Quand « Dieu n’a jamais autant parlé, au point où l’on souhaiterait presque une famine de sa Parole pour enfin avoir soif de l’entendre pour de vrai… »

Les Evangéliques assumeront-ils, avec compassion et intégrité, leur « rôle prophétique dans le monde » en tant que « témoins fidèles et véritables », ou ne seront-ils qu’ « un airain qui résonne, ou une cymbale qui retentit » (1 Cor.13v1) ?

Entre le livre de Malachie et l’Evangile selon Matthieu, soit entre les deux testaments, se fait un silence prophétique de 400 ans (1).

De nos jours, c’est plutôt le contraire. Notre ouïe moderne n’est pas seulement « caressée par la haute précision des chaînes stéréo, étourdie par les amplificateurs de salles de bal et par les bruits mécaniques les plus assourdissants qu’ait jamais supportés l’oreille humaine », au point où « le silence (d’) aujourd’hui n’est qu’un trouble de l’ouïe » (2)

Notre ouïe spirituelle est aussi – et surtout – agressée par le bruit assourdissant dû à l’inflation de « paroles de Dieu » de toutes sortes. En effet, commente ironiquement l’internaute Éliane Colard le 28 mars 2020, en réaction à un article publié sur le blogue Le Sarment, « Dieu n’a jamais autant parlé du Coronavirus depuis que [ce dernier] a quitté la Chine. Tant que le virus était en Chine, c’est comme si Dieu [ne s’en préoccupait pas] » (3).

Quelles sont donc ces « paroles de Dieu » ? « Dieu a-t-il réellement dit » (à propos du covid-19) ?

Si nous partons du principe biblique qu’il est de la responsabilité de l’assemblée (l’Eglise) d’évaluer ou de jauger les prophéties rendues publiques (cf 1 Cor.14v29), « jaugeons » donc.

Mais avant de considérer le contenu, considérons d’abord quelques principes.

Ainsi, « Comment reconnaîtrons-nous que ce n’est pas une parole dite par le Seigneur ? » (4)

C’est une question difficile et particulièrement grave, que pose ici Deutéronome 18v21, vu que le châtiment réservé au faux prophète est la mort (Deut 18v20).

Premier critère pour reconnaître le faux prophète : c’est Dieu qui prend l’initiative de parler et non le prophète qui obtient une révélation par « une technique » appropriée. Le prophète Jérémie souligne l’importance de la Parole de Dieu (« du froment ») face aux visions et aux songes (« de la paille ») cf Jer.23v28.

En 1 Samuel 28, un « Samuel défunt » parle au nom de Dieu grâce à l’invocation de son esprit par une sorcière…sauf qu’il n’est pas certain que ce soit Samuel qui parle, d’autant plus que cette demande de Saül auprès de la voyante (dont le texte dit clairement qu’elle a un esprit mauvais) est clairement défendue par Dieu (« Qu’on ne trouve chez toi (…) personne qui consulte ceux qui évoquent les esprits ou disent la bonne aventure, personne qui interroge les morts » cf  Deutéronome 18v10-11). Saül lui-même ne pouvait pas l’ignorer puisque c’est lui-même qui a promulgué cet interdit sur le royaume.  D’autre part, Saül n’apprend rien qu’il ne sache déjà de cette invocation et n’en retire rien, à part du trouble….

Deuxième critère : ce qu’annonce le vrai prophète arrive vraiment (« Si ce que le prophète dit au nom du Seigneur ne se produit pas… alors ce n’est pas une parole dite par le Seigneur »Deut 18v22).

En comparaison, au début de mars 2020, le prophète Shawn Bolz a déclaré que le Seigneur lui aurait montré « la fin du coronavirus » et que la sortie de plusieurs vaccins était imminente, ainsi que la mort naturelle du virus. Bolz s’est aussi aventuré à prédire un relancement économique et qu’il n’y aurait pas des millions de décès en raison du virus, et surtout pas en Amérique….

