Pourquoi les autorités des églises protestantes parlent-elles plus de politique que de Jésus ?

Voter est une affaire de conscience et de conviction personnelle, responsable, devant Dieu et sans pression. « Bien voter », ou ne pas voter « comme ses pieds », c’est aussi refuser « les crispations identitaires » et les sirènes populistes.

J’aime beaucoup le site « 1001 questions », parce que l’on peut généralement y trouver la question que j’aimerai poser, et surtout, parce que les réponses données sont aussi précises que concises.

Ainsi, par exemple, cette question susceptible de brûler toutes les lèvres et que je reformule quelque peu : « Pourquoi les autorités des églises protestantes (et évangéliques) parlent-elles plus de politique que de Jésus ? »

Réponse donnée par le site : « Il faudrait le leur demander ! » Mais l’actualité électorale explique peut-être cela.

Ceci dit(1), pour répondre à ceux qui souhaitent avoir le maximum de points de repères pour déterminer le choix du candidat que chacun est appelé à faire[quand d’autres ne viennent pas « carrément » demander « pour qui il faut voter ». Ne riez pas, cela existe !], il convient de rappeler qu’il n’y a pas (ou ne devrait pas y avoir) dans l’Église protestante/protestante évangélique d’autre autorité que les Écritures bibliques, Parole de Dieu, et qu’il n’y a pas de « magistère » (« pasteur », « docteur », « prophète » ou « apôtre ») ou de « gourou », susceptible de nous dire, du haut de la chaire, « comment être un bon chrétien », que ce soit au niveau de la foi, de la piété, de la morale, ou même, de la politique. Car aussi Dieu peut s’adresser à chacun de manière différente. On parlera alors plus volontiers d’une « éthique de la responsabilité » : chacun est personnellement (et intimement) responsable devant Dieu des choix qu’il pense être les meilleurs et les plus fidèles à l’Évangile. Tout discours ou décision qui irait contre la seule autorité de la Parole biblique serait nul et non avenu (sola scriptura).

D’autre part, nos responsables d’églises, pasteurs et anciens, (à qui Dieu a confié la direction) ont le souci de faire partager les valeurs de l’Évangile à la société dans laquelle Dieu nous a placés. C’est notamment le cas quant à l’exercice du pouvoir dans l’intérêt des gens, quant à l’accueil des petits, des faibles, des précaires et des étrangers, par exemple(2).

Il ne convient donc pas de s’attacher à ce qui apparaît de leurs choix partisans (vous pouvez en avoir légitimement d’autres – et il ne saurait y avoir un candidat « idéal » ou un « vote chrétien idéal »), mais à ce qui les fonde (et qui peut aussi fonder les vôtres) : à savoir Jésus-Christ seul – lequel a notamment dit : « le Fils de l’homme est venu non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude » (Marc 10v45. TOB) ; «  j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger et vous m’avez recueilli ; nu, et vous m’avez vêtu ; malade, et vous m’avez visité ; en prison, et vous êtes venus à moi » (Matt. 25v35-36)…..(3)

Car la prédication chrétienne s’inscrit dans le monde (donc dans un contexte précis) même si elle ne lui appartient pas (cf. Jean 17). Elle se doit donc d’être pertinente, cohérente et non déconnectée du réel.

 

 

Notes :

(1)Le présent texte s’inspire de la réponse donnée sur le site « 1001 questions », en l’enrichissant.

(2) Ce qui explique que nous ne devrions pas nous focaliser sur les sujets qui nous paraissent exclusivement « non négociables », à savoir la politique familiale ou le domaine de l’éthique (bioéthique, fin de vie, procréation, etc.). Ces sujets, certes très importants, ne doivent pas occulter d’autres préoccupations tout aussi importantes et bien présentes dans les Écritures bibliques, telles la justice (ou l’injustice) sociale, les causes structurelles de la pauvreté et de la précarité, les questions d’environnement (« garder et protéger » la création, être de bons et sages « intendants » des ressources de Dieu), l’accueil de l’étranger…

(3) Autres passages bibliques importants : 1 Jean 1v5-7 ; Eph.2v14-16 ; Eph.4v24-25, 29-31 ; Deut.10v17-19 ; (Exhortation donnée à un roi) Prov.31v8-9 ; Jean 16v13-14 ; Rom.5v5 ; 1 Cor.13v6 ; Zach.8v17 ; Es.61v8 ; Matt.4v1-11….A vous d’en trouver d’autres !

