Tous les médias mentent-ils ?

« On t’a fait connaître, ô homme,ce qui est bien » (Michée 6v8). Source : Découvert sur le compte twitter de Gilles Boucomont(publié le 3 mai 2017)

« Tous les médias » mentent-ils ? Nous trompent-ils, se trompent-ils tous sur Trump, actuellement sous le coup d’une procédure d’impeachment (1)?

Un certain Guy Millière en est convaincu et nous le fait vivement savoir dans un texte publié initialement sur « Dreuz info » le 03/11/19, et relayé par certains sites sous le titre « Les médias mentent. « Non, Trump n’est pas “mis en difficulté” par une “procédure de destitution”. Il n’y a toujours pas de procédure de destitution conforme ». La version originale du titre de ladite tribune est encore plus éloquente : « Un procès de Moscou mené par des disciples de Staline se tient à Washington ».

Cet article m’a été communiqué récemment [comme sans doute à plein d’autres] par une connaissance chrétienne que j’estime. Mais le plus gênant dans l’affaire est que cette personne est certainement convaincue d’avoir un bon motif (spirituel ? A des fins d’édification ?) de le faire.

D’une manière générale, lorsque l’on nous communique une information, nous devons impérativement nous poser les questions suivantes, avant de relayer quoique ce soit à tous nos contactsQui me parle de quoi ? Avec quelle légitimité ? Dans quel contexte et avec quelles intentions réelles ? Pourquoi me le dit-il ? Est-il bien placé pour le savoir ? Comment le sait-il ? D’où le tient-il ? Est-ce vrai ? Puis-le vérifier ? L’ai-je vérifié ?

Nous recevons des informations de toutes sortes, venant de canaux très différents qui nous sont plus ou moins familiers : famille, voisins, amis, collègues de travail, médias, institutions…Une « masse » qu’il faut savoir trier, vérifier…et même « vérifier deux fois » (c’est une règle de base à la BBC). Quel que soit notre maturité ou nos connaissances, nous pouvons être soumis à la manipulation, à la propagande ou bien au marketing publicitaire. Si nous reprenons une nouvelle quelconque, et quand bien même elle proviendrait d’un ami/proche (quelles sont, d’ailleurs, ses propres motivations ?), celle-ci doit être absolument certaine et vérifiée plusieurs fois. En aucun cas, nous ne pouvons la communiquer telle quelle. Dit autrement et crûment : si nous croyons une chose uniquement parce qu’un proche/ami/figure d’autorité nous l’a dit, nous sommes mûrs pour la manipulation.

Ceci dit, voyons ensemble ce qu’il en est, concernant le texte de Guy Millière.

D’abord, son auteur. Les notices wikipédia et wikibéral nous renseignent sur cet « essayiste néo-conservateur français »(2).

Ensuite, le genre du texte. Cet article est une tribune d’opinionexprimant une vision personnelle sur l’actualité. Il s’agit aussi d’un jugement : soit un énoncé persuasif, interprétatif, passionnel, s’adressant aux sens, aux émotions ou aux bas instincts (peur, désir, colère…). Et non d’une analyse (Étude minutieuse et précise, faite pour dégager les éléments qui constituent un ensemble, pour l’expliquer, l’éclairer et faisant appel à la raison).

Le texte se distingue également par son style outrancier, aux accents pamphlétaires. Pour rappel, le pamphlet est un « court écrit satirique et polémique, souvent politique, d’un ton violent et polémique, qui défend une cause, se moque, critique ou calomnie quelqu’un ou quelque chose » (Synonymes : diatribe, libelle). Son principal défaut vient de son absence d’efficacité, due à sa violence excessive, l’usage fréquent de la mauvaise foi et le fait que son contenu se périme très vite, trop proche de l’actualité.

Son auteur, M. Millière, nous donne son opinion sur la politique américaine, ce qui est son droit le plus absolu, sauf qu’il la martèle avec force [par des « non », « non », « non »] pour lui donner le caractère de l’absolu.

« Tous les médias (Le Figaro, Le Point, Le Monde, La Croix…) mentent » donc….sauf celui qui affirme ceci« Quelques mots relevés dans des articles de la presse française concernant ce que manigancent les Démocrates en ce moment à Washington : “les Démocrates sont en position de force pour gagner en 2020”, “Trump a été élu in extremis”, “Trump est mis en difficulté par une procédure de destitution”, “Donald Trump a abusé de ses pouvoirs à des fins personnelles, notamment en gelant l’argent pour forcer Kiev à coopérer”. Bien sûr, tout est faux. Dire que les Démocrates ont mis en œuvre une procédure de destitution est faux aussi. Reprenons les choses dans l’ordre ».

