta position.
    Il est d’ailleurs dommage que nous ayons ce type d’échanges, quand nous pourrions le faire sur d’autres sujets. Sachant ce que nous sommes tous les deux en Jésus-Christ et que nous avons le même Père céleste. Et sachant que Christ nous a aimé le premier et que tu es mon frère pour lequel Christ est mort. Je serai désolé de te prêter « beaucoup de choses et d’opinions » que tu n’aurais pas.
    Le problème que je perçois est que tu ériges un système et une idéologie, à partir d’événements historiques, et que tu appelles au calcul politique pour fournir un électorat (en France, il suffirait de « 20 % », quand ailleurs, en Amérique du Sud, il s’agit de « 28 % », etc….), en vue d’une alliance avec un pouvoir [je n’ai pas inventé le terme : il apparaît nombre de fois dans ton article]. En te lisant, je trouve aussi que tu espères en quelqu’un et en quelque chose que le Seigneur ne nous demande pas d’attendre. Un grand sage de l’Ancien Testament n’a-t-il pas écrit « Ne dis pas : Comment se fait-il que les temps anciens aient été meilleurs que ceux-ci ? Ce n’est pas la sagesse qui te fait poser cette question » (Eccl.7v10) ?. De quoi rendre vain tous les discours déclinistes et identitaires, marqués par l’obsession du « grand remplacement » et de « la souillure de la race », ou promettant « le retour d’une grandeur perdue ».

    D’autre part, ceux qui appartiennent à Jésus-Christ sont censés être les ambassadeurs du Roi des rois et Seigneur des seigneurs, pour signifier que « le Règne de Dieu s’est approché ». Une annonce appelant une réponse immédiate. Ce que nous disons et faisons, nous le disons et le faisons en Son Nom. Envisagerait-on de tels ambassadeurs se livrer à de tels calculs – que Celui qui les mandate n’a pas fait – au point de rendre inaudible son message ?
    Je me réjouis si tu estimes important de prier pour des autorités « qui remplissent leur office, soit d’encourager le bien, et de réprimer le mal. Pas de tenir des discours polarisants ou clivants sur les réseaux @sociaux [ou même à la télévision], ou de faire la promotion de « réalités » dites « alternatives », etc… ». Mais si l’on prend le temps du recul et du bilan nécessaires, quelles récentes personnalités politiques prétendantes déclarées (ou pas) au pouvoir, ou ayant été au pouvoir/actuellement au pouvoir, soutenues par une partie des Evangéliques, que ce soit en France et en Europe, aux Etats-Unis, en Amérique du Sud….correspondent sincèrement à ce profil ?
    Si l’on considère les trois fonctions dites « diaboliques » de l’ennemi pour nous éloigner du Seigneur – accuser, mentir, diviser, l’on peut alors reconnaître ce que tu appelles « un ordre social satanique », qui peut se recouvrir d’un vernis moraliste et religieux. Comme souligné dans mon article, les références aux « valeurs chrétiennes » ou à un « héritage chrétien » (+ « grandeur d’un pays retrouvée »] dans un programme politique sont « le fromage » du piège d’une alliance-compromission. Il suffit pour ce candidat de prononcer les mots magiques et hop ! Le tour est joué.
    C’est là le piège dans lequel sont tombés les chrétiens allemands ayant cru trouver en Hitler [qui s’est présenté comme « chrétien », avec « le devoir d’être un combattant pour la vérité et la justice »] un « défenseur » ou « garant » d’un « ordre social chrétien » : cet exemple, non pour dire que tu « défendrais Hitler » (cela n’a jamais été ma pensée), mais pour rappeler et souligner que des lois d’inspirations moralistes ou religieuses et une certaine liberté religieuse, comme en ont bénéficié les protestants allemands, ne suffisent pas, surtout quand on connaît la réalité du projet et de la vision du monde d’Hitler [connue bien avant son accession au pouvoir].

    Autre problème – et héritage encombrant pour les générations futures – les compromissions passées de la réforme luthérienne, avec notamment le massacre des paysans et des « schwärmer », ainsi que la négociation permanente et la soumission des églises aux princes des länders allemands. A ce sujet, comme au précédent, je n’ai eu aucune réponse de ta part.
    Et que dire de Louis XIV, par ailleurs adultère, dont « l’ordre social chrétien » dans toute sa pureté (au point d’exclure certains éléments du Royaume) a du plaire à certaines franges de la population d’alors ?
    C’est pourquoi il est vain d’attendre et d’espérer un « ordre social chrétien » et, surtout, d’espérer en la venue d’un tel « garant » ou « défenseur », qui ne peut que mal finir. En comparaison, les rapports entre les chrétiens et les autorités, tels que le souligne l’Ecriture, me paraissent beaucoup plus sains et équilibrés, comme pour mieux nous prémunir de toute tentation de compromission.

    Tu dis : « Pour les arguments scripturaires, ce n’était pas le sujet de l’article. Vu que c’était un argument historique je n’ai donné que des arguments historiques. Pour les arguments bibliques Pierre-Sauvann Chauny a écrit dessus (…) »
    Malheureusement, vu ce à quoi tu appelles tes lecteurs, il ne me paraît pas possible de faire ce type de séparations ou de bâtir tout un argumentaire sans les Ecritures en faveur d’une idéologie, surtout si les Ecritures ne nous permettent pas de soutenir une telle argumentation.

