Dans quelle mesure avez-vous adopté ces « sophismes » postmodernes ?

"L'individu" serait encore à venir, selon Dany-Robert Dufour, puisque nous ne serions pas des "individualistes", mais des égoïstes grégaires", pour qui "les vices privés font les vertus publiques" !

« L’individu » serait encore « à venir », selon Dany-Robert Dufour, puisque nous ne serions pas des « individualistes », mais des « égoïstes grégaires », pour qui « les vices privés font la vertu publique » !

« Veillez à ce que nul ne vous prenne au piège de la philosophie, cette creuse duperie à l’enseigne de la tradition des hommes, des forces qui régissent l’univers et non plus du Christ » (Col.2v9. TOB)

« Mais si vous ne pensez à rebours, vous périrez tous également »(Luc 13v3)

« Ne vous conformez pas au siècle présent, mais soyez transformés par le renouvellement de l’intelligence, afin que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable et parfait ». (Rom.12v2)

Le postmodernisme, vous connaissez sans doute, surtout après avoir lu « les défis de la postmodernité » d’Alfred Kuen. Mais connaissez-vous les deux courants de pensée qui en sont au cœur et que la plupart semble avoir adopté aujourd’hui ?

Ces courants, Dany-Robert Dufour les appelle des « sophismes », dans son ouvrage sur le postmodernisme : « L’individu qui vient… » (Denoël, 2015. Folio Essais).

Qu’est-ce qu’un « sophisme » ? Et qu’est-ce qu’un « sophiste » ?

« Sophisme » vient du latin « sophisma », « sophisme », venant du grec ancien « sophisma », « habileté », « invention ingénieuse », « raisonnement trompeur ». Il se donne toutes les apparences de la « sagesse », d’autant plus qu’il n’aura échappé à personne qu’il est dérivé de « sophia », « sagesse », « savoir ». (Source : http://www.cnrtl.fr/lexicographie/sophisme )

Mais c’est là une « fausse sagesse », d’autant plus que « sophisme » rime avec « sottise ».

Les « sophistes », quant à eux, rappelle Dany-Robert Dufour, « ne se soucient nullement de la vérité », contrairement aux véritables « amoureux de la sagesse ». « Ils ne cherchent qu’à persuader leur auditoire quelle que soit la proposition à soutenir. Pour obtenir ce résultat, ils profitent donc des ambiguïtés du langage afin de produire des raisonnements en apparence solides, ayant l’apparence de la rigueur démonstrative, mais contenant en réalité un vice, volontaire ou non, permettant de provoquer l’adhésion de l’auditeur ».(op. cit., pp110-111). Avec cet esprit sophistique, le mal devient bien (ou « progrès »), le faux le vrai, l’esclavage la liberté, [la guerre la paix], le vice privé [ou l’égoïsme] la vertu…. (op. cit., p 114)

Il importe de les démasquer impérativement, « car si la première bêtise n’est pas tout de suite réfutée et dénoncée pour ce qu’elle est – une bêtise – la porte est ouverte à toutes les autres qui peuvent alors s’agencer en autant de vrais systèmes bêtes qui paraissent très intelligents ».

Pour Dany-Robert Dufour, ces deux sophismes sont l’utilitarisme et le pragmatisme (op. cit. pp 113-121).

1) L’utilitarisme(1), ou « l’adieu aux idéaux » (qualifiés de « discours »), incite à croire « qu’on n’a plus du tout à se soucier de savoir si une action est vertueuse au départ ; la seule chose qui importe est qu’elle soit vertueuse à l’arrivée ». Il « se caractérise par un oubli volontaire des causes et une valorisation exclusive des conséquences. C’est là ce qu’on appelle depuis la fin des années 1950 un « conséquentialisme ». Peu importe donc au nom de quoi on entreprend une action, ce qui importe, c’est qu’elle soit censée engendrer le plus de bonheur pour l’ensemble de tous les agents – le bonheur étant défini comme la maximisation des plaisirs et la minimisation des peines [ou des désagréments, des embêtements] ». Ainsi, par exemple, ajouterai-je, l’utilitarisme me paraît privilégier « le consommateur » (l’essentiel étant qu’il soit « content/satisfait » d’un service rendu le plus efficacement possible « ou remboursé »), au détriment du citoyen.