L’article « pèche » par excès d’arguments et par diabolisation – tout serait « tout blanc, tout noir » (Républicains vs Démocrates) – ou par exagération, amalgame : il mêle les propos apologétiques, flatteurs (sur Donald Trump, principalement, mais aussi louant « le seul article publié sur le sujet dans la presse française qui soit présentable » – en l’occurrence, le mensuel « Causeur »), discriminants, discréditant, calomnieux et dépréciatifs. Il généralise et donc stigmatise (Ce qui suit est à lire à petites doses ) :

« Non, les Démocrates ne sont pas “en position de force” pour gagner. Pour l’heure, les trois candidats qui sont en tête dans les élections primaires sont deux marxistes à penchants antisémites et très islamophiles, Elizabeth Warren et Bernie Sanders (qui montre qu’on peut être né juif, antisémite et islamophile), et un socialiste qui a des déficiences mentales, et un passé de corruption massive, Joe Biden (…)Non, Trump n’est pas “mis en difficulté” par une “procédure de destitution”. Il n’y a toujours pas de procédure de destitution conforme aux textes et à la loi. [Impeachment qualifiée de « BULLSHIT » par l’intéressé ](…) Le parti Démocrate aura tout juste fait un peu davantage la démonstration de ce qu’il est devenu un parti totalitaire et répugnant. Les grands médias américains auront eux-mêmes fait un peu davantage la démonstration de ce qu’ils sont devenus des officines de vile propagande et de désinformationLes grands médias français auront fait un peu plus la démonstration qu’ils sont des sous officines de propagande et de désinformation(….) Le reste de ce qui est publié sur le sujet en France est bon pour la poubelle, et si la poubelle est assez grande, on pourrait y jeter les auteurs des articles en même temps que les articles, ils y seraient à leur place(sic)….. La déontologie journalistique n’existe plus du tout. (…)Si des gens tels que Nancy Pelosi [Présidente de la Chambre des Représentants, à majorité démocrate], Bernie Sanders, Elizabeth Warren, Joe Biden, Pete Buttigieg, Adam Schiff, devaient l’emporter, c’en serait fini de la démocratie américaine. Je viens d’apercevoir un titre en concluant cet article : “Nancy Pelosi, la bête noire de Donald Trump”. Un titre exact pourrait être : “Nancy Pelosi, la bête immonde qui menace la démocratie américaine”(sic). Etc….

Le problème de cette critique, outre son style outrancier, c’est que, comme dans la fameuse parabole, le roi révèle aux aveugles qu’ils se trompent tous, sauf que, bien sûr, le roi n’est pas aveugle. Dans notre cas, affirmer ainsi que « tous les médias mentent », c’est soi-même prétendre détenir la vérité dans son ensemble, c’est professer que sa propre vision des choses/lecture de l’actualité est supérieure à toutes les autres. C’est là que le bât blesse. Car ce type de chroniqueur n’applique pas cette règle à lui-même. Désormais il faut se méfier de tout le monde. Sauf de lui.  S’il convient de ne pas être naïf, en croyant que « tout serait vrai » sur internet ou dans les médias, il est un autre extrême à éviter : croire ou faire croire que « tout serait faux » et qu’il ne faudrait croire personne…sauf celui qui énonce cette « vérité », une croyance de nature à nourrir tous les fantasmes et autres délires complotistes.

A l’inverse, souligne le Pasteur Gilles Boucomont dans un autre contexte, quand bien même le Seigneur connait ce qui est dans le cœur de l’homme et nous invite à la prudence, il ne veut pas que nous soyons pris dans un discours paranoïaque. Comme lui-même a été envoyé par le Père, Lui-même nous envoie proclamer et manifester le Règne de Dieu en faisant des choses significatives, propres à transformer positivement la vie des gens : guérir, purifier, libérer et rendre chacun acteur de sa libération.

Ainsi, un média digne de ce nom pourra « être critique, mordant à l’occasion, mais préférera l’ironie à la diatribe, ne sera jamais défaitiste et ne se revendiquera délibérément d’aucune mouvance politique. Il aura l’ambition de faire réfléchir et non de dire ce qu’il faut penser », et aura l’ambition de réveiller en nous, non pas nos bas instincts, mais plutôt une acuité perdue dans la banalité du quotidien (3).

