Comment décourager/favoriser l’engagement bénévole des « laïcs » ?

Ma « culture »/mon « climat » d’église encouragent-ils tout nouveau arrivant dans l’église locale, non seulement à y rester mais aussi à y servir ? Source : Pixabay

Quel climat favorise l’implication des laïcs [comprendre : les chrétiens qui ne sont pas pasteurs], au sein d’une église locale ? Quelles attitudes vont au contraire décourager l’engagement bénévole ? Reprise adaptée de la mise au propre des notes du pasteur-« théologeek » suisse Olivier Keshavjee, agrémentée de ses réflexions – publiée sur son blogue – de la conférence d’une ancienne présidente du conseil presbytéral du Temple du Marais à Paris, en 2014.

 

Qu’est-ce qui va faire qu’une personne qui arrive dans une église ou assemblée locale aura le désir, non seulement d’y rester mais, surtout, d’y servir ? Chacun et chacune de ceux qui participent à la vie de l’église a sa petite idée de ce qu’est l’Église, comment elle fonctionne et à quoi elle sert. Le rôle des responsables [Anciens et Pasteurs] est de conduire la communauté à développer une vision qui nous semble biblique de la nature de l’Église. Ce qui implique une part de déconstruction (y compris parmi les responsables, évidement), et une part de reconstruction.

Sachant que :

Motiver les gens à se lever pour servir dans l’église locale est déjà une bonne chose, mais n’est pas le but ultime. Notre rôle, en tant qu’Église, est de rendre témoignage au Christ tout autour de nous. Celles et ceux parmi nous qui n’ont pas de ministère dans l’église se sont en réalité déjà levés, car ils en ont eu ou en ont en dehors : aimer et servir leur foyer, leurs voisins, leurs collègues….. Il n’y a pas de hiérarchie des services, et il y a même un danger d’égocentrisme ecclésial si l’église locale n’a pas la vision d’être tournée vers l’extérieur. Il est d’ailleurs souhaitable que la communauté soit suffisamment forte pour être témoin de l’Évangile (il importe donc que des gens s’y impliquent), mais il convient d’éviter à tout prix que tout le monde ne s’occupe que de la communauté !

L’attitude dans laquelle nous servons est fondamentale. Jésus ne nous appelle plus « serviteurs », mais « amis »(Jean 15v15). C’est en tant qu’amis que nous servons d’une manière désintéressée. Si une attitude de service révèle le caractère de Dieu (Jésus est venu « non pas pour être servi mais pour servir » cf Marc 10v45), une mentalité de serviteur est une négation de l’Évangile ! Dieu nous reçoit comme ses enfants (1 Jean 3v1 et ss), pas comme ses esclaves. Entre nous, c’est parce que nous voulons nous honorer réciproquement (comme filles et fils de Dieu) que nous avons de la considération les uns pour les autres, et une disposition au service.

Finalement, « ministère » ne signifie rien d’autre que « service » (via la traduction latine du grec diakonos — qui donne accessoirement le mot « diacre »), qu’il s’agisse du « ministère de la Parole » ou du « ministère des tables ». Indépendamment des théologies des ministères propres à chaque Église (et la question de leur reconnaissance publique, consécration, avec imposition des mains, etc….), il est essentiel de prendre conscience que le « mini-stère » n’est pas un « honneur » ou un « privilège » (auquel cas, on l’appellerait « magi-stère »), mais une position : ni au-dessus, ni derrière, mais en dessous des pieds de ceux que l’on sert, à l’instar du Seigneur Jésus qui a lavé les pieds de ses disciples et qui nous commande de « suivre son exemple » (Jean 13v14-15). Il est aussi important de partir du principe que chaque croyant·e est appelé·e à servir, et donc à exercer un ministère — quelque soit la forme et l’envergure dudit ministère, qui ne se limite à être « pasteur » ou « prédicateur ».

Ceci dit, voici,  selon Olivier Keshavjee, 6 attitudes qui n’encouragent pas le développement des charismes des individus, et qu’il s’agit de repérer et déconstruire dans l’église locale :

1.Une vision pyramidale

Le pasteur est le modèle, la référence, le moteur. Tout passe par lui. Rien de tel pour encourager les gens à ne pas s’impliquer, à ne pas se voir comme « des pierres vivantes fondamentales à l’édifice » (1 Pierre 2v5).

