« Le chrétien peut-il faire grève ? » Ou Notre regard sur les manifestations contre la réforme des retraites

Une réforme qui porte un coup final à la solidarité intergénérationnelle (Source image : public domain pictures)

Jeudi 05 décembre aura lieu une grève générale et nationale contre la réforme des retraites. Loin d’être une grève « corporatiste » menée par des « privilégiés », cette mobilisation interprofessionnelle (autant du public que du privé) s’annonce massive, ne se limitant pas aux secteurs concernés par des régimes spéciaux.

Au cœur de la réforme, le remplacement du système actuel par répartition(1), qui fonctionne par annuités (en fonction des trimestres travaillés) et par la prise en compte des meilleurs revenus pour calculer le montant de la pension, par un système à points. En garantissant un revenu après la « vie active », ce système par répartition a permis à la France d’afficher le taux de pauvreté le plus faible d’Europe parmi les plus de 65 ans : 8,3 % des retraités y vivent sous le seuil de pauvreté contre 15,9 % en moyenne pour l’Union européenne, et plus de 18 % en Allemagne ou au Royaume-Uni selon Eurostat. Tout l’inverse d’un système à points, dans lequel les travailleurs ne peuvent pas savoir au moment où ils cotisent à combien ils auront droit au moment de prendre leur retraite. Si cette réforme est mise en œuvre, c’est l’ensemble des pensions qui seront amenés à baisser avec le système par points, comme l’expliquait à des chefs d’entreprise….un certain François Fillon, candidat malheureux « de la droite et du centre » à la présidentielle, lors d’un petit-déjeuner à la Fondation Concorde en 2016.  Le même qui sera plus tard au centre du scandale connu comme le « Peneloppe Gate » affirmait à l’époque être « favorable » au système de retraite par points, expliquant très clairement qu’« il ne faut pas faire croire aux Français que cela va régler le problème des retraites », avant d’ajouter que « le système par points permet, chaque année, de baisser la valeur des points et donc de diminuer le niveau de pensions » [Voir cette séquence vidéo publiée sur Public Sénat à partir de 40’12 »-44’12 »]

D’autre part, cette réforme porte un coup final à la solidarité intergénérationnelle, comme nous l’explique en images la blogueuse Emmma.

Du côté du chrétien, c’est aussi l’occasion de chercher ensemble ce que serait « porter un regard biblique » sur le sujet, d’histoire d’aller plus loin que les éternels : « c’est le bazar en France », ou les « que font-ils à la France ? ». A condition, notamment, comme le recommande Etienne Omnès dans une passionnante analyse publiée sur son blogue, « d’interagir avec l’économie réelle plutôt qu’avec l’idée que l’on peut se faire de l’économie ». En clair : il s’agit « d’étudier des sujets concrets » et « d’éviter les sujets abstraits », puisque l’économie est avant tout quelque chose de vécu. Et « partir du réel » nous permet de prendre toute la mesure de la dureté (pour ne pas dire la cruauté) d’un système qui s’apprête à se mettre en place.

Ainsi, plutôt que dénoncer systématiquement ces travailleurs qui « se focaliseraient sans cesse sur leurs droits », comment rester à l’écoute des revendications de ceux qui manifestent pour leurs retraites ? Car, rappelons-le, les opposants au projet de réforme sont avant tout de ceux qui défendent leur dignité, soit leur droit de ne pas dire oui à tout et n’importe quoi.

De là, cette autre question récurrente, que certaines publications chrétiennes osent poser, sans oublier d’y répondre, sans crainte de se faire taxer de « gauchisme » !

Le chrétien peut-il se mettre en grève ?

