Ces morts « encombrants » : vivre « avec eux » ou « séparés d’eux » ?

Cette vidéo « en quelques mots » de la chaîne Libérer! nous interroge sur la posture de Jésus, étonnante et décalée, par rapport à nos habitudes culturelles ou à nos intuitions quant au statut de morts et des vivants. Par le pasteur Gilles Boucomont de l’Église protestante unie de Belleville.

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Se souvenir du 31 octobre pour suivre « Jésus-Christ et Sa Parole. Rien d’autre ».

Hier, les disciples de Jésus lui demandaient de leur apprendre à prier. Les disciples d’aujourd’hui lui oseront-ils lui demander de leur apprendre à Le suivre ? (Source : convergence bolcho-catholiques)

D’aucun auront certainement remarqué la coïncidence (avec un grand « D » ?) de date avec les fêtes païennes d’Halloween et la fête des morts qui précède la Toussaint. Le 31 octobre qui vient de passer est en effet l’occasion, pour la plupart des protestants, de se souvenir d’un autre 31 octobre, qui a eu lieu en 1517.

Cette date, qui marque l’événement fondateur de la Réforme protestante, correspond à l’affichage des 95 thèses de Martin Luther (1483-1546) sur les indulgences, contestant que le salut puisse être quelque chose que l’Église vende. Pour rappel, les chrétiens de l’époque étaient particulièrement angoissés par l’éternelle question : « que devient mon âme après la mort ? »

Cette date-anniversaire est l’occasion de repenser au message central de l’apôtre Paul redécouvert par le réformateur : le salut, obtenu par la grâce, par le moyen de la foi, ne se mérite, ni ne se monnaye. Dieu sauve gratuitement ceux qui placent leur confiance en Lui (cf Rom.1v16-17 ; Ephésiens 2v8-10). C’est aussi l’occasion de redécouvrir les textes bibliques suivants, que certains protestant lisent à l’occasion d’une « fête de la Réformation » instituée depuis le vivant de Luther, et qui perdure jusqu’à nos jours : Galates 5, 1-6 : l’appel à la liberté ; Romains 3, 20-28 : la justification par la foi ; Matthieu 5, 2-12 : les Béatitudes.

Les fameuses 95 thèses renferment déjà les principaux éléments de la pensée de Luther et les « grands écrits réformateurs » de 1520 présentent un exposé abouti de sa théologie :

Le message et les actions de l’Eglise doivent se fonder sur « l’Ecriture seule », la Bible. « Le vrai trésor de l’Eglise, c’est le sacro-saint Evangile de la gloire et de la grâce de Dieu » (thèse 62). A une Eglise qui préfère un message au goût du jour, « la grâce pour tous » en achetant des indulgences, Luther oppose la Parole de Dieu, laquelle est une Parole de miséricorde qui prend au sérieux les craintes humaines et qui réconforte, mais aussi Parole de vérité, qui ne tait pas les exigences divines.

A des croyants centrés sur leur propre salut, vivant leur piété de manière égoïste, Luther proclame la supériorité du partage et de la solidarité : « celui qui donne à un pauvre (…) fait mieux que s’il achetait des indulgences » (Thèse 43). Il ne s’agit plus, certes, de contraindre Dieu à récompenser de « bonnes œuvres », mais ces œuvres d’amour, libres et désintéressées, découlent tout naturellement du salut offert par Dieu.

Enfin, en critiquant les indulgences, Luther remet en cause le pouvoir du Pape sur l’au-delà (Datant du XIIe siècle, mais définie tardivement par le magistère de Rome, aux conciles de Florence, en 1439, et de Trente, en 1563, la croyance du purgatoire, où les défunts non réconciliés avec Dieu passaient un temps plus ou moins long dans les tourments) et contrarie les appétits financiers de son Eglise. Au début de 1521, il est finalement excommunié d’une Eglise qu’il voulait seulement rendre plus fidèle à l’Ecriture. Luther critique toutes les croyances et les pratiques qui ne se fondent pas sur les Bible, tel le célibat obligatoire des prêtres. Plus encore, il insiste sur le réconfort de l’Evangile. Ainsi, il emporte l’adhésion de milliers de lecteurs qui deviennent autant de partisans. Ainsi donc, sans Luther, pas de Réformation. Tous les grands Réformateurs après lui reprendront l’idée que l’Eglise ne gère pas, mais annonce le salut gratuit révélé dans l’Ecriture et acquis par Jésus-Christ

Ironie du sort, si faire mémoire de la Réforme se justifie parfaitement pour les raisons indiquées plus haut, cette pratique cultuelle serait assez choquante du point de vue d’un Calvin, dont l’Église réformée est issue, car elle hisse au rang de fête un événement sans rapport direct avec la vie du Christ ou de l’action de Dieu et de l’Esprit Saint.

En effet, les fêtes bibliques instituées dans l’Ancien Testament ont pour but de glorifier Dieu en se remémorant son action dans l’histoire de son peuple. Quant aux fêtes chrétiennes, certes non instituées bibliquement, elles commémorent aussi l’action de Dieu en prenant pour thème des moments importants de la vie de Jésus racontés dans les évangiles (Naissance du Christ, Mort et Résurrection, Ascension…) ou de l’action de l’Esprit (Pentecôte).

Ces fêtes sont là pour nous rappeler le Dieu véritable, seul centre possible de notre foi, ce qui nous décentre de nous-mêmes et nous invite à ne pas faire de nos identités particulières des idoles mortifères.

Inspirations/sources :

D’après « La Réforme, un bouleversement », une brochure dans la série « une Eglise de témoins » éditée en 2017 par l’EPUDF/l’UEPAL, et cet article du Pasteur Gilles Boucomont à lire sur son blogue.

Du même, une prédication le dimanche du 31 octobre 2021 (voir aussi ici), exhortant à suivre Jésus, « et rien d’autre », sur le texte de l’Evangile selon Jean 5v30-47.