« Qu’est-ce qu’on a encore fait au bon Dieu ? » Ou quand “la France (serait) un paradis peuplé de gens qui se croient en enfer”

Un film dont l’ambition est « moins de dénoncer les préjugés que d’admettre la drôle d’équation suivante : puisque tout le monde est raciste, alors personne ne l’est vraiment »….

Dans Qu’est-ce qu’on a encore fait au bon Dieu ?(2018), vu récemment, suite de « Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu »(2014), vu aussi, les parents Verneuil [joués par Christian Clavier et Chantal Lauby] ont fini par accepter leurs gendres « algérien », « juif », « chinois » et « africain », mais ces derniers veulent quitter la France, pour rejoindre l’Algérie, la Chine, l’Inde et Israël. Sonnés par ce nouveau coup dur, les Verneuil décident de tout mettre en oeuvre pour leur faire aimer la France….

Comme on ne change pas une formule qui gagne, le film reprend les recettes (ficelles ?) du précédent (12 millions d’entrées) mais aussi tous ses défauts : aborder tout un tas de sujets sensibles/de société/d’actualité pour n’en approfondir aucun. Comme l’analyse finement l’auteur de cette chronique pour Critikat(1), son ambition est « moins de dénoncer les préjugés que d’admettre la drôle d’équation suivante : puisque tout le monde est raciste, alors personne ne l’est vraiment(2). Dès lors, il ne peut y avoir de transformation mais seulement une transactionpuisque c’est un mariage, entre deux femmes [avec une absence totale d’enjeux dramatiques, dirai-je] qui réunira la famille, l’essentiel étant, au fond, de mettre les conflits de côté ». L’ambivalence du film tient à son double-discours, (défendant notamment) l’idée, formulée par l’écrivain Sylvain Tesson, que “la France est un paradis peuplé de gens qui se croient en enfer”, tournant en ridicule tous les débats qui la divisent pour prôner (une supposée) réconciliation(1).

Mais ladite réconciliation se confond en réalité dans le film avec « tranquillité » ou « tranquillisant », la paix avec « apaisement » et « zone de confort ». Sauf que la paix n’est pas l’absence de conflit ou de ce qui dérange, mais plutôt l’établissement de ce qui est bon(3).

« D’une manière générale », comme l’écrivait « l’apôtre du Swag » à propos du premier opus, sur le blog collectif les cahiers libres(4), « on devrait se méfier d’un film qui prêche la tolérance, car ce terme est piégé. On parle de tolérance quand on ne veut pas parler d’un véritable accueil inconditionnel. C’est sous couvert d’apaisement que l’on impose de nouvelles normes à peines moins étroites que les anciennes, pas plus libératrices que les représentations racistes qu’elles chassent » [ou prétendent chasser].

 

En bref :

Qu’est-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu ? Film français de Philippe de Chauveron (2018). Avec : Christian Clavier (Claude Verneuil), Chantal Lauby (Marie Verneuil), Ary Abittan (David Maurice Isaac Benichou), Medi Sadoun (Rachid Abdul Mohammed Ben Assem), Frédéric Chau (Chao Pierre Paul Ling), Noom Diawara (Charles Koffi),Frédérique Bel (Isabelle Suzanne Marie Verneuil-Ben Assem, 1re fille des Verneuil), Julia Piaton (Odile Huguette Marie Verneuil-Benichou, 2e fille des Verneuil), Émilie Caen (Ségolène Chantal Marie Verneuil-Ling, 3e fille des Verneuil), Élodie Fontan (Laure Evangeline Marie Verneuil-Koffi, 4e fille des Verneuil)

Date de sortie française : 30 janvier 2019 (encore en salles).

 

Notes :

(1) D’après https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/quest-quon-dieu/ Voir aussi https://www.la-croix.com/Culture/Cinema/Quest-quon-encore-fait-Bon-Dieu-hymne-France-terroirs-2019-01-30-1200999166

(2) ….ceci affirmé face au constat d’un racisme encore trop présent dans la France d’aujourd’hui. Le niveau des préjugés racistes se stabilise, la tendance à la baisse des actes racistes constatés se confirme, avec toutefois une progression inquiétante des actes les plus violents, et une dangereuse forme d’accoutumance au racisme « ordinaire ». Cf le 27ème rapport annuel de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) sur l’état du racisme, de l’antisémitisme et de la xénophobie en France (publié le 24/05/18) , en s’appuyant notamment sur des études de l’institut Ipsos, de chercheurs de Sciences Po, de l’Insee, sur des déclarations d’associations, ou encore sur les chiffres des plaintes en commissariat ou gendarmerie. Voir https://www.cncdh.fr/sites/default/files/180322_cp_rapport_lutte_contre_le_racisme_2017_0.pdf et https://www.cncdh.fr/sites/default/files/essentiels_du_rapport_racisme_2017_-_pour_impression_ok_1.pdf

(3) A ce propos, « rendre productifs les conflits, mission (im)possible ? » Ou comment tirer le meilleur du conflit ? Ne manquez pas la première plénière du 8e Salon de l’Education Chrétienne, animée par Olivier Abel, professeur de philosophie et d’éthique, samedi 13 avril, à 9h30. Inscriptions en ligne gratuite mais obligatoire avant le 08 avril.

(4) Voir http://cahierslibres.fr/2014/06/quest-ce-quon-fait-au-bon-dieu/