Le Pasteur chrétien de Richard Baxter

Il y aura « un avant et un après », après avoir lu « le pasteur chrétien »

Tout chrétien aspirant pasteur, ou déjà pasteur, a intérêt à lire « le Pasteur chrétien » de Richard Baxter. Le titre original de l’ouvrage [« The Reformed Pastor » ou « le pasteur réformé »]  est même plus explicite quant aux intentions de son auteur. En effet, l’adjectif « Réformé » ne renvoie pas ici à la dénomination protestante du même nom, mais doit être compris dans le sens de Romains 12v2 ou Jérémie 7v3 : se réformer soi-même.

Richard Baxter, un pasteur et théologien puritain du XVIIe siècle (1615-1691) soucieux des intérêts de Christ, « le Souverain Berger », et donc de ceux des autres, exhorte ses collègues pasteurs dans un vibrant plaidoyer à la manière de Paul en Actes 20v28 : « Prenez soin de vous-mêmes et de tout le troupeau dont l’Esprit Saint vous a établis les gardiens, soyez les bergers de l’Eglise de Dieu, qu’il s’est acquise par son propre sang ».

Sans langue de bois, il leur rappelle que le « ministère » n’est en rien un avantage ou « un honneur » (c’est même parfois plutôt ingrat), mais bien un service et un grand don, impliquant de très sérieuses responsabilités.

« Le pasteur réformé » ne doit pas non plus oublier qu’il est avant tout un pasteur : d’abord « pasteur de lui-même », en « veillant sur lui-même et sur son enseignement »(1 Tim.4v16). Ce qu’il prêche aux autres, il le prêche d’abord à lui-même. Il comprend que « la réforme de l’Eglise » doit d’abord passer par la réforme de son propre cœur, incluant la repentance de son orgueil, de sa paresse et de son insouciance à l’égard des pécheurs qui se perdent. Ce n’est qu’ensuite qu’il pourra être un « pasteur pour les autres », soit de veiller et de prendre soin de tout le troupeau qui lui a été « échu en partage » (1 Pie.5v2). Ce qui implique de prendre le temps de bien connaître chaque membre de l’église…à condition que ledit troupeau ne soit pas trop nombreux ! [Que penserait Baxter des méga-churches, aujourd’hui ?]

L’enjeu spirituel est de taille, car, affirme Baxter, « l’ignorance des devoirs réciproques du pasteur et du troupeau est un des plus grands obstacles au salut des pécheurs et à la réformation de l’Eglise » (op.cit., p 157)

Pertinent et actuel, il était aussi novateur en son temps, en ce qu’il encourageait ses collègues pasteurs à ne pas se contenter de prêcher, « d’instruire et catéchiser », en chaire, mais « d’instruire et catéchiser en particulier » les membres et les familles à domicile, lors de visites pastorales régulières. « L’instruction particulière (des) paroissiens est (pour les pasteurs) un devoir aussi rigoureux que la prédication publique » (op. cit, p 183), mais aussi, à terme, un exercice efficace et utile, qui est plus profitable que dix ans de prédication, assure Richard Baxter (op. cit., p 169). Lui-même, chargé de la paroisse de Kidderminster, bourgade anglaise de 800 foyers et 2000 habitants, avait pour habitude de prêcher le dimanche et de visiter une quinzaine de familles chez elles le lundi et le mardi.

Comme tous les anciens auteurs,  son style paraît de prime abord « vieux jeu », austère et « pas cool », mais non dénué de grâce. Percutant, son message anticipe les trois objectifs de la prédication de Charles Siméon (1759-1836), en ce qu’il vise à rendre humble le pécheur, exalter le Sauveur et promouvoir la sainteté.

Le pasteur devenu « réformé » y gagnera même un peu plus de sagesse, après avoir fréquenté son aîné Richard Baxter le temps d’une lecture. Ainsi, à l’heure où l’on se passionne pour « ce qui fait le buzz », quand on ne s’amuse pas « à rompre des lances » sur les réseaux @sociaux avec des inconnus sur des sujets polémiques et clivants, le lecteur pasteur sera encouragé à s’attacher à ce qui contribue à l’unité et à la paix de l’Eglise.

Dans tous les cas, il y aura certainement « un avant et un après », après avoir lu « le pasteur chrétien » : ou bien l’on en conclut que « finalement, cela ne vaut pas le coup d’être pasteur », ou bien l’on se voit conforté et encouragé dans sa vocation et son appel, plus conscient du sérieux et de la noblesse de cette grâce qu’est le pastorat.

 

En bref :

Le Pasteur chrétien, de Richard Baxter. Impact Héritage, 2017. Egalement disponible ici ou dans toutes les bonnes librairies.

 

Table des matières

  • Avant-propos
  • Préface à l’édition française de 1841
  • Introduction

Première partie : La surveillance de nous-mêmes

  1. La nature de cette surveillance
  2. Les motifs de la surveillance de nous-mêmes

Deuxième partie : La surveillance du troupeau

  1. La nature de cette surveillance
  2. La manière d’exercer la surveillance du troupeau
  3. Les motifs de la surveillance du troupeau

Troisième partie : L’application

  1. La nécessité de l’humiliation
  2. Le devoir de catéchiser et d’instruire le troupeau

 

Extrait à lire sur le blogue Revenir à l’Evangile.