En « conséquence », cette nouvelle « morale conséquentialiste » permet le plus grand cynisme de la part des décideurs de l’action qui pourront alors dire à leurs administrés ou à leurs salariés quelque chose qui ressemble à Jean 11v50. En gros, « ne voyez-vous pas que nous faisons cette action [vous licencier, détruire des emplois, par exemple] pour le bien futur du plus grand nombre ? Ne seriez-vous pas un peu égoïste », à toujours vous préoccuper que de vos seuls droits ? Dans ces conditions, la dignité humaine (ne pas dire « oui » à tout) ne pèse pas bien lourd….

D’autre part, le conséquentialisme est également « im-prudent, puisqu’il incite à agir en fonction d’un futur (toujours hypothétique) en refoulant (ou ignorant) l’examen du présent (toujours certain). Et il rend « désuète la morale (ce qui vaut pour tous), au profit de l’éthique (ce que j’ose faire, y compris contre tous) ».

2) Le pragmatisme (terme que l’on emploi souvent à tort et à travers) ou « l’adieu à la vérité », voit son avènement avec William James, à la fin du XIXe siècle. Pour ce dernier, « le vrai », qui « n’existe tout simplement pas », est « ce qui marche ». Cette attitude pragmatique implique « qu’il n’y ait plus de « théorie », mais seulement de la « praxis », de l’action. Je ne peux donc voir ou concevoir aucune idée, mais seulement faire des expériences, des expériences infiniment multiples et variées »(2). Une philosophie qui se retrouve d’ailleurs au cœur d’une certaine théorie de l’éducation de John Dewey.

Or, l’on ne saurait avoir une bonne « orthopraxie » sans une bonne « orthodoxie ».

Evaluez-vous maintenant : lequel de ces sophismes avez-vous adopté, « avalé », même inconsciemment ? Comment ? Pourquoi ? Lequel est le plus dominant autour de vous ?

A méditer :

« Vous, frères, c’est à la liberté que vous avez été appelés. Seulement, que cette liberté ne donne aucune prise à la chair ! Mais, par l’amour, mettez-vous au service les uns des autres. Car la loi tout entière trouve son accomplissement en cette unique parole : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Mais, si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde : vous allez vous détruire les uns les autres. Ecoutez-moi : marchez sous l’impulsion de l’Esprit et vous n’accomplirez plus ce que la chair désire »(Gal.5v13-16. TOB)

Voir aussi : Ephésiens 5v8-9 ; Ps.40v9 ; Prov.31v8-9  ; 1 Jean 1v7  ; 1 Jean 2v6. L’un et l’autre des passages suivants nous invitent, en tant que chrétiens, à « marcher dans la vérité, la lumière », « dire la justice », et « produire le fruit de la lumière », marcher comme Jésus a marché lui-même.

 

Aller plus loin :

Un article parmi d’autres, sous forme de parabole, sur la justice : https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2015/06/03/notre-regard-sur-la-justice-ou-le-conte-des-balances/

Qui comprend le test suivant : lisez attentivement cet article : « Amazon, l’envers de l’écran » de Jean-Baptiste Malet, paru en novembre 2013 dans « Le Monde diplomatique » : ou les dessous de la célèbre multinationale organisée selon une idéologie bien définie. Comme le relève le célèbre journaliste Günter Wallraff, son système ne nous pose pas la simple question, « neutre », « de savoir si nous voulons ou non consommer sur son site Internet », ou s’il est « moral ou non » d’acheter sur internet  ; « il nous pose des questions politiques : celles de notre choix de société. »

Puis réagissez. Pourquoi réagissez-vous comme vous réagissez à cet article ? De quel côté vous positionnez-vous ? Pourquoi ?

Et ces deux autres articles sur la vérité : http://www.ethiquechretienne.com/relativisme-et-verite-a2143759 ; https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2014/01/31/dire-la-verite-toute-la-verite-rien-que-la-verite-dire-betement-la-verite-bete-ennuyeusement-la-verite-ennuyeuse-tristement-la-verite-triste/

 

 

Notes :

(1) Lequel utilitarisme (Bentham, puis John Stuart Mill) vient du libéralisme anglais.

(2) A noter que cette notion d’expérience, propre au pragmatisme, est au centre de la pensée de David Hume, ami d’Adam Smith et figure décisive du libéralisme anglais.

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