Comment, pour des pasteurs, « bien parler » du haut de la chaire des vaccins contre la covid-19- ainsi que de politique sanitaire en vigueur ?

« On t’a fait connaître ce qui est bien…. » de poster ou de dire (Michée 6v8). Source : compte twitter de Gilles Boucomont(3 mai 2017)

« Tout est permis, mais tout ne convient pas. Tout est permis, mais tout n’édifie pas » (1 Cor.10v23) ; « …faites tout pour la gloire de Dieu. Ne soyez pour personne une occasion de chute… » (1 Cor.10v31-32) ; « que tout se fasse pour l’édification commune » (1 Cor.14v26).

Oh là là ! Les pasteurs peuvent-ils se risquer à se prononcer sur des sujets hautement sensibles dans notre beau pays, tels les vaccins et la vaccination, ainsi que l’obligation de se faire vacciner contre la covid-19, ou de présenter un certificat sanitaire pour accéder à certains lieux ou autres moyens de transport publics, voire à son travail ? Pour la plupart des pasteurs, il est périlleux de parler de ce que l’on ne maîtrise pas, sachant que ce qui est dit au micro par un pasteur a un poids particulier.

On peut aussi comprendre que le rôle d’un prédicateur n’est pas de prescrire à l’assemblée, réunie à l’écoute de la Parole de Dieu, ce que chacun doit faire ou ne pas faire, pour qui voter ou ne pas voter, contre qui ou quoi manifester…. Cela engendrerait certainement des discussions sans fin, mais aussi des divisions.

Le prédicateur est redevable devant Dieu d’annoncer la Parole de Dieu et non pas d’exprimer ses options personnelles. Annoncer, prêcher l’Evangile de Jésus-Christ, c’est aider à vivre selon la volonté du Seigneur, à se garder du mal et à faire des choix libres, inspirés non par la peur (alimentée notamment par des théories complotistes, dans le cas de la covid, qui fleurissent sur les réseaux @sociaux) mais par l’amour. Aimer le Seigneur et son prochain est la plus grande liberté qu’il nous soit donné d’exercer. Et « l’amour bannit toute crainte » (1 Jean 4,18). L’amour ne soupçonne pas le mal (1 Cor.13v5).

L’apôtre Paul, sur le rapport du chrétien aux autorités et aux lois, le rappelle en Romains 13, versets 1 à 8. Après avoir traité du rôle de l’Etat (préserver l’ordre et l’harmonie d’un monde toujours menacé par le mal), et de ce que nous lui devons (notamment l’impôt), Paul conclut : la seule dette que vous avez, c’est de vous aimer les uns les autres (verset 8 qu’il faut rattacher à ce qui précède et pas seulement à ce qui suit)

Sur cette base, à chacun de décider devant le Seigneur comment, concrètement, il manifestera l’amour envers son prochain dans la période de pandémie que nous traversons. En la matière, ne s’agit-il que de ma propre santé ou aussi de celle des autres ? S’agit-il seulement de me protéger ou de protéger aussi les autres ?(1) Dois-je attendre les consignes du gouvernement ou du préfet pour cela ?

Et parlant de prière, votre communauté a certainement beaucoup prié et intercédé, l’an dernier, comme beaucoup d’autres, notamment pour les vaccins.  Aujourd’hui, voici non pas un, mais plusieurs vaccins produits à des centaines de millions d’exemplaires contre un virus en à peine dix-huit mois et disponibles gratuitement ! Merci Seigneur !

Merci aussi Seigneur, parce que dans notre beau pays, durant cette crise sanitaire, nous avons eu (et avons) des tests PCR gratuits, des soins gratuits, des salariés payés, des entreprises aidées et des aides pour les plus modestes.

Et enfin merci Seigneur, parce que nous ne sommes pas à la place de nos gouvernants en charge de gérer cette crise, qu’ils ont pris au sérieux. Personnellement, j’en serai bien incapable.

C’est pourquoi la Parole de Dieu nous invite, outre à la soumission et au respect, à prier pour nos autorités (1 Tim.2v1-4) et pour nos institutions (politiques, législatives, scientifiques, judiciaires, médiatiques….), et c’est au nom de l’évangile que nous devons réhabiliter la considération pour les institutions systématiquement dénigrées, moquées et discréditées. Car sans cette considération et ce respect, rien ne peut fonctionner. 

En comparaison, le Royaume de Notre Seigneur n’est certes « pas de ce monde », mais sa royauté ne jette aucun discrédit, bien au contraire, sur les pouvoirs humains.

Alors qu’il y aurait de bonnes raisons d’être prudents, Jésus n’a pas voulu que nous entrions dans le discours paranoïaque. Lui seul a été fidèle jusqu’au bout. C’est pourquoi il nous faut absolument déminer tout discours inspirant et nourrissant la suspicion et la crainte. Ainsi, comment prendrons-nous au sérieux l’autorité de Dieu si nous avons été structurés dans la contestation/diabolisation de l’autorité de l’Etat, comme de toute autorité ? Il n’y a pas de gouvernement parfait, mais toute autorité vient de Dieu (cf Rom.13v1). Nous rendrons service au gouvernement en priant pour lui, pour que des mesures justes et sages soient prises pour l’intérêt général, et nous contribuerons ainsi à la réhabilitation des structures de nos sociétés où les institutions ont été discréditées.

Que Dieu nous donne de comprendre la nature des enjeux prophétiques de ces guérisons collectives (notamment de la confiance malade/blessée) que nous avons à vivre en ce moment.(2)

PS : il est possible de répondre à ceux qui ont des doutes ou des craintes légitimes, hésitant à se faire vacciner en orientant vers des explications de spécialistes du domaine. Voici, parmi d’autres, des questions/réponses de médecins épidémiologistes :  Que répondre à ceux qui hésitent à se faire vacciner contre la Covid-19 ? (theconversation.com) et Vrai ou faux : les arguments des anti-vaccins Covid-19 passés au crible (france24.com) un article recommandé par le CPDH (Comité Protestant Evangélique pour la Dignité Humaine).

Voir aussi ce récent avis du Comité d’éthique du CNRS (COMETS), relatif à la communication scientifique en situation de crise sanitaire. Lire un court résumé de l’avis ici, et l’avis complet .

Notes :

(1) D’après cette réponse pleine de sagesse du répondant sur 1001 questions.

(2) D’après cette prédication « pourquoi prier pour les autorités ? »