La source vitale

« Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive », dit Jésus. « Celui qui croit en moi, des fleuves d’eau vive couleront de son sein, comme dit l’Écriture ».(Jean 7v37-38)

« La source vitale doit toujours être la vie elle-même, non une autre personne. Beaucoup de gens (…) puisent leurs forces chez un autre être, c’est lui leur source vitale, non la vie elle-même. Situation fausse, défi à la nature », écrit Etty Hillesum (1914-1943) dans son journal, le mercredi 18 juin 1941 (Une vie bouleversée : journal 1941-1943, Seuil 1995. Points, p 41)

C’est ce que l’Ecriture appelle « abandonner la source des eaux vives » pour « se creuser des citernes fissurées, qui ne retiennent pas l’eau » (Jer.2v13). Or, « la vie éternelle » et « abondante », c’est connaître Celui qui est « le Dieu véritable et la vie éternelle », laquelle est une vie relationnelle (Jean 17v3, 1 Jean 5v20).

L’on comprend alors à quel point est vain « ce défi » de se déconnecter d’une telle source : « Je suis la vigne », dit encore le Véritable, « vous êtes les sarments : celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là portera du fruit en abondance car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire ». (Jean 15v5)

« Le savant et son cocher », précédé du « tireur d’élite » ou « Deux histoires, sinon rien », pour parler autre chose que du Coronavirus

Albert Einstein, tirant la langue à celui qui lui tire le portrait…(photo prise sur le vif par Arthur Sasse de l’United Press International, le 14 mars 1951)

Ionesco nous livrait son « journal en miettes » – racontant, non pas chaque jour ce qui arrive, mais chaque jour ce qui n’arrive pas – et Kierkegaard ses « miettes philosophiques », avec cette problématique : « la vérité peut-elle s’apprendre ? »

Mon camarade et confrère blogueur, Eric Lemaître, nous partage, quant à lui, sa propre réflexion sur notre « monde mis en pièces », à mille lieux du pessimisme des « jeux de massacre » de Ionesco, et se référant à Esaïe 26v20, texte biblique que le grand rabbin M. Haïm Korsia nous invite à méditer : « Va, mon peuple, rentre chez toi et ferme sur toi les deux battants. Cache-toi un instant, le temps que passe la colère. »

Pour ma part, vous me pardonnerez, je l’espère, ce choix éditorial de vous donner autre chose à lire que le coronavirus, pour le week-end. Et comme l’on m’a souvent demandé pourquoi je ne publiai pas souvent des « blagues » sur le blogue, en voici, non une, mais deux :

« Sur un mur, il y a des trous faits par des projectiles parfaitement tirés au centre de petits cercles. Un tireur d’élite, de passage, est surpris et demande qui est capable d’une telle précision. On lui dit que c’est un enfant borgne qui les fait. Le tireur va le féliciter et lui demande qui lui a appris à si bien viser.

Personne, répond l’enfant. D’abord, je tire sur le mur et puis je dessine les cercles ».

En voici une autre :

« Il y a très longtemps, un savant, spécialiste d’un sujet, qu’il est inutile de préciser, est recherché et invité dans un grand nombre de beaux endroits. Partout, l’accueil est enthousiaste. Un jour, son cocher lui demande une faveur : échanger une seule fois leurs vêtements et leurs rôles, pour ressentir lui aussi ce que veut dire être acclamé. Le savant a le sens de l’humour et accepte, imaginant ce qui se passera pour le cocher une fois sur scène.

Arrivés là où ils sont attendus, le public applaudit le chauffeur vêtu avec élégance. On l’accompagne sur scène avec les honneurs qui lui sont dus. Dans un coin de la salle, le savant habillé en cocher savoure à l’avance la suite.

Celui qui est chargé de mener le débat adresse au cocher une première question, compliquée, spécifique et de nature controversée. Le cocher réagit avec un air contrarié, puis fâché. Il répond qu’il s’attendait à des questions bien plus ardues, alors que, pour une affaire aussi élémentaire, il suffit d’appeler son cocher au fond de la salle pour avoir la réponse. »

Histoires tirées de « Le Tour de l’oie », d’Erri de Luca. Gallimard, 2019 (Du monde entier), pp 156-158