Un protestant-évangélique peut-il « faire le carême » ? Comment jeûner de façon « non religieuse » mais « biblique » ?

« J’aimerai savoir pourquoi les chrétiens ne font pas le carême ? Seulement les catholiques ? Est-ce religieux ? Non biblique ? » (Christopher)

Excellente question, liée à la vie de foi personnelle du chrétien, et particulièrement d’actualité, vu que certains, parmi les chrétiens, s’apprêtent à « faire carême » à compter de ce mercredi 1er mars. Merci, Christopher, de l’avoir posée !

Il serait plus juste de demander : « pourquoi certains chrétiens (protestants-évangéliques) ne font pas le carême ? Seulement les catholiques ? ». Ensuite, est-ce une pratique « religieuse », « non biblique » ? Mais la vraie question est sans doute : « pourquoi jeûner » et « comment » ? Qu’est-ce qu’un « jeûne religieux » et qu’est-ce qu’un « jeûne biblique », pour le tourner à la positive ?

Pour mieux répondre, intéressons-nous d’abord à ce qu’est le carême, d’où il vient et par qui, et pour quoi, il est encore aujourd’hui pratiqué :

Sur le site de la Fédération Protestante de France, nous apprenons que ce terme est étymologiquement affilié au mot Quadragésime (quadragésima en latin) qui signifie littéralement « quarantième ». Ainsi, le Carême désigne la période de quarante jours précédant Pâques durant laquelle le croyant est invité à méditer sur sa propre vie en ayant à l’esprit le cheminement du Christ jusqu’à la Croix. Cette démarche spirituelle a notamment pour but de raviver la foi et de sortir le Chrétien de son inertie, de son endormissement en le poussant à abandonner sa routine quotidienne.

D’un point de vue historique, l’Eglise primitive organisait ce temps autour de la préparation au baptême des catéchumènes qui était célébré la nuit de Pâques.
A partir du IVe siècle le temps de Carême devient de plus en plus consacré à la pénitence et au renouvellement de toute la communauté croyante par la pratique du jeûne et de l’abstinence de certaines viandes.

L’Eglise orthodoxe a opté pour une application radicale de la pratique pénitentielle qui est encore aujourd’hui très stricte. Le catholicisme a à l’inverse peu à peu assoupli ses exigences en ne recommandant plus que le jeûne le mercredi des Cendres (premier jour de Carême) et le Vendredi Saint, ainsi que l’abstinence de viande tous les vendredi.
La Réforme n’a en rien contesté l’importance du Carême pour la spiritualité, mais elle n’impose pas la pratique de la pénitence. Il faut cependant relever que le luthéranisme a continué d’insister sur l’importance de la remise en question et du recueillement de sorte qu’une maigre forme de pratique pénitentielle a été maintenue (abstention de viande le Vendredi Saint et pendant longtemps interdiction de célébrer des mariages qui sont propices à la fête et au repas copieux).
Mais d’une manière générale le protestantisme est beaucoup moins directif que les autres confessions. Il part du principe que chacun est libre de vivre ce temps de préparation de Pâques selon ses convictions car aucune consigne particulière n’a été laissée par les Apôtres.
Actuellement, les Eglises de la Réforme ont malgré tout la volonté de marquer ce temps de Carême par l’organisation de nombreuses actions incitant le croyant à aller vers les autres (sous formes de don ou d’action humanitaire par exemple).

Ceci dit,  « vivre le carême », ce serait quoi, pour un protestant (et un évangélique), pour ne pas jeûner « de façon religieuse » mais « biblique » ?

Le jeûne fait partie de la discipline offerte par le Seigneur Jésus-Christ pour nous rendre un peu plus disponible, sur le plan spirituel. Le principe du jeûne est de se priver de quelque chose (pas que de nourriture, d’ailleurs !) pendant un certain temps, pour laisser la place à autre chose. Jésus insiste d’ailleurs sur le fait qu’il ne s’agit là que d’une pratique personnelle, qui doit rester discrète jusqu’au fait que les autres ne doivent pas le voir ou le savoir. Il rejoint, en les prolongeant ainsi, les aspirations des prophètes qui, avant lui, critiquaient justement les jeûnes proclamés, lesquels étaient en réalité l’occasion d’étaler une piété ostentatoire, plus préoccupée par les apparences :

« Lorsque vous jeûnez, ne prenez pas un air triste, comme les hypocrites, qui se rendent le visage tout défait, pour montrer aux hommes qu’ils jeûnent. Je vous le dis en vérité, ils reçoivent leur récompense. Mais quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage, afin de ne pas montrer aux hommes que tu jeûnes, mais à ton Père qui est là dans le lieu secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. » (dit Jésus en Matthieu 6v16-18)

D’autre part, le jeûne biblique n’amène pas « de puissance ». Il offre simplement du temps et de l’espace (ou de la disponibilité) intérieur-e, comme nous l’avons écrit plus haut. Ce sont les sorciers –et non les chrétiens, disciples de Jésus-Christ – qui jeûnent « pour la puissance ».

Le prophète Esaïe a rappelé, de la part de Dieu, ce que doit être l’objectif du jeûne : un temps de consécration  ou de reconsécration, afin de permettre à la justice de Dieu de se manifester.