Dans cet article faisant partie d’un numéro spécial « travail et chômage » de la revue « Promesses » (avril-juin 2015), Joël Prohin estime que  Dans les pays où le droit de grève est reconnu par la législation, lorsque la négociation n’a pas pu aboutir, on peut donc concevoir que le chrétien puisse user de ce droit comme un moyen de « dire la justice » (cf. Ps 40.9). Le danger est alors de glisser vers la défense d’intérêts matériels ou catégoriels, ou bien d’être entraîné dans des mouvements dont les fondements peuvent être diamétralement opposés à l’Évangile. Il est donc impossible d’édicter une règle de conduite générale et uniforme et il convient à chacun de se laisser diriger par l’Esprit pour vivre et montrer l’équilibre toujours délicat entre une soumission dans la douceur (Phil 4.5) et une dénonciation courageuse du mal »….surtout quand il y a soupçon de conflit d’intérêt au coeur de cette « réforme » des retraites.

« Le chrétien peut-il faire la grève » fait également l’objet de l’attention de Frédéric De Coninck, dans un numéro de « Christ seul » (1er mars 2008), une publication mennonite :  L’auteur rappelle que « les sociétés où le travail est régi par le salariat ont compensé le statut subordonné des salariés en organisant différentes instances de concertation et en octroyant, sous certaines conditions, le droit de grève qui est, notons-le, une forme de protestation non-violente qui a été autorisée, souvent, suite à des tueries à balles réelles »La participation du chrétien à de telles formes d’action entre dans la ligne des cas suivants : « Cela ne nous choque pas qu’Esther soit intervenue auprès de l’empereur du moment pour intercéder en faveur de son peuple. Néhémie a fait la même chose. Paul, lorsqu’il s’est retrouvé en procès, a usé des arguments juridiques qui existaient à son époque pour défendre sa cause. Paul et Jacques ont interpellé les maîtres d’esclaves et les riches pour qu’ils changent d’attitude. C’est ainsi que les choses se faisaient dans les sociétés d’autrefois. Le sort des plus faibles dépendait de la bienveillance des plus forts et, pour faire entendre leur voix, les faibles devaient adresser une supplique personnalisée à ceux dont leur sort dépendait. La soumission aux autorités que les apôtres ont recommandée n’a pas exclu des réclamations diverses, pour peu que ces réclamations respectent le cadre normal de la société de l’époque. Même dans l’Église primitive, il n’a pas paru choquant que certains récriminent (Actes 6), parce que leurs veuves n’étaient pas suffisamment prises en compte ».

D’autre part, il est relevé que «  la grève n’est pas un geste individuel. C’est un geste collectif. Les salariés protestent collectivement, et pas nécessairement pour eux-mêmes en particulier, contre des conditions de travail dangereuses ou indignes, contre un niveau de rémunération [ou de retraite] qu’ils considèrent comme injuste, contre des sanctions qu’ils estiment injustifiées. Ils engagent d’ailleurs d’autres qu’eux-mêmes et, en particulier, ceux qui les suivront dans l’avenir. Nous sommes tous au bénéfice des grèves (….) qui ont été menées par nos devanciers ».

 

 

Note :

(1) Pour ne pas dire « le cassage » de la retraite par répartition, comme l’explique François Hommeril, dirigeant du syndicat des cadres.

Voir aussi le dossier sur les retraites paru dans l’hebdo protestant Réforme.

 

2 réflexions sur “« Le chrétien peut-il faire grève ? » Ou Notre regard sur les manifestations contre la réforme des retraites

  1. Bonjour à vous,

    Certes je ne suis pas rendue à ma retraite pour encore un bon 25 ans. En fait, je n’aurais pas de retraite car je suis femme au foyer et nous n’avons aucun fond public ou privé pour nos vieux jours. Dois-je commencer à m’inquiéter pour ma retraite futur? Parfois le malin vient me tourmenter les idées pour que je puisses dire qu’il a raison mais je garde la foi en lisant la parole de notre Seigneur, Jésus et notre Pére.
    Cela dit, pour revenir au titre de votre article, ce matin ces paroles me sont venus:
    Mathieu 6: 1-15
    En résumé de ce que je peux entendre ces que nous, enfants de Dieu, n’agissons pas devant les hommes pour nous montrer comme ses hypocrites qui le font en son nom. Entrer dans votre lieu secret à vous et faites le en secret, Dieu s’y trouve à cette endroit. Devant les homme, n’est-ce pas le malin qui s’y trouve?

