Le culte : ou comment nous exercer à regarder dans la bonne direction

Le culte nous exerce à regarder dans la bonne direction (Source image : public domain pictures)

Certains ont du se dire : « allons ! Plaignons-nous tous ensemble, pour avoir un impact médiatique ! »

Beaucoup de magasins sont fermés à cause du confinement. Les commerçants demandent au gouvernement le droit de rouvrir leurs boutiques dès le 27 novembre pour le « black friday ». Ce sera finalement le cas le 28/11, hors bars et restaurants, à certaines conditions précisées par le Président de la République, lors de son allocution télévisée du 24/11 (1)

Certains catholiques, quant à eux, réclament de pouvoir à nouveau assister aux messes – les règles qui restreignent temporairement, dans le cadre du confinement, la célébration collective du culte étant encore en vigueur.  Ce cadre, dicté par l’impératif sanitaire liée à l’explosion de l’épidémie de Coronavirus sur le territoire national, avait été validé par le Conseil d’État dans son ordonnance du 7 novembre 2020.

Plusieurs manifestations ont eu lieu le week-end dernier en France, notamment à l’appel du collectif Pour la messe, demandant la reprise des célébrations publiques. Des rassemblements ont eu lieu le dimanche 22 novembre à Bordeaux, à Vannes, Saint-Maur-des-Fossés, Nantes, Angers, Montpellier, ou encore à Clermont-Ferrand  – à l’initiative de Civitas, association catholique intégriste (2).

Une autre initiative remarquée est la manifestation prévue dimanche 22 novembre à 17h, devant l’église Saint-Sulpice à Paris 6e, laquelle se heurte au refus de la préfecture de police qui ne veut pas de ce type de rassemblement. Assisté d’un avocat, Jean-Benoît Harel, étudiant de 23 ans et animateur de l’émission « Orient Extrême » sur Radio Notre Dame, l’un des initiateurs de la pétition « Pour la messe », qui a déjà recueilli plus de 106 000 signatures, dépose un référé-liberté au tribunal administratif samedi 21 novembre dans l’après-midi et obtient gain de cause. « Alors qu’il n’a fait valoir aucune nécessité de préserver un trouble à l’ordre public, le préfet de police doit être regardé comme interdisant par principe une manifestation qui, par son but ou par sa forme, serait une manifestation extérieure d’un culte. Par conséquent, sa décision en tant qu’elle conditionne la tenue d’une manifestation à l’interdiction de faire des prières de rue, porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de manifestation », a estimé le juge des référés dans son ordonnance rendue le jour même.  Satisfait de la décision, Jean-Benoît Harel s’est réjoui d’avoir « arraché le droit de prier »(3).

Une initiative que certains, parmi les Evangéliques, jugent « courageuse » et « digne d’être encouragée », pour ne pas dire « excellente », au point de participer au rassemblement de dimanche à Paris.

Est-ce la bonne façon de qualifier ces attitudes revendicatives quand toutes les autres religions, chrétiennes (protestantes, orthodoxes, anglicanes), islamiques, juives, bouddhistes … acceptent ces mesures sanitaires de solidarité et de citoyenneté pour la protection et la santé de tous ?

Pour rappel, l’objectif du culte [se terminant par un « envoi » ou un « allez » vers les autres] est de nous exercer à regarder dans la bonne direction, laquelle n’est pas nous-même, mais le Seigneur lui-même, de sorte que lui seul soit glorifié, c’est à dire rendu visible tel qu’il est en vérité et en réalité. Sachant, comme le relève Tony Reinke dans « la guerre des spectacles » (BLF 2020, p 25), que « nous sommes des créatures façonnées par ce qui attire notre attention, et ce à quoi nous accordons notre attention devient notre réalité objective et subjective (…) Nous prêtons attention à ce qui nous intéresse ; nous devenons semblables à ce que nous regardons ».

Toute cette agitation (« rendez-nous la messe » en présentiel !) de la part de fidèles catholiques zélés se sentant lésés, par ailleurs désavouée par des prêtres, tels Mgr Mario Grech et le père Arnaud Montoux, dont je vous recommande les mises au point (4) – et derrière laquelle se cachent certains mouvements traditionalistes intégristes identitaires, y contribue-t-elle ? Personnellement, je ne le crois pas. Elle me paraît même imprudente (5) et peu sage, contre-productive et irresponsable, en cette période de crise sanitaire où il est essentiel de veiller à ne pas être un danger et une occasion de chute pour les autres.

Entre « se focaliser sur ses droits » en mode lobbyiste et « l’amour (qui) ne cherche pas son intérêt » (1 Cor.13v5) , certains ont manifestement choisi….(6)

Ironie du sort : le Centre évangélique 2020, qui a eu lieu les 23 et 24 novembre sur Zoom avait justement pour thème : Aimer son prochain !

Pour ce qui est des prières de rue, voici ce qu’a enseigné Jésus à ce sujet en Matt 6v5-6.

Quoiqu’il en soit, confinés ou pas, Jésus reste Jésus, « le même, hier, aujourd’hui et éternellement » : « Dieu sauve » et « Dieu élargit ».