 

« Les Rois, en vérité, ne sont pas des dieux, mais des hommes… »

John Williams Waterhouse – Ulysse et les sirènes, 1891 

A l’approche du premier tour de l’élection présidentielle 2017, voici encore ce que nous ne devons jamais oublier au moment de mettre notre bulletin dans l’urne. Bien sûr, l’exemple pris ici dans ce texte de 1677 renvoie à un régime monarchique, mais il est facilement transposable dans notre contexte républicain :

« Les rois, en vérité, ne sont pas des dieux, mais des hommes, et ils sont souvent séduits par un chant de Sirènes. C’est pourquoi, s’il fallait que le sort de l’Etat dépende de l’inconstante volonté d’un seul homme, il n’y aurait plus rien de fixe. Et par conséquent, pour constituer d’une manière stable le gouvernement monarchique, il faut que toutes choses s’y fassent en effet par le seul décret du Roi, c’est-à-dire que tout le droit soit dans la volonté explicite du Roi, mais non que toute volonté du Roi fasse loi ».

Spinoza(1). Traité de l’autorité politique. Chapitre VII, paragraphe 1.

 

 

Notes : 

(1) Philosophe néerlandais du 17ème siècle (1632-1677), considéré comme un précurseur de la laïcité, et aussi l’un des premiers à développer – de manière dissimulée pour échapper à la censure – un athéisme au cœur de sa philosophie.

Pour le nouveau directeur de la CIA de Trump, «Jésus-Christ est la seule solution pour notre monde » : un témoignage public à double tranchant

« Justificatif », par Xavier Gorce (Blog LeMonde)

Que signifie cette « extraordinaire déclaration de la part d’un des hommes les plus influents du gouvernement Trump » ?

(…) À première vue, cette déclaration est de nature à rendre enthousiaste n’importe quel croyant, tout comme celle du Vice-Président des États Unis, Mike Pence, qui s’est défini lors de son investiture officielle le 21 juillet 2016 comme un «chrétien, conservateur et républicain, dans cet ordre». Il a ajouté : «Nous n’avons jamais eu autant besoin de Jésus qu’aujourd’hui».

Mais « que peut bien signifier exactement que «Jésus-Christ est la seule solution pour notre monde», comme l’exprime le nouveau directeur de la CIA ? Cela fait naître bien sûr de grands espoirs, de voir enfin le pays le plus puissant du monde être dirigé par des chrétiens, avec des principes chrétiens ».

Sauf que, au risque de « casser l’ambiance »….tout témoignage public est à double tranchant, avec des conséquences spirituelles dramatiques : « comme on l’a vu en France avec la confession du candidat vainqueur des primaires de la Droite et du Centre : le «je suis chrétien» doit impliquer non seulement une irréprochabilité pénale, mais également morale. Et le mot « irréprochabilité» est d’inspiration biblique. Les discordances et les contradictions seront passées au scanner du jugement du monde, qui en évaluera [à juste titre] la vérité et la cohérence ». La suite sur le blogue Le Sarment.

Question, qui ne doit pas manquer de nous brûler les lèvres, à la lecture de ce qui précède : « qui peut être sauvé ? »

Personne, sinon par la grâce de Dieu (cf Luc 18v26-27). Et la grâce n’est pas du « laisser faire » ou du « laxisme ». Ce n’est pas non plus « considérer le coupable pour innocent » : la grâce s’est manifestée en Jésus-Christ, lequel est venu, non pour ceux qui se croient justes mais pour des pécheurs à la repentance (Matt.9v12-13 ; Luc 5v31-32) ; et elle nous enseigne à « renoncer à l’impiété et aux désirs de ce monde, afin que nous vivions dans le temps présent avec réserve(sagement), justice et piété »(Tite 2v11-12), mais non de façon « cupide » ou « hypocrite » !