Lance Wallnau, également prophète et auteur chrétien, avait aussi un message « prophétique » concernant le coronavirus. Le Seigneur lui aurait révélé l’existence d’un « esprit sur les médias qui exagérerait la portée de ce virus ». Les nations seraient en désarroi pendant deux ou trois semaines au plus, et que les chrétiens « ne doivent pas craindre ce qu’ils (les non-croyants) craignent »(5).

Troisième critère : le message du prophète incite à un retour au « Dieu véritable ». A l’inverse, « s’il dit Suivons et servons d’autres dieux, tu n’écouteras pas les paroles de ce prophète » (Deut 13v2-6)

Quatrième critère : Dans sa polémique contre les faux prophètes, Jérémie met en avant leur appât du gain. Cette critique peut être associée au reproche – d’une actualité troublante – d’un discours flatteur qui vise à plaire à ceux qui les protègent et les rémunèrent.

[« Ainsi parle l’Éternel des armées : n’écoutez pas les paroles des prophètes qui vous prophétisent ! Ils vous entraînent à des choses de néant ; ils disent les visions de leur cœur et non ce qui vient de la bouche de l’Éternel. Ils disent à ceux qui me méprisent : l’Éternel a dit vous aurez la paix ; et ils disent à tous ceux qui suivent les penchants de leur cœur il ne vous arrivera aucun mal »  – Jer 23v16-17]

Les prophètes, fonctionnaires royaux, évitaient d’annoncer des choses désagréables pour le roi. Le faux prophète cherche à sécuriser le peuple et le roi, plutôt qu’à les conduire à la repentance. L’indépendance (par rapport au pouvoir) et le désintérêt du prophète (sa mission est-elle d’intérêt général ou privé, lucrative ?) sont donc des critères.

En guise d’illustration, Éliane Colard rappelle encore (3)que, comme « chaque année, les prophètes américains de « la liste d’Elie » (« Elijah list »), qui se veulent influents auprès du Président Trump, produisent fidèlement leurs bulletins prophétiques(sic) pour la nouvelle année, [lesquels sont toujours identiques] à savoir « prospérité pour le pays, beaucoup d’argent libéré par les cieux, du succès et de l’élargissement pour les Ministères. Et bien sûr 2020 n’a pas manqué à l’appel ». [L’on peut donc se demander] s’ils allaient revenir sur leurs prédictions, vu ce qui se passe et qu’ils n’ont apparemment pas vu venir (….). On remarquera d’ailleurs que la préoccupation majeure de toutes ces prophéties aux USA est l’argent, l’économie ou le succès du président (6)(7)

« Mais cette inflation de paroles prophétiques ne se produit pas qu’aux Etats-Unis. En France aussi, tout le monde rêve, songe ou reçoit des messages du ciel sur le Coronavirus. En France les songeurs et prophètes y voient un jugement (sans que ce soit d’ailleurs toujours les mêmes choses qui soient jugées) tout le monde prêche sur le coronavirus ou fait des vidéos et bientôt des livres sortiront pour expliquer pourquoi le Coronavirus (un vrai produit marchand qui fonctionne et certainement rapportera), tandis qu’aux USA on y voit un tremplin pour une pandémie de bénédictions et de libération de gloire et de prospérité à venir.

Cinquième critère : Les faux prophètes peuvent se reconnaître à leur comportement (« Mais chez les prophètes de Jérusalem, j’ai vu des choses horribles. Ils sont adultères, ils marchent dans le mensonge ; ils fortifient les mains des méchants… » (Jer 23v14), mais parfois Dieu brouille lui-même les cartes en envoyant un esprit de mensonge (cf. 1R 22v19-23) parmi les 400 « prophètes professionnels » du roi Achab, au temps du Prophète Michée.