 

Textes bibliques à méditer :

« Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu que j’ai moi-même en faveur, j’ai mis mon Esprit sur lui. Pour les nations il fera paraître le jugement, il ne criera pas, il n’élèvera pas le ton, il ne fera pas entendre dans la rue sa clameur » (Esaïe 42v1-2)

« Appelle à plein gosier, ne te ménage pas, comme la trompette, enfle ta voix, annonce à mon peuple ses révoltes, à la maison de Jacob ses fautes. C’est moi que jour après jour ils consultent, c’est à connaître mes chemins qu’ils mettent leur plaisir, comme une nation qui a pratiqué la justice et n’a pas abandonné le droit de son Dieu. Ils exigent de moi des jugements selon la justice, ils mettent leur plaisir dans la proximité de Dieu ……» (Esaïe 58v1-12)

« S’il y a donc un appel en Christ, un encouragement dans l’amour, une communion dans l’Esprit, un élan d’affection et de compassion, alors comblez ma joie en vivant en plein accord. Ayez un même amour, un même cœur ; recherchez l’unité ; ne faites rien par rivalité, rien par gloriole, mais, avec humilité, considérez les autres comme supérieurs à vous. Que chacun ne regarde pas à soi seulement, mais aussi aux autres. Comportez-vous ainsi entre vous, comme on le fait en Jésus Christ : lui qui est de condition divine n’a pas considéré comme une proie à saisir d’être l’égal de Dieu. Mais il s’est dépouillé, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes, et, reconnu à son aspect comme un homme, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, à la mort sur une croix. C’est pourquoi Dieu l’a souverainement élevé et lui a conféré le Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse, dans les cieux, sur la terre et sous la terre, 11et que toute langue confesse que le Seigneur, c’est Jésus Christ, à la gloire de Dieu le Père ». (Philipp.2v1-11)

 

 

 

Notes : 

(1) https://www.20minutes.fr/economie/2916095-20201124-confinement-emmanuel-macron-rouvre-boutiques-28-novembre-soulage-commercants

(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/Civitas_(mouvement)

(3)  https://www.la-croix.com/Religion/cultes-rencontrent-gouvernement-preparer-lapres-confinement-2020-11-22-1201125967 ; https://actu.fr/ile-de-france/paris_75056/a-paris-une-manifestation-des-catholiques-prives-de-messe-pourra-avoir-lieu-devant-saint-sulpice_37638861.html ; https://www.leparisien.fr/paris-75/la-priere-sera-autorisee-ce-dimanche-devant-l-eglise-saint-sulpice-a-paris-22-11-2020-8409740.php

(4) Mgr Mario Grech, secrétaire général du Synode des évêques et nouveau cardinal, porte un regard très critique sur ces attitudes lors d’un entretien accordé le 02/11 à la revue jésuite La civiltà Cattolica (Publié sur le site aleteia.org le 4.11.20) : « Il n’y a pas d’autre sens pour notre vocation dans l’Église et dans le monde que de s’engager à annoncer l’Évangile, à aider l’homme d’aujourd’hui à rencontrer Jésus-Christ », déclarait le nouveau cardinal après sa nomination. Cela semble évident, mais résonne surtout comme un avertissement en France et aux Etats-Unis, où des esprits troublés, clercs et laïcs, parlent moins de l’Évangile du Christ que des « droits des catholiques » – et réclament pour ceux-ci (seuls) le privilège d’ignorer la lutte commune pour la santé publique, commente le journaliste-blogueur catholique Patrice de Plunkett.

Dans son entretien à la revue jésuite, Mgr Grech enfonce le clou à propos de la crise sanitaire : « Nous devons espérer que cette crise, dont les effets nous accompagneront pendant longtemps, sera un moment opportun pour nous, en tant qu’Église, pour ramener l’Évangile au centre de notre vie et de notre ministère. » Car « beaucoup sont encore analphabètes de l’Évangile », constate-t-il… … Mais la pandémie, et les confinements qu’elle entraîne en réponse, mettent brusquement en lumière l’un des handicaps du catholicisme occidental : « un certain cléricalisme est apparu. Sur les réseaux sociaux, nous avons assisté à un certain degré d’exhibitionnisme et de piétisme qui relève davantage de la magie que de l’expression d’une foi mature », déplore-t-il. « De nombreuses initiatives pastorales de cette période, explique-t-il, ont été centrées sur la seule figure du prêtreOr « la fidélité du disciple à Jésus ne peut être compromise par le manque temporaire de la liturgie et des sacrements…  « Certains ont même dit que la vie de l’Église a été interrompue ! Et c’est vraiment incroyable. Dans la situation qui a empêché la célébration des sacrements, nous n’avons pas réalisé qu’il y avait d’autres façons de faire l’expérience de Dieu », regrette-t-il, ajoutant que le fait « que beaucoup de prêtres et de laïcs soient entrés en crise parce que nous nous sommes soudainement retrouvés dans la situation de ne pas pouvoir célébrer l’Eucharistie [en présence du peuple] est en soi très significatif ».

