« ….une expression épouvantable qui, du coup, se propage comme un virus verbal… »

Comment se débarrasser de mots superflus à la mode, qui appauvrissent le langage ?

Il existe une expression épouvantable qui, du coup, se propage comme un virus verbal*. La phrase précédente était un test, et si vous n’avez rien remarqué de particulier, c’est que vous êtes sans doute déjà contaminé. Restez calme et attentif, l’expression va repasser, du coup, vous devriez réaliser que je viens de passer la deuxième couche…Voilà, vous avez détecté le problème, sinon, navré de vous l’apprendre, vous êtes, du coup, sérieusement atteint.

Premier symptôme : tout ce que votre ami (e) retient de votre conversation, c’est que vous employez trop souvent « du coup ». Vous ne comprenez pas la gravité de la situation et du coup, par provocation, vous lui ressortez l’expression à maintes reprises avec une bien trop grande facilité, il faut bien le reconnaître.

Deuxième phase : vous décidez de faire une analyse sémantique et réalisez l’ampleur du désastre. Tout le monde emploie le maudit[comme disent les québecquois] vocable autour de vous, même dans les médias. Personne ne semble épargné par l’épidémie. Il se peut qu’à partir de cet instant, vous entrez en « ducouïsation » intensive. « Du coup » vous sautera aux oreilles toute la journée, il vous deviendra insupportable de l’entendre parfois jusqu’à deux fois dans une même phrase alors qu’hier encore, vous l’utilisiez vous-même, dans la plus grande indifférence. C’est le prix à payer de la guérison.

Dernière étape : vous rechutez du syllogisme, mais depuis votre prise de conscience, vous arrivez à vivre avec la maladie. Peu à peu, vous la maîtrisez, elle cessera d’évoluer et finira par quitter votre vocabulaire avec toute la vigilance qui s’impose. La rémission sera complète en informant votre entourage qui, à son tour, se vexera, se soignera et protégera son environnement comme un anti-virus. A mon tour de vous transmettre ce flambeau pour éclairer les consciences de l’humanité qui parfois vous répondra : ah ben oui mais du coup, qu’est-ce que je dis à la place ? Réponse : rien ! Il n’ y a pas à remplacer l’inutile.

(Tordons le coup au virus. Le Pacte du mois de Nicolas Bertrand. « La Décroissance », mars 2015, numéro 117, p 15)

 

Note :

* Déjà, en 2006….

L’écrivain Claudine Chollet estime qu’il s’agit d’ « une contrefaçon du mot de liaison « par conséquent », qui a les apparences de l’articulation logique mais occulte un chaînon de l’argumentation pour obtenir l’approbation d’autrui.
C’est en réalité un outil de manipulation intellectuelle.
L’expression « du coup », utilisée à propos de faits ou d’idées souvent dérisoires, est un syllogisme qui se prévaut de l’accord implicite de l’interlocuteur.
Ex : « ces articles étaient en soldes, du coup j’en ai pris trois… »
Dans cet exemple, il n’y a pas de relation de cause à effet entre l’affirmation et l’action. Le « du coup » suppose l’interlocuteur convaincu de la légitimité de ces achats. En réalité, celui emploie ces mots vise à se faire plébisciter : en obtenant l’approbation de l’interlocuteur, il fait comme s’il obtenait sa bénédiction pour tous ses actes.
« Du coup » permet de faire l’économie d’un raisonnement, de rebondir sur l’absence de contestation, pour se prévaloir d’une légitimité à penser ou à agir ».

(http://claudinecholletecrivain.hautetfort.com/archive/2006/09/05/tordons-le-cou-a-l-expression-du-coup.html )

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3 réflexions sur “« ….une expression épouvantable qui, du coup, se propage comme un virus verbal… »

  1. Pingback: Pep’s café a trois ans ! Retour sur 2015 | PEP'S CAFE !

  2. Telle une thérapie de groupe, ça me fait du bien de me sentir moins seul… Cette expression m’a frappé il y a quelques années et me sidère encore aujourd’hui, car tout le monde l’employait à tout va au point ou je ne trouvais pas d’expression de substitution qu’ils auraient pu utiliser, tellement ça allait de soi!
    Cet appauvrissement du vocabulaire s’accompagne surtout par un souci inconscient d’intégration sociale et populaire. Je reconnais que dans mon entourage, j’imagine difficilement entendre le mot « donc » ou « par conséquent » à la place.
    Je ne suis pas linguiste mais je pense que cela est du aussi à la recherche d’une simplification de la communication entre soi et les siens… but qui devient peut-être prépondérant à la nécessité de parler avec un vocabulaire riche.
    Je trouve dommage effectivement que ses valeurs évoluent dans ce sens, car on a l’impression que les gens élaborent leur pensée avec moins d’outils qu’auparavant et que du coup (par conséquent – pardon) ils soient plus cons, mais je ne sais pas si il y a une corrélation…

    • Bonjour ! Et bienvenu sur notre blogue !
      Je vous remercie pour votre commentaire : en effet, lutter contre l’appauvrissement de notre langue, avec le soucis du mot juste, peut être considéré comme une forme de résistance !

      Bien à vous et au plaisir de vous lire prochainement,
      Pep’s

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