Une bonne prédication est censée nous conduire à l’humilité [nous, pécheurs que nous sommes, du prédicateur qui se le prêche d’abord à lui-même, à l’auditeur], exalter le Sauveur et promouvoir la sainteté. En comparaison, celui qui prétend nous informer se doit de nous inviter au recul, expliquer, engager les gens à agir, ainsi que démonter les discours de la peur ou de haine et non d’alimenter ces derniers à coup de chroniques enflammées et lapidaires, au mépris de la dignité humaine, remplaçant une supposée propagande par une autre.

L’objectivité est la qualité de celui qui informe, soit de décrire des faits avec exactitude et juger sans parti pris [le parti pris est « un péché », rappelle Jacq.2v1, 9]. Certes, il est difficile de l’être « à 100 % », mais celui qui prétend nous informer sérieusement se doit avant tout d’être honnête (envers lui-même), équitable (envers les personnes), prudent (dans le jugement) et prendre en compte la diversité des points de vue.

Rien de tel dans cette tribune, laquelle, particulièrement clivante, est également dangereuse, puisqu’elle polarise sur autre chose (ici Trump) que Christ, ce qui s’appelle de l’idolâtrie, poussant les lecteurs à se diviser en partis antagonistes.

Il est stupéfiant qu’un tel article ait pu être relayé dans le milieu chrétien.

Nous, chrétiens, avons une très grande responsabilité, puisque nous sommes appelés au discernement, propre à l’adulte (Hébr.5v14). Exerçons-nous donc au discernement. Les médias peuvent se tromper et certains journalistes refuser de reconnaître leurs erreurs. C’est pourquoi nous avons besoin de discernement, lequel est un don de Dieu. « Et nous n’avons pas à faire des guides ecclésiaux avec des bons-points ou à produire de la haine et du dénigrement », rappelle encore Gilles Boucomont.

Demandons également la sagesse. Non pas une sagesse « bas de plafond ». Celle-là « ne vient pas d’en haut ; elle est terrestre, animale, démoniaque » (Jacq.3v15). Mais plutôt « la sagesse d’en haut », laquelle « est « tout d’abord pure, puis pacifique, douce et raisonnable ; riche en bonté et en actions bonnes ; sans parti pris et sans hypocrisie. Ceux qui créent la paix autour d’eux sèment dans la paix et la récolte qu’ils obtiennent, c’est une vie juste » (Jacq.3v17-18).

Pour aller plus loin, lire nos autres articles sur l’évaluation de l’information.

 

 

Notes : 

(1) Comprendre le processus et les raisons, concernant Donald Trump.

(2) Outre son argumentation « en faveur de l’invasion de l’Irak » en 2003 et son soutien au candidat Donald Trump, durant la campagne de la dernière élection présidentielle américaine (Après l’élection de ce dernier, il est « l’un des commentateurs francophones qui expliquent et soutiennent résolument l’action du nouveau président américain par de nombreux articles et par un livre »), ses positions économiques se rapprochent du libéralisme, façon Hayek, qu’il a co-traduit. De fait, « Guy Millière jette un regard très critique sur la France et est l’auteur de plusieurs ouvrages polémiques qui la décrivent comme gangrenée et condamnée à terme par l’étatisme de droite comme de gauche ».

Parmi ses propositions (qu’il espère voir mises en pratique par un « visionnaire » qu’il appelle de ses voeux), publiées le 07 février 2012 sur Dreuz info, sous le titre « une leçon d’économie pour les candidats(nuls) à l’élection présidentielle » et relayées notamment ici  : « Il a été démontré depuis longtemps que les administrations publiques fonctionnent sur un mode radicalement différent du monde de fonctionnement des entreprises. Une entreprise est incitée, c’est sa raison d’être, à faire des profits : c’est ainsi qu’elle se développe et contribue à la croissance. Une administration est incitée à faire des pertes : c’est là la condition qui lui permet de demander des budgets plus importants année après année. La privatisation de toutes les activités du gouvernement qui sont privatisables fera passer celles-ci du statut d’administration à celui d’entreprise, et doit impérativement être mise en œuvre. D’une même façon, une réforme du système de santé mettant en place un système d’assurances privées et de comptes épargne santé devra se trouver mise en place. A moins de courir vers la faillite du système de santé. Une réforme du système de retraite faisant passer celui-ci d’un fonctionnement de répartition, qui relève de l’escroquerie et ressemble à un plan façon Bernard Madoff, à un fonctionnement de capitalisation devra se trouver mise en place. A moins de courir vers la faillite du système de retraites ». Par les temps qui courent, une telle déclaration vaut aujourd’hui son pesant de cacahuètes….

(3) Tel était le projet du défunt Tigre, « curieux magazine magazine » (2006-2014)