2.Une mentalité de mérite

Une idée répandue est que pour avoir un ministère, il faudrait le mériter (cad « être bon, être fidèle, être compétent », ou « être un contributeur important »…). Bien entendu, Dieu fait avec ce que nous sommes, mais la Bible ne manque pas d’exemples de gens incompétents que Dieu appelle à des tâches qui les dépassent (les 12 disciples, par exemple). Le ministère est un don, une grâce, et Dieu nous y équipe réellement.

Autre idée répandue : le ministère devrait correspondre à ce que nous faisons « dans la vie ». Sans doute, si untel est banquier, il aura peut-être les capacités de s’occuper des finances de l’église. Mais peut-être qu’il rêve d’autre chose et que sa place est ailleurs…

3.Une mentalité « d’homme-orchestre » (ou l’incapacité à déléguer)

Plutôt présente chez les responsables, c’est l’idée de la personne à tout faire. « Il faut quelqu’un pour s’occuper des enfants, ce n’est pas mon charisme, mais je vais le faire — je suis payé pour ça. » Et donc du coup je vais tout faire. Et du coup personne n’a la place pour s’engager.

Or, il est crucial d’apprendre à reconnaître, mais aussi à admettre et développer ses propres « « domaines d’incompétences ».

4.L’individualisme

« Forteresse » de notre époque, cette mentalité nous pousse à voir l’Église comme « un endroit avant tout pour moi, pour me faire du bien ». Je suis plus conscient de mes besoins et de ma relation à Dieu que des besoins qui m’entourent et de ma relation à la communauté. Et donc je vais plutôt avoir tendance à attendre d’être servi, qu’à servir.

5.L’activisme

L’idée que ma motivation, ma fidélité et donc ma valeur se mesurent à mon engagement. Pour être un meilleur chrétien, ou un meilleur être humain, je dois m’engager toujours « plus » et donner « toujours plus de moi » (pour « gagner plus » ?). Inutile de dire qu’une telle attitude est une négation propre en ordre de l’Évangile, puisque ma valeur ne dépend pas de moi, mais de ce que Jésus a fait pour moi, et du regard que Dieu me porte en Christ.

Un tabou à souligner : derrière la volonté de toujours (en) faire « plus », se cacherait-elle la peur de « s’arrêter », de « marquer une pause » souhaitée (une année sabbatique), par crainte de ne plus pouvoir reprendre (« son poste » étant pris par un autre) et donc de se voir « mis au placard » ?

6.Le « bouche-trous » 

En quelque sorte le pendant de « l’homme-orchestre ». Le laïc serait là pour trouver une place dans un système/planning existant, pour boucher les trous des besoins dans l’église locale. Le risque est présent quand on réfléchit en termes de besoins de l’église locale plutôt qu’en termes de charismes/appel des chrétien·ne·s : en gros, « je vois un besoin, je vais le faire, car il n’y a personne pour le faire » ou alors « on a un besoin ici, et un autre là. Et vous êtes disponible. Qu’est-ce qui vous conviendrait ? ». Cela fonctionnera un temps avant de vite rencontrer ses limites. Car il ne suffit pas de « venir travailler » : il importe d’avoir été appelé à ce service.

Quelles seraient les 5 caractéristiques d’une culture favorisant à l’engagement ?

Déconstruire, c’est bien. Mais que reconstruire à la place? Quelle atmosphère valoriser pour encourager l’engagement et le foisonnement des ministères de chacun·e ?

Il ne s’agit pas de recopier des modèles qui semblent fonctionner dans la société. Notre appel en tant qu’Eglise est de développer une culture différente, sous la souveraineté de l’Esprit qui vit parmi nous.

1.Regarder les gens en Christ

Les responsables (anciens/pasteurs) sont invités à poser un regard de discernement sur les membres de l’église locale, pour discerner ce que l’Esprit dit sur eux. Et non pas juste demander : « quelle est sa formation ? Que sait-il faire ? »

2.Libérer les gens pour entrer dans leur appel

Certaines églises -celles que je connais en Région parisienne, notamment – ont développé un accompagnement spirituel « maison » novateur, en réponse à l’égocentrisme de notre époque. Le but étant de prendre les gens là où ils (en) sont, de les accompagner dans un chemin de libération intérieure qui les détourne d’eux-mêmes, pour les faire avancer et s’engager dans la mission de Dieu.

Si le soin des individus (accompagnement, délivrance, libération, guérison…)doit toujours rester une priorité de l’Église, il importe de rappelle que si l’on peut tomber, il est fondamental de toujours se relever, et, avec la grâce de Dieu, de reprendre la route et avancer pour pouvoir se mettre à servir (et peut-être soigner) à son tour.

