« Read it (again) » : la Déclaration de Barmen (1934) ou quand l’Église sait dire « non »

L’Eglise saura-t-elle être l’Eglise aujourd’hui et dire « Oui » à son Seigneur Jésus et « Non, non, non et non ! » à « cette fausse doctrine », selon laquelle, en plus et à côté de la seule Parole de Dieu, « l’Eglise pourrait reconnaître d’autres événements et d’autres pouvoirs, d’autres personnalités et d’autres vérités comme Révélation de Dieu…. » ?

L’Église n’a pas à s’inquiéter d’être « dans le monde » mais plutôt de savoir « comment » être dans le monde, « sous quelle forme et dans quel but ». Elle n’a pas non plus à choisir entre être ou « dans le monde et politiquement responsable » (1)  ou être « hors du monde et irresponsable, introvertie », estiment Stanley Hauerwas et William H. Willimon, dans Étrangers dans la cité (2). Publié pour la première fois en 1990, réédité et augmenté en 2014, ce livre, co-écrit par deux pasteurs et théologiens méthodistes américains, garde une étonnante actualité. 

A l’heure où certains chrétiens d’aujourd’hui en viennent à soutenir des leaders pourtant « extrêmes » dans leur discours autoritaire, outrancier et raciste, leur programme, et leur comportement personnel bien peu éthique/biblique (3), il est frappant de constater, comme nous y invitent notamment Stanley Hauerwas et William H. Willimon, que « l’Allemagne nazie fut un test dévastateur pour l’Église. Sous le IIIe Reich, l’Église était tout à fait disposée à « servir le monde ». La capitulation de l’Église devant le nazisme, son incapacité théologique à voir clairement les choses et à les nommer font [ou devraient faire] frissonner l’Église encore aujourd’hui. Pourtant, il s’en trouva quelques-uns pour se soucier de dire la vérité…. » (op. cit., pp 91-92), et pour « dire non à Hitler » – lequel Hitler, orateur de génie, s’était présenté « en tant que chrétien », dans son discours du 12 avril 1922, à Munich : « En tant que chrétien, mon sentiment me désigne mon Seigneur et mon Sauveur comme un combattant (…) En tant que chrétien, (…) j’ai le devoir d’être un combattant pour la vérité et la justice. (…) en tant que chrétien, j’ai aussi un devoir envers mon peuple ».

Représentatif de cette résistance spirituelle, un texte – cité par Stanley Hauerwas et William H. Willimon – est à découvrir absolument, puisqu’il garde toute son actualité aujourd’hui. Il s’agit de la déclaration de Barmen, principalement écrite par Karl Barth (avec la participation d’autres protestants allemands) en 1934(4), laquelle affirmait la position de l’Église confessante face à Hitler : « Jésus-Christ, selon le témoignage de l’Ecriture sainte est l’unique Parole de Dieu. C’est elle seule que nous devons écouter ; c’est à elle seule que nous devons confiance et obéissance, dans la vie et dans la mort. Nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle, en plus et à côté de cette Parole de Dieu, l’Eglise pourrait et devrait reconnaître d’autres événements et d’autres pouvoirs, d’autres personnalités et d’autres vérités comme Révélation de Dieu et source de sa prédication » (op. cit., p 92).

Notons, comme nous y invitent en guise de commentaire Stanley Hauerwas et William H. Willimon, « la nature exclusive et non inclusive de cette déclaration, sa détermination non pas d’abord à faire ce qui est juste, mais à entendre ce qui est juste et à faire valoir la dimension impériale de la Seigneurie du Christ. La déclaration de Barmen tranche avec une Eglise toujours prête à altérer sa proclamation en fonction des désirs de César » (op. Cit., p 92).

 

 

Notes :

(1) Appel « à la responsabilité » perceptible, à travers, par exemple, « cette offre d’emploi » du Président Macron à l’Église.

(2) Ed. du Cerf, Paris 2016, p.91. Les auteurs se réjouissent de la fin historique du christianisme comme religion civile de l’Occident, qui a pour effet de pousser les chrétiens à retrouver la radicalité de la foi : l’Église, en tant que « communauté », « îlot culturel au milieu d’une culture étrangère », doit dorénavant se préoccuper d’être fidèle à l’Évangile sans chercher à s’adapter à la culture du temps. Parmi d’autres, ces recensions et analyses de l’ouvrage parus dans Hokhma et Etudes, la revue de culture contemporaine.

(3) Ainsi, le Brésil s’apprête à élire un candidat d’extrême-droite [très populaire parmi les électeurs chrétiens, 81 % de la population : les évangéliques votent pour lui à 36 %, et les catholiques à 24 %] à la présidentielle, revendiquant « des valeurs » dites « chrétiennes ». Une analyse à lire ici.

(4) Texte intégral de la déclaration de Barmen à consulter iciCe texte de la charte de la résistance spirituelle au nazisme a été adoptée à Barmen (Wuppertal), en Allemagne, en 1934, par des membres d’Eglises luthériennes, réformées et unies. 

Autres extraits :

(…)Nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle il y aurait des domaines de notre vie dans lesquels nous n’appartiendrions pas à Jésus-Christ, mais à d’autres seigneur et dans lesquels nous n’aurions plus besoin de justification et de sanctification ».

(…)Nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle l’Eglise pourrait abandonner le contenu de son message et son organisation à son propre bon plaisir ou aux courants successifs et changeants des convictions idéologiques et politiques ».

(…)« Nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle l’Eglise pourrait, en dehors de ce ministère, se donner ou se laisser donner un Chef muni de pouvoirs dictatoriaux ».

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