Un livre écrit pour moi

« Je viens moi-même à toi, ô Dieu, pour faire ta volonté, selon ce qui est écrit à mon sujet dans le saint livre.” Je suis donc concerné par ce que j’y lis !

« Tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande,– tu m’as creusé des oreilles pour entendre– tu n’as demandé ni holocauste ni expiation.

Alors j’ai dit : « Voici, je viens avec le rouleau d’un livre écrit pour moi.
Mon Dieu, je veux faire ce qui te plaît, et ta loi est tout au fond de moi. » (Ps.40v7-9)

Telle est ma « portion-harpon » pour la semaine, reçue samedi dernier.

Pourquoi à ce moment ? Le fait que nos amis Juifs s’apprêtent à fêter Chavouot (Célébrant le don de la Torah) du 08 au 10 juin et que nous, chrétiens, fêterons Pentecôte (Célébrant le don du Saint-Esprit) le 09 juin – l’une et l’autre tombant à la même période ! – n’y est sans doute pas étranger.

Dans ce passage du psaume, David s’adresse à Dieu, et nous communique au passage ce qui est important pour ce dernier : « Tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande (….) tu n’as demandé ni holocauste ni expiation » (cfr. Lévitique 1-7),  l’un et l’autre ne pouvant « rendre parfait le cœur de quiconque pratique ce culte » (Hébr.9v9).

Ces sacrifices s’avèrent donc inappropriés (et détournés en fin plutôt que moyen), mais, comme le souligne David en parlant à (de) Dieu, « tu m’as creusé des oreilles pour entendre » (ce qui te plaît).

« Tu m’as creusé des oreilles ». « Creuser » est un verbe qui n’a ce sens qu’ici. Erri de Luca souligne que « ce verbe de David est le verbe avec lequel, dans l’Écriture Sainte, on creuse des puits » [cf Gen. 26:25; Nombres 21:18]. « David est tout simplement en train de dire que les oreilles sont des puits » où l’eau de la révélation [les paroles de Dieu] – se dépose et se garde, sans qu’il s’en perde une seule goutte(1). Une façon poétique de définir l’écoute (ou l’obéissance), laquelle « vaut mieux que les sacrifices » (1 Sam.15v22)

En fin de compte, vu que les sacrifices mentionnés plus haut s’avèrent inappropriés, Dieu ne nous demande donc « rien d’autre » pour « sacrifice » que de « venir » vers lui et de Lui manifester notre disponibilité et notre disposition de cœur (avec ce cœur nouveau) à « faire ce qui (Lui) plaît » (cf Rom.12v1). Une seule offrande. Pas plusieurs.

Dieu nous a « creusé des oreilles » pour l’écouter et Lui obéir, sans doute avec le même doigt qui a écrit les « 10 Paroles » sur les tables de pierre (Ex.31v18 et Deut.9v10)

Mais, selon le psaume 40 et l’alliance nouvelle annoncée en Jérémie 31v31-34 et Ezech.36v26-27, Dieu « dépose » en réalité « ses directives au fond (de nous-mêmes), les inscrivant dans (notre) être » (Jer.31v33 et cf 2 Cor.3v3)

Dans le Nouveau Testament, en Hébreux 10v5-7, nous apprenons que ce psaume 40 a été accompli par le Seigneur Jésus-Christ : « Car le sang des taureaux et des boucs ne pourra jamais enlever les péchés. C’est pourquoi, au moment où il allait entrer dans le monde, le Christ dit à Dieu : « Tu n’as voulu ni sacrifice, ni offrande, mais tu m’as formé un corps. Tu n’as pris plaisir ni à des animaux brûlés sur l’autel, ni à des sacrifices pour le pardon des péchés. Alors j’ai dit : “Je viens moi-même à toi, ô Dieu, pour faire ta volonté, selon ce qui est écrit à mon sujet dans le saint livre.”  » Il déclare tout d’abord : « Tu n’as voulu ni sacrifices, ni offrandes, ni animaux brûlés sur l’autel, ni sacrifices pour le pardon des péchés, et tu n’y as pas pris plaisir. » Pourtant, ces sacrifices sont offerts conformément à la loi. Puis il ajoute : « Je viens moi-même pour faire ta volonté. » Il supprime donc les anciens sacrifices et les remplace par le sien. 

Jésus-Christ a fait la volonté de Dieu ; il s’est offert lui-même une fois pour toutes, et c’est ainsi que nous sommes purifiés du péché. Tout prêtre se tient chaque jour debout pour accomplir son service ; il offre souvent les mêmes sacrifices, qui ne peuvent cependant jamais enlever les péchés. Le Christ, par contre, a offert un seul sacrifice pour les péchés, et cela pour toujours, puis il s’est assis à la droite de Dieu.  Maintenant, c’est là qu’il attend que Dieu contraigne ses ennemis à lui servir de marchepied. Ainsi, par une seule offrande il a rendu parfaits pour toujours ceux qu’il purifie du péché.

Le Saint-Esprit nous l’atteste également. En effet, il dit tout d’abord : « Voici en quoi consistera l’alliance que je conclurai avec eux après ces jours-là, déclare le Seigneur : J’inscrirai mes instructions dans leur cœur, je les graverai dans leur intelligence. » Puis il ajoute : « Je ne me souviendrai plus de leurs fautes et de leurs péchés. » Or, si les péchés sont pardonnés, il n’est plus nécessaire de présenter une offrande à cet effet ». (Hébr.10v4-18)

C’est là une grâce de Dieu, une faveur imméritée. Mais cette grâce est une « grâce qui coûte », puisqu’elle a coûté le sacrifice de Notre Seigneur à la croix, et parce qu’elle nous coûte notre obéissance.

Comme David et le Seigneur, nous venons nous-même à Dieu, « avec le rouleau d’un livre où il y a quelque chose d’écrit à notre sujet ». C’est ainsi que nous sommes aussi concernés par ce qui est écrit dans la Bible (2).

 

 

 

Notes :

(1)Cf https://www.la-croix.com/Archives/2009-08-13/Dossier.-Entretien-Erri-De-Luca-ecrivain-Je-reste-incapable-de-donner-le-tu-a-la-divinite-_NP_-2009-08-13-351360 et https://messaje-ouest.fr/article/document-temoignage-erri-de-luca

Du même Erri de Luca : « L’écoute est une citerne dans laquelle se déverse une eau de ciel de paroles scandées à gouttes de syllabes (…) l’écoute est un puits qui les garde entières, on peut en prendre là chaque fois sans qu’il en manque une ».Et Il dit. Gallimard. « Du monde entier », 2012, p45)

(2) Ainsi Dietrich Bonhoeffer, pasteur et théologien allemand : se trouvant aux Etats-Unis en 1939, il a eu l’impression « d’être obligé de retourner en Europe pour être avec ses frères et sœurs en Allemagne, dans l’opposition contre le régime nazi. Juste avant son retour à l’Europe, il a lu le texte de 2 Timothée 4,21 : « Efforce-toi de venir avant l’hiver. » Dans son cahier personnel, il a noté que ce texte l’accompagnait pendant toute la journée, et il ajoutait : Ce n’est pas un abus de l’Ecriture si je laisse parler cette parole à moi-même ». cf http://lesattestants.fr/wp-content/uploads/2019/02/Lehmk-Attestants-Bible.pdf