3.Une culture de la collectivité

En tant que chrétiens, nous sommes participatifs de quelque chose de plus grand que nous : l’œuvre du Dieu véritable – Père Créateur, Fils Sauveur et Seigneur, Saint-Esprit consolateur et puissant – dans le monde. Et c’est ce sentiment qui nous met en mouvement. Chaque église locale a un rôle spécifique à jouer dans cette œuvre.

Il s’agit donc d’avoir une vision claire, en église, et de la communiquer. Une vision qui passionne et motive (littéralement: met en mouvement) — sans quoi les gens n’ont pas de raison de s’engager.

Mais il ne s’agit pas d’utiliser les autres pour qu’ils servent notre vision. Au contraire, la vision n’est jamais définitivement figée : elle est bannière de ralliement, mais elle évolue en fonctions des gens qui s’y rallient.

4.Flexibilité: offrir la possibilité d’évoluer dans son ministère

On n’aime pas toujours changer une mécanique qui fonctionne. Mais forcer des gens à entrer (rester)dans des cases qui ne leur conviennent pas (ou plus) est une stratégie perdante (en plus d’être méprisante).

Offrir de la flexibilité implique d’être prêt à accepter de changer des programmes bien huilés. Et aussi d’oser arrêter certains ministères, si on n’a plus personne pour les alimenter.

5.Accentuer la dimension relationnelle

Notre Dieu étant un Dieu relationnel, Son Église est avant tout espace de relations (avec soi, Dieu, la famille chrétienne, l’ensemble de la société, etc.). Il s’agit donc de privilégier les relations sur les programmes. Les activités sont aux services des personnes, et pas l’inverse.

Cela implique de créer des espaces de relations, soit des lieux où des choses se passent, se mettent en place, sans qu’on les y pousse. Concrètement, cela peut être à travers des groupes de maisons/cellules de vie, des agapes (repas fraternels), ou même, pourquoi pas, des tournois de ping pong, de bowling ou de pétanque.

 

Et en complément, ce commentaire d’internaute proposant quelques «ingrédients» de base susceptibles de favoriser le développement, puis le maintien d’une communauté vivante :

Former sans formater. Dispenser des formations « sur le tas» permet d’asseoir les fondements de la communauté qui en profite, et affermit les liens interpersonnels. Les bénéficiaires sont ainsi «outillés» pour assumer des responsabilités de groupes tout en grandissant personnellement dans le domaine spirituel.

Encadrer sans étouffer. Il importe de doter les responsables de groupes d’une structure qui les sécurise et qui leur permet de prendre confiance en eux. Cela évite de les jeter prématurément «dans le bain» sans références, au risque de les «griller».

Déléguer sans «laisser aller». Une personne à qui une responsabilité est confiée ne doit pas être livrée à elle-même. La personne «délégante» est tenue d’assurer un suivi de la tâche et de ne pas «s’en laver les mains».

Créer ensemble. Le chemin (et la façon de le parcourir) est aussi important, si ce n’est plus, que le but que l’on cherche à atteindre. Il importe d’éviter la routine pour maintenir vivant le dynamisme inhérent à la création de projets, d’activités, etc. A noter que pour créer il faut de l’espace: à la fois espace physique (locaux) et espace de liberté (pouvoir initier des choses nouvelles)…

Se construire en construisant. Le travail en équipe profite à la réalisation personnelle. Le partage en lieu de vie en église développe corollairement la vie intérieure, «en individu».

S’hydrater à des sources multiples [à user avec discernement]. L’ouverture à des formes de spiritualités autres et la rencontre de communautés vivant leur foi de façons différentes génèrent enrichissements mutuels et réappropriation de ses fondements spirituels.

Se diversifier sans se perdre. Le protestantisme est constitué d’une multitude de sensibilités théologiques. Cette diversité doit non seulement être respectée, mais intégrée pour consolider la structure ecclesiale.

S’ouvrir et se recentrer. Chacun doit identifier et faire respecter son point d’équilibre personnel de manière à ne pas être broyé par la rigidité d’un cahier des charges emprisonnant. La découverte de cet équilibre est facilitée par une itération entre l’ouverture aux attentes communautaires et un centrement sur les nécessités vitales de la personne.

Dialoguer en vérité. L’église locale ne doit pas conforter le «théologiquement correct» mais offrir des espaces de dialogue permettant l’authenticité de la personne.

 

 

Publicités