« Quand je vois de la pub, cela me dégoûte »

S’agit-il de s’indigner face à certaines publicités ou face à la publicité en général ?Source : Reflets.info

« Quand je vois ces pubs, ça me dégoûte », exprime Benjamin E. sur l’excellent blogue jeunesse de La Rebellution.

Et le lecteur sait « à quelles pubs » il fait référence : « ces publicités qui mettent en avant la débauche plutôt que la pureté, la nudité plutôt que l’élégance, la sensualité plutôt que la vérité. Que ce soit à la télé, dans la rue, ou sur internet, ces pubs sont partout. Nous les croisons chaque jour du regard (c’est d’ailleurs ce qui rend le combat pour la pureté dans les regards encore plus difficile) ». Et Benjamin de conclure : « Oui, l’indignation est une juste réaction face à ces publicités. Cependant, cette indignation devrait nous amener à être des témoins encore plus actifs de la grâce de Dieu en Jésus-Christ. Seule cette grâce transforme véritablement ».

Il a raison, Benjamin, de nous partager ainsi son indignation face à ces publicités-là, dans le but de nous sensibiliser à un réel enjeu spirituel.

Néanmoins, sommes-nous autant, sinon plus, indignés face à des publicités d’autres natures, telles les pubs de paris en ligne – particulièrement omniprésentes – ou celles insérées dans les programmes pour enfants ? Bien entendu, ce type de pub ne véhicule pas de sexe ou de sang, mais elle se véhicule elle-même, en tant que pub, avec tout ce que cela suppose ensuite.

Au final, s’agit-il de s’indigner face à ces publicités-là ou face à la publicité en général ? Selon la synthèse par Serge Lellouche du « bonheur conforme » de François Brune, un essai sur la normalisation publicitaire (publié en 1985 et réédité en 2012), « on ne s’en affranchira pas tant que l’on ne reconnaîtra pas les finalités du monde publicitaire pour ce qu’elles sont : une colonisation accélérée de nos imaginaires et de notre langage, une conquête sans répit de nos inconscients psychiques et de nos âmes, destinées à nous maintenir dans l’utérus artificiel de nos pulsions infantiles, savamment stimulées, remodelées et orientées vers un seul et unique réflexe pavlovien : ACHETER. Avec ses «créneaux», ses «cibles» et ses «campagnes», l’armée des publicitaires livre une guerre d’une violence et d’une perversion abyssales, soigneusement camouflées sous l’apparence sucrée et souriante de ses messages séducteurs, sexy et rigolos. Ce déchaînement quotidien de violence à l’allure festive n’a qu’un but : que l’être ne se vive plus autrement (sans même qu’il ne le sache) que comme un consommateur standardisé, docile et policé, ayant fini par prendre goût à sa confortable condition d’esclave, et même à l’aimer. En novlangue militaro-publicitaire, cela s’appelle faire rêver les gens».

Dit sous un autre angle, « le fait n’est pas que la publicité manipule le consommateur ou influence directement ses choix. Le fait est que cela fait du consommateur un toxicomane, incapable de vivre sans des pertes de plus en plus importantes de stimulation et d’excitation d’origine externe ».

De fait, une théologie digne de ce nom – et au Nom de Jésus (= « Dieu sauve » et « Dieu élargit », celui qui est venu pour libérer et affranchir les prisonniers et les esclaves) devrait analyser et renverser les mécanismes de la société de la dépendance, celle qui nous rend accro à des jouets superflus pour mieux nous empêcher de réfléchir par nous-mêmes. Et de là, conduire à une prise de conscience qu’au sein même de la captivité il est possible d’espérer autre chose : c’est là le sens de l’Evangile, qui est, non seulement « la Bonne Nouvelle », mais « la meilleure » et « la plus grande » des nouvelles.