« Voici le jeûne auquel je prends plaisir : détache les chaînes de la méchanceté, dénoue les liens de la servitude, renvoie libres les opprimés, et que l’on rompe toute espèce de joug ; partage ton pain avec celui qui a faim, et fais entrer dans ta maison les malheureux sans asile ; si tu vois un homme nu, couvre-le, et ne te détourne pas de ton semblable. Alors ta lumière poindra comme l’aurore, et ta guérison germera promptement ; ta justice marchera devant toi, et la gloire de l’Éternel t’accompagnera. » (Esaïe 58,6-8)

Certains, en effet, voient dans le jeûne une façon de « négocier avec Dieu », de lui soutirer des grâces. C’est là « une conception marchande de Dieu », dans le but de l’instrumentaliser pour nos projets les plus autocentrés (et non Christocentrés !) ou….les plus religieux !

Voir aussi : http://1001questions.fr/jaimerais-savoir-a-quoi-ca-sert-de-jeuner-autrement-dit-pourquoi-dans-certains-cas-la-priere-ne-serait-pas-a-elle-seule-suffisante-yemi/

Une autre réponse, plus « longue » et plus détaillée sur le jeûne, avec cet article de John Stott, publié dans « Promesses », revue de réflexion biblique (N° 176, avril-juin 2011, pp 10-14) : Les pharisiens jeûnaient « deux fois par semaine » (Luc 18.12), le lundi et le mercredi. Jean-Baptiste et ses disciples jeûnaient assez régulièrement, et même « souvent », mais les disciples de Jésus ne jeûnaient pas (Mat 9.14) ; aussi est-il surprenant que Jésus attende de ses disciples qu’ils jeûnent et consacre une partie de son enseignement sur la colline aux détails de cette pratique. Nous-mêmes, nous vivons souvent comme si ce passage n’existait pas dans la Bible. La plupart des chrétiens insistent sur l’importance de la prière quotidienne et de la libéralité, mais peu nombreux sont ceux qui attachent de l’importance au jeûne. Les chrétiens des courants évangéliques qui insistent sur le caractère intérieur de la vie chrétienne, laissant une large place au cœur et à l’esprit, ne parviennent pas toujours à s’accommoder de cette discipline extérieure, corporelle qu’est le jeûne. Ne serait-ce pas une pratique de l’Ancienne Alliance ordonnée par Moïse le Jour des Propitiations, pratique exigée plusieurs fois l’an après le retour de Babylone, mais que le Christ serait venu abroger ? Les contemporains de Jésus ne sont-ils pas venus lui demander : « Pourquoi les disciples de Jean et les disciples des pharisiens jeûnent-ils et tes disciples ne jeûnent-ils pas ? » Le jeûne n’est-il pas une pratique propre à certaines Églises ou un reste de l’Église médiévale qui a élaboré un calendrier détaillé des jours de fête et des jours de jeûne ? N’est-il pas lié à une conception du culte rendu à Dieu qui attacherait beaucoup d’importance aux rites ?

En utilisant tantôt les Écritures, tantôt l’histoire de l’Église, on pourrait probablement répondre positivement à toutes ces questions. Mais quelques faits permettent de rétablir une vue plus globale de cette pratique.

 

Et encore, sur cet inépuisable sujet : https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2013/02/10/jeuner-pour-avoir-faim-de-dieu-soyons-des-champions-de-jeune/

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2 réflexions sur “Un protestant-évangélique peut-il « faire le carême » ? Comment jeûner de façon « non religieuse » mais « biblique » ?

  1. Hello Pep’s
    j’ espère que tu vas bien ..
    Sujet intéressant que ce carême. A mon arrivée dans mon église (évangélique) actuelle, j’ avais été surpris de voir que la période de carême (6 semaines) était suivie. Au départ, je m’ étais dit : « mais c’ est pas un truc de catho çà ? ». Crime de lèse majesté s’il en était !! Sapristi !
    Et puis effectivement, j’ ai trouvé la source de son origine comme tu le cites dans l’ A.T.
    Ouf ! L’honneur était sauf. Il y a quand même bien, une justification biblique !!
    Alors, chez nous il s’ agit en fait de marquer ce temps de réflexion, de piété à la fois personnelle et communautaire. Il n’ y a pas de rite particulier suivi ( jeûne par exemple) mais une série de prédications et de cultes amenant, un peu plus que d’habitude à faire le « break ». A s ‘interroger sur notre relation à Dieu. Aujourd’hui nous avons évoqué la joie et Connaître Jésus.

    Bonne continuation

    Fraternellement
    Anthon

  2. Hello, frère !

    Comment vas-tu ?

    « Ouf ! L’honneur était sauf. Il y a quand même bien, une justification biblique !! »
    En effet ! « Ouf » ! 😉

    « Alors, chez nous il s’ agit en fait de marquer ce temps de réflexion, de piété à la fois personnelle et communautaire. Il n’ y a pas de rite particulier suivi ( jeûne par exemple) mais une série de prédications et de cultes amenant, un peu plus que d’habitude à faire le « break ». A s ‘interroger sur notre relation à Dieu. Aujourd’hui nous avons évoqué la joie et Connaître Jésus ».
    Ce n’est pas mal du tout, cela ! « Chez nous », nous pratiquons davantage un jeûne partiel(et pas que de nourriture, d’ailleurs) collectif, sur une vingtaine de jours, en septembre, pour nous « désintoxiquer » et pour nous rendre disponibles pour l’intercession.

    Finalement, toutes ces pratiques, diverses et variées, restent complémentaires, avec un même but.

    Bien à toi et bien fraternellement,
    Pep’s

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