Allant plus loin encore, il juge « curieux que beaucoup de gens se soient plaints de ne pas pouvoir recevoir la communion et célébrer les funérailles à l’église, mais qu’ils ne se sont pas autant préoccupés de la manière de se réconcilier avec Dieu et le prochain, d’écouter et de célébrer la Parole de Dieu et de vivre une vie de service ».

Arnaud Montoux, prêtre d’Auxerre, quant à lui, s’exaspère face à la campagne lancée pour le rétablissement de la messe, dans une mise au point publiée sur sa page facebook : « Merci à mes contacts d’avoir la gentillesse de ne plus m’adresser la vidéo de ce jeune gars tout à fait sympa, qui demande « la Messe » avec grande fougue et quelques approximations théologiques, anthropologiques et sociologiques regrettables…Comment lui en vouloir? Je crois que j’en veux surtout aux adultes et à ceux qui ont reçu une mission ecclésiale, de l’avoir stimulé en lui faisant croire qu’il serait un vrai pur s’il montait au créneau, au lieu de l’aider à comprendre la complexité des réalités dans lesquelles nous nous débattons tous…..

Oui, la suspension de nos assemblées eucharistiques est douloureuse. Je fais partie de ceux qui vivent mal le confinement à cause de cet éloignement liturgique qui est signe d’un éloignement social bien plus large ! Mais quand je vois le nombre de malades et de morts qui augmente sous le regard assez froid de tant de complotistes qui demandent la messe et se sentent victimes d’une affreuse tentative de musellement des catholiques de France, quand je vois le nombre de personnes qui perdent leur emploi et ne savent pas comment elles vont nourrir leur famille dans les mois et les années qui viennent, quand je vois ceux qui, aussi bons catholiques que ceux qui braillent, ne comprennent pas cet acharnement à faire croire qu’un catholique ne peut plus vivre sa foi s’il est temporairement privé d’Eucharistie, je suis blessé, fatigué, énervé….

Il y en a assez de devoir justifier en permanence devant une minorité vociférante, la solidarité d’un grand nombre de catholiques raisonnables, prudents et souvent réellement missionnaires (au moins autant que les autres) qui acceptent ces mesures de crise pour ne pas ajouter de danger au danger, pour ne pas multiplier les occasions de ne pas respecter un confinement déjà largement relativisé. Actuellement, le lieu de nos vrais combats liturgiques doit sans doute plutôt être celui de l’accompagnement des malades et des mourants…

Je n’ai pas spécialement peur pour moi, je râle à longueur de journée contre cette situation qui me coupe de mes étudiants, de mes paroissiens, de mes amis, de ceux qui me manquent au quotidien, mais je voudrais au moins ne pas avoir à être prisonnier de ceux qui, dans cette Église qui est aussi la mienne (n’en déplaise à ceux qui du haut de leurs grandes certitudes savent ce que tout le monde doit faire, demander et obtenir), traitent les « doux » de « mous », et broient la patience et le sacrifice des humbles au moulinet de leur violence ! Assez !!! Nous vivons une situation inédite mais nous n’avons pas été privés de l’Evangile !! »

http://plunkett.hautetfort.com/archive/2020/11/11/sainte-colere-du-cure-de-la-cathedrale-d-auxerre-6276340.html

Voir aussi https://www.yonne.catholique.fr/paroisse-saint-germain-auxerre/la-vie-paroissiale/communiques/communique-ndeg-2 , https://www.yonne.catholique.fr/paroisse-saint-germain-auxerre/mediatheque/documents-a-telecharger/libe-rez-les-eaux.pdf –

Des « crispations avec le gouvernement français » qui « étonnent d’autant plus que le pape François vient de rappeler quelques évidences », relève le journal Libération. « Mercredi, lors de son audience générale, le chef de l’Eglise catholique demandait expressément de «faire très attention aux prescriptions des autorités politiques et sanitaires afin de nous protéger de cette pandémie». Les évêques français seraient-ils aussi en train d’entrer en dissidence avec leur pape ? »

Par ailleurs, ce « lobbying de défi à l’Etat de la part de religieux » met mal à l’aise le pasteur protestant Gilles Boucomont, lequel rappelle sur twitter (29/11/20) que « le but de l’Eglise n’est pas de croire qu’elle permettrait à Dieu d’être Dieu, ni d’empêcher César d’être César »

(5) « Im-prudent, en ce que cela incite à agir en fonction d’un futur (toujours hypothétique) en refoulant (ou ignorant) l’examen du présent (toujours certain). Et rend « désuète la morale (ce qui vaut pour tous), au profit de l’éthique (ce que j’ose faire, y compris contre tous) ».

(6) L’annonce de la reprise des messes publiques dans la limite de 30 personnes par le Président de la République dans son allocution télévisée du 24/11 a d’ailleurs provoqué une vague de colère et d’incompréhension chez de nombreux catholiques cf https://fr.aleteia.org/2020/11/25/reprise-des-messes-une-nouvelle-jauge-de-fideles-actuellement-en-discussion/ et https://www.famillechretienne.fr/35595/article/2020-11-24/emmanuel-macron-annonce-la-reprise-des-messes-le-28-novembre Qui a dit que les Français sont « râleurs » ?

 

 

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