    Dieu nous dit que si un homme nous demande notre manteau, sans hésitation, de lui donner les mitaines, foulard….tout ce qui vient avec. Oui j’en convient qu’il doit être triste dans son âme de se faire maltraiter par son employeur, mais à lui son propre jugement au jour J, faisons que le notre soit dans l’amour et la miséricorde de Dieu en suivant ces instructions. (Mathieu 5 & 7)

    Merci de nous laissez s’exprimer.

    Voici deux versets à garder dans notre lieu secret:
    Jean 14:6
    Jean 10:9

    Que Dieu vous benissent
    Amen

  2. Bonjour Mélanie,

    je vous remercie pour votre lecture attentive et pour votre partage, très touchant, témoignant de votre confiance en Dieu.
    Et il est effectivement digne de confiance, Notre Dieu !
    L’on trouve en effet dans l’Ecriture des indications concernant un « changement d’activité », lié à l’âge avancé. Dans le livre des Nombres, il est question des lévites qui servaient dans la tente de la rencontre – de vingt-cinq à cinquante ans. Dans leur cas, il y a une période pour servir à plein temps. Et lorsque le Lévite atteignait l’âge requis, il « se retirait du labeur du service et il ne servait plus » (Nom. 8v25). Toutefois, l’Eternel désigne aussitôt pour lui une nouvelle fonction : « il s’emploiera avec ses frères à la tente d’assignation, pour garder ce qui doit être gardé » (v. 26). Il n’était pas « rétrogradé », ni « mis au rebut » car « épuisé et fatigué », mais plutôt honoré ! Trouve-t-on cet honneur dans ces réformes des retraites ?

    D’autre part, d’autres passages nous témoignent quel Dieu est Notre Dieu :
    Deut.24 exhorte de ne pas profiter de la vulnérabilité des précaires ou de l’ouvrier. « Quand tu l’embauches, verse-lui chaque soir son salaire ; qu’il le reçoive avant le coucher du soleil. En effet, il a besoin de sa paie. S’il en appelait au Seigneur contre toi, tu serais coupable d’un péché (….) Ne fausse pas le cours de la justice vis-à-vis de l’orphelin et de l’immigré. Ne prends pas en gage les vêtements d’une veuve. Souviens-toi que tu as été esclave en Égypte et que le Seigneur ton Dieu t’a libéré. C’est pour cela que je t’ordonne d’agir selon cette parole. »
    Exode 22v21-27 commande ne pas maltraiter ou opprimer l’étranger, la veuve ou l’orphelin. « Si tu les affliges, et qu’ils viennent à moi, j’entendrai leurs cris; ma colère s’enflammera (….).Si tu prêtes de l’argent à mon peuple, au pauvre qui est avec toi, tu ne seras point à son égard comme un créancier, tu n’exigeras de lui point d’intérêt. Si tu prends en gage le vêtement de ton prochain, tu le lui rendras avant le coucher du soleil; car c’est sa seule couverture, c’est le vêtement dont il s’enveloppe le corps: dans quoi coucherait-il? S’il crie à moi, je l’entendrai, car je suis miséricordieux ».
    Jacques 5v4 rappelle également aux puissants leurs devoirs : « voici, le salaire des ouvriers qui ont moissonné vos champs, et dont vous les avez frustrés, crie, et les cris des moissonneurs sont parvenus jusqu’aux oreilles du Seigneur des armées. »

    D’autant plus, il entend le cri de ceux qui sont frustrés de leur juste retraite, « car l’Eternel, votre Dieu, est le Dieu des dieux, le Seigneur des seigneurs, le Dieu grand, fort et terrible, qui ne fait point acception des personnes et qui ne reçoit point de présent, qui fait droit à l’orphelin et à la veuve, qui aime l’étranger et lui donne de la nourriture et des vêtements (Deut.10v17-18).

    Soyez bénie !
    Fraternellement et dans la joie de vous lire,
    Pep’s

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