    Tu dis : « On pourrait citer le psaume 2, Psaume 82 toutes les interpellations au roi faites par les prophètes, les prophéties sur le jugement des nations etc… ».
    Bien vu ! Et bons choix de versets ! Tu peux rajouter aussi Michée 6v8 ou encore Proverbes 31v8. Sauf que les prophètes dont il est question ne prenaient pas la défense des riches et des puissants, qui ne seraient que de « pauvres victimes », ni ne contribuaient à insulter les pauvres et les précaires, traités à longueur de temps « d’assistés », ou les étrangers. Ils n’avaient rien à voir avec « les prophètes professionnels » du Roi Achab. Or, c’est à cela que sont réduits certains évangéliques soutenant un pouvoir (auquel ils doivent tout), dans un cadre d’alliance-compromission avec ledit pouvoir, justement.
    Concernant l’interpellation des puissants, Michée France a bien expliqué la chose, de mon point de vue :
    « L’un des deux aspects de la mission de Michée France est de plaider la cause des plus démunis auprès des gouvernants mais aussi du Gouvernant suprême : Dieu. Nous voulons (….) « agir avec et au nom des pauvres pour nous attaquer aux causes sous-jacentes de la pauvreté, pour promouvoir la justice et pour soutenir un bon développement en influençant les politiques et les pratiques de ceux qui sont au pouvoir. » Nous appuyons notre démarche sur des fondements bibliques. Nous ne plaçons pas notre foi dans les puissants de ce monde et ne doutons pas que leur action sera bien plus limitée que nous pourrions le souhaiter. Seul l’Éternel est notre secours. Mais lui-même se soucie des plus faibles, veut renverser la voie des méchants et nous appelle à ouvrir nos bouches, en adaptant notre langage aux personnes que nous souhaitons interpeller. Nos gouvernants peuvent, à leur niveau, agir en faveur des plus démunis en associant leurs actes à la promesse qu’ils ont faite à plusieurs reprises de lutter contre la pauvreté (….). Plaidoyer, c’est : 1/ manifester notre amour du prochain en montrant notre souci et notre respect des autorités en les rappelant à leur devoir ; 2/ témoigner de notre compassion pour les plus faibles en faisant entendre notre voix en leur faveur. Nous souhaitons aussi intercéder pour nos autorités, pour tous les hommes et particulièrement pour les plus fragiles, comme nous y invite ce texte de 1 Timothée 2.1-4… » (http://michee-france.org/plaider )

    Mais sérieusement, pour prendre des exemples récents, où et quand a-t-on vu les « leaders et prophètes évangéliques » proches de Trump ou de Bolsonaro interpeller ces derniers pour la justice ou la vérité, et pour les rappeler à leurs devoirs pour le bien commun ? (lol !)

    Tu dis enfin : « …..tu cites Esaïe contre les alliances avec l’Egypte. Ce que je défends est plutôt l’attitude d’Esdras et Néhémie qui demandent la permission et des ressources au roi de Perse pour restaurer le temple de Jérusalem. Si aujourd’hui nous sommes sous la tyrannie babylonienne, nous ne devons pas pour autant rejeter un accord avec les perses… »
    Sauf qu’il y a une très grande différence entre une volonté d' »alliance » entre quelqu’un qui cherche à draguer un « électorat chrétien », et en particulier évangélique, et un Cyrus, puisque tu donnes cet exemple, qui n’avait pas conscience de la portée de ses décisions pour le peuple de Dieu. Il ne cherchait à séduire personne à coups de fake-news ou autres « faits alternatifs », ni à gagner des suffrages, vu qu’il avait déjà tout pouvoir.

    Bien fraternellement,

    Pep’s

    • Encore une fois tu m’as prêté des intentions que je n’avais pas: en ce moment, je n’ai pas la tête dans la politique mais dans l’histoire des réformés, cela fait plus d’un mois que je suis dans une somme historique qui raconte l’histoire des réformés, et notamment leurs rapports avec le pouvoir politique des 16e et 17e siècles. J’ai donc écrit pour rapporter quelque chose d’intéressant sur ce point. Livre que j’ai fini hier:
      https://www.goodreads.com/book/show/978518.Christ_s_Churches_Purely_Reformed

      Ayant déjà écrit sur le concept de constantinisme par le passé, j’ai donc étendu sur ce sujet en y adjoignant un argument historique en plus des articles plus bibliques et théologiques déjà écrits.

      Si j’avais voulu subtilement utiliser mon influence pour préparer le soutien envers tel Trump.fr j’aurais été plus direct. Mais j’ai d’autres missions et d’autres intérêts que les coteries du jour. Il n’y a rien d’autre dans cet article que ce qui est écrit: un argument historique complémentaire à un dossier sur un certain concept.

  6. Merci pour ton partage de lecture, surtout si c’est une lecture qui paraît intéressante et édifiante.
    Sinon, il est vrai que pour le soutien envers Trump.us, c’était dans un autre article, plus direct 😉 !
    L’avenir nous montrera où nous mènera toutes ces réflexions et théories, et si le passé nous sert de leçon..

    Bien à toi en Jésus-Christ,
    Pep’s

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