« Quand nous ne savons plus écouter comme écoutent les disciples (cf Jean 8v31), et quand nous n’avons plus les oreilles pour entendre « ce que l’Esprit dit aux Eglises », ou ce qu’il a déjà dit, et que nous persistons néanmoins à chercher des paroles auprès d’ « une foule de docteurs » ou « de prophètes » qui nous diront ce que nous souhaitons entendre, alors Dieu nous séduit par ces dispositions de nos cœurs qui sont comme des idoles : Ezéchiel prévient, au chapitre 14 de son livre, v1-11, que Dieu répondrait au peuple en séduisant le prophète qui se laisse séduire, lorsque le peuple demanderait une parole alors que son cœur sera rempli de ses propres idoles. Dieu dit qu’il lui répondra alors en fonction de ces mêmes idoles. Ainsi, si l’argent et la prospérité sont une obsession dans nos cœurs, nous recevrons des prophéties allant toujours dans ce sens, nous confortant dans nos attentes, parce que c’est ce que nous recherchons (3).

Selon 2 Thes.2v10-12, Dieu peut envoyer « une puissance d’égarement », pour croire au mensonge, « afin que tous ceux qui n’ont pas cru à la vérité, mais qui ont pris plaisir à l’injustice, soient condamnés ».

Ainsi, c’est Dieu lui-même (et non l’ennemi) qui soumet aux esprits de séduction de d’égarement (ces esprits qui lui sont aussi soumis) ceux qui ne sont pas disposés à entendre la vérité et dont le cœur n’a pas appris à aimer cette vérité pour ce qu’elle est (souvent simple et sans artifice). Nous sommes séduits à cause des penchants de nos cœurs, soit ce que nous considérons comme ayant de la valeur, nos idoles et finalement nos trésors. (3)

En résumé, si nous considérons les critères bibliques pour reconnaître un vrai prophète, nous disposons donc des mêmes critères pour jauger le faux prophète – Dieu ne lui a pas demandé de parler, ce qu’il annonce n’arrive pas et il incite à aller vers d’autres dieux (Deut.13v1-5 ; Deut.18v20-22). Soulignons toutefois que la controverse entre Hanania et Jérémie (Jer.28) nous incite à la prudence dans notre évaluation, nous mettant en garde contre tout jugement précipité. Nous ne pouvons qu’être attentifs et prêts à nous interpeller nous-mêmes, peut-être là où nous l’attendons le moins ! (4)

A noter encore que la fausse prophétie, non biblique, écrase et démolit, sous ses dehors fatalistes et inéluctables, alors que la prophétie biblique véritable édifie, instruit et encourage, en nous donnant les moyens de changer les choses.

Ces passages soulignent que les faux prophètes sont, par ailleurs, « un test » de Dieu pour éprouver notre fidélité et notre amour pour Lui.

Ceci dit, pour en revenir au constat du point de départ, qu’il s’agisse de «  prophéties de succès » (USA) ou de « jugement » (France), « Dieu n’a jamais autant parlé, au point où l’on souhaiterait presqu’une famine de sa Parole pour enfin avoir soif de l’entendre pour de vrai et serrer cette parole comme une perle rare de grand prix ! » (3)

En effet, « silence dans toute chair, le cri de Zacharie (Za 2, 17) est la condition nécessaire mais non suffisante pour se mettre à l’écoute ». Mais « Dieu aurait bien du mal à obtenir une écoute, s’il le voulait, mais il ne le veut pas. Il a déjà laissé sa voix par écrit dans le livre que nous appelons la Bible. Là, avec un peu de chance et un vertige de silence, en soi plus qu’autour, chacun peut écouter le passage qui éclairera sa journée ».(2)

 

 

Notes :

(1) Voir « Dieu est-il resté silencieux entre les deux testaments ? »

(2) Voir Erri de Luca. « avoir de l’oreille » IN Alzaia. Rivages/Petit Bibliothèque, 2002, pp 24-25.

(3) Voir https://lesarment.com/2020/03/covid-19-comment-certains-predicateurs-ont-ils-reagi-face-a-la-menace-de-pandemie/

(4) Le développement sur les critères d’évaluation des prophètes s’inspire en partie de la trame de cette étude biblique.

(5) Voir comment certains prédicateurs ont réagi face à la menace de pandémie ici, ici ou . Avec cet autre exemple de déni délirant !

(6) Morceaux choisis :
« Rayons d’espoir pour l’économie et notre avenir »[qu’il sera possible et facile d’éprouver dans les temps à venir] dit entre autre ceci à propos du Coronavirus : « Ici aux États-Unis, je sens que cela va créer une formidable opportunité de voir à nouveau la croissance, en particulier dans le secteur manufacturier de notre économie. Je sens que le président Trump commencera à mettre en œuvre de nombreux allègements fiscaux pour les entreprises désireuses de ramener la fabrication aux États-Unis. Encore une fois, nous serons fiers de dire «Made in USA». Cette résurgence assurera une réélection du président et du vice-président en novembre 2020. Je vois cela comme une formidable opportunité car il y aura une « libération en deux parties » dans notre économie, et d’ici la fin de 2020, le marché boursier augmenter à nouveau; en particulier, j’ai vu le Dow Jones atteindre la barre des 30 000.Dieu restaure toutes choses pour un temps comme celui-ci, un temps de grand transfert de richesse. Dieu nous donne la sagesse et la créativité pour créer la richesse, l’innovation et l’invention. Le Seigneur nous demande d’entendre ce que l’Esprit du Seigneur dit plutôt que l’esprit de peur, donc nous ne manquons pas cette occasion de créer une ressource du Royaume qui fera avancer son Royaume avec amour, grâce et puissance. » [Ici, « rien de nouveau sous le soleil », vu que la secrétaire d’Etat française, madame Pannier-Runacher, a déclaré bien officiellement sur CNews le 20 mars que les Français ont bien tort de s’inquiéter pour leur avenir, puisque « c’est le moment de faire des bonnes affaires en bourse aujourd’hui »]

Une autre prophétie, dont le titre est « Président Trump, les nations et le coronavirus », dit entre autre ceci :
« Par souci de clarté, si le président Trump a agi comme un (goujat), a regardé d’autres femmes, a été brutal dans ses réponses à celles qui l’attaquent, a été réactif ou a échoué dans le « fruit de l’Esprit » dans de nombreux domaines — AUCUNE DE CES questions en comparaison . Il n’était pas appelé à être votre pasteur – allez à l’église pour ça. Il a été appelé à être votre président et il remplit cette mission. De plus, il le fait mieux que N’IMPORTE QUEL président américain précédent. Sa position sur les questions ci-dessus est légendaire dans les annales du ciel et le sera finalement sur Terre.
Les cinq ci-dessus ne sont pas non plus les seules choses héroïques qu’il a faites. Ses mouvements avec l’économie ont changé la donne, et c’est ce qu’il a fait pendant que de grands ennemis essayaient activement de tuer l’économie dans leur tentative de faire dérailler la mission donnée par Dieu à Trump. Le coronavirus en fait partie, mais il échouera également, car Dieu a choisi Trump pour l’emporter sur l’ennemi, mouvement après mouvement. Même lorsque Trump se sent dépassé et ne sait pas comment procéder, Dieu transforme toujours ses décisions sans conviction / incertaines en « home run ».

Voir d’autres prophéties sur le Coronavirus : https://www.elijahlist.com/words/display_word.html?ID=23383 

(7) Voir la réflexion de Jean-René Moret, pasteur suisse : « qui est en effet celui dont nous attendons le secours, celui que nous craignons d’offenser, celui au regard duquel nous jugeons de toutes les questions? Apparemment pas le Dieu de la révélation chrétienne, créateur d’une nature dont nous sommes responsables et de tous les êtres humains, dotés d’une égale valeur. Non, ce sont les arguments économiques qui déterminent notre conduite, faisant de nous des adorateurs et des esclaves de l’argent…..» cf https://www.24heures.ch/signatures/reflexions/nom-argent-toutpuissant/story/20838093