La parabole du « serviteur inutile » : une réponse « révolutionnaire » à l’esprit « utilitariste et comptable »

Nous sommes vendredi 09 janvier et cela fait aujourd’hui deux ans pour Pep’s café !, « né » un certain 09 janvier 2013. De même qu’à l’époque du premier anniversaire, je choisis de ne pas publier un bilan statistique du blogue, et vous propose à la place de méditer sur la parabole du « serviteur inutile », en Luc 17v7-10.

Le choix peut paraître singulier-surtout en pareille occasion-de prime abord. Mais avec un peu d’attention, il est possible de la trouver pleine d’enseignement pour nous, particulièrement à notre époque « utilitariste » et « comptable », où tout doit se justifier en terme de rentabilité, sous peine de disparaître. D’ailleurs, Notre Seigneur était-il « rentable », à vue humaine(voir l’ensemble du chap. 17 de Luc) ?

Mais commençons par le commencement. Dimanche 07/12, une discussion naturelle et spontanée a eu lieu, après le culte, entre quelques-uns(dont moi), à propos du « serviteur inutile ». Cette parabole soulève quelques difficultés, en plus d’être particulièrement dérangeante et « scandaleuse ». Plus exactement, ce qui est dérangeant et scandaleux ici est le terme « inutile ». Le texte biblique voudrait-il parler de « quelconque », ou « d’ordinaire » ? Il semble que non, puisque le mot grec « achreioi » utilisé ici renferme bien l’idée d’être « inutile » ou « sans profit »(ou « pas rentable »). Un terme que l’on retrouve dans la parabole des talents racontée par Matthieu(25v30), à propos de celui qui est jugé « inutile » ou « sans profit », parce qu’il avait caché(gâché ?)son talent.

Que veut nous enseigner le Seigneur à ce sujet ? Lancerait-il un « concours » de l’abnégation et de l’humilité, dans le genre « plus inutile que moi tu meurs » ? A moins qu’il n’y ait là une « voie alternative » du serviteur inutile(avec l’exemple de ce que Jésus a été Lui-même), applicable pour nous aujourd’hui ? Pour bien comprendre, il convient d’examiner ce qui précède et ce qui suit cette parabole dans tout le chapitre 17 de Luc. Quel est le rapport avec « le serviteur inutile » ?

 

Quelques réponses à notre appel à contributions : un grand merci à leurs auteurs !

Benoît (catholique, co-animateur du blogue « Les Cahiers libres ») :

Un texte qui m’a toujours beaucoup touché et notamment cette expression réputée dure « inutile ». Si le terme peut sembler difficile, il nous met cependant dans une belle humilité face à Dieu, sans qui nous ne pouvons rien faire (Jn 15) !

Claude (évangélique, un frère de mon église locale-du groupe d’où est partie la discussion originelle sur la parabole) :

Un qualificatif (« inutile ») qui caractérise tous ceux qui sont nés de nouveau et qui par voie de conséquence sont devenus des serviteurs. Mais de qui sommes-nous devenus des serviteurs?​ De Jésus, de nos prochains ou de nous-mêmes ? Aïe….Il est évident, avec une approche formatée par tout ce qui a contribué à faire de nous ce que nous étions avant notre nouvelle naissance, que l’on a plus tendance à vouloir se valoriser et non à se sentir inutile.

Avons-nous de la valeur ? Mais oui sinon Jean 3:16 ne s’expliquerait pas. Est-ce de cela que Luc 17:10 parle ? Pas du tout. Mais pourquoi donc parle-t-il de serviteur inutile ? Ce verset nous invite simplement à cultiver l’humilité, à donner sans attendre en retour, à pratiquer un amour désintéressé.

Quand ma main gauche donne à ma main droite, elle n’attend rien en retour, quand mon cerveau pense pour le reste de mon corps, il n’attend pas une récompense du reste du corps, quand mes pieds déplacent l’ensemble de mon corps d’un point à un autre à la demande de mon cerveau, ils n’attendent pas un remerciement de mon cerveau ni une valorisation quelconque. C’est ainsi que fonctionne le corps de Christ : nous sommes tous complémentaires. Je fais ce que j’ai à faire sans attendre un retour.

Ludivine (Evangélique. Bloggeuse de « Bible et partage ») :

Jésus avait-il décelé quelque chose dans leur coeur ?

Peut-être que certains pensent que Dieu a de la chance qu’on le serve, que Jésus est bien content et honoré qu’on le suive.  Il devrait nous donner tout ce que nous lui demandons et nous récompenser largement…..

« Vous de même dîtes nous sommes des serviteurs inutiles » : le Seigneur nous dit : voilà ce que devrait être votre état d’esprit : considérer votre service comme quelque chose de normal, après Dieu lui-même jugera de votre service.

 « unprofitable- unworthy » : peu lucratif, indigne >> pas de mérite, pas digne de.

 « Doit- il de la reconnaissance à ce serviteur ? » Non, le maître ne doit rien et Dieu ne nous doit rien. C’est nous qui lui devons cet honneur d’être à son service. En plus, nous serons payés pour notre travail, récompensés (cf paraboles des talents) mais cela ne fait pas de nous des personnes dignes de recevoir ses louanges. Nous les recevrons, car la Bible le dit, mais ce sera encore un effet de sa grâce, Dieu ne doit rien à personne.

 Je ne vois pas l’absence de profit dans ce passage comme elle est mentionnée dans la parabole des talents. Le serviteur inutile ne faisait « rien » là. Le serviteur fait quand même son boulot dans les champs. Je suis partisane du « c’est un honneur d’être utilisé par Dieu » et non le contraire. Je ne suis pas grand-chose mais il m’emploie dans ses champs. Ma réponse est « merci Seigneur je n’en étais pas digne » et non « Dieu me doit la reconnaissance et un bon repas en sa compagnie ».

La parabole des talents est plus un enseignement sur le fait qu’il est important de faire les oeuvres que Dieu a préparé pour nous et que nous les fassions en fonction des talents que nous recevons. Nous devons porter du fruit, c’est la normalité aux yeux de Dieu.

 

Pour ma part, tout en partageant les excellentes réflexions ci-dessus, je dirai, en complément, que cette parabole est révélatrice de ce dont Dieu se préoccupe le plus. Dieu se préoccupe en effet plus que nous le connaissions(ou cherchions à le connaître)-que de ce que nous faisons(ou cherchons à faire)pour Lui. De même, que nous nous intéressions plus aux autres-à ce qu’ils sont-qu’à ce qu’ils font ou à ce que nous pourrions faire pour eux. De cette priorité découle le reste.

L’esclave hébreu, en Exode 21v2-6, qui avait servi 6 années, était libre de partir la 7ème année. Mais seul, si son maître lui avait donné une femme, et que sa femme lui a donné des enfants entretemps. Or, il choisit de rester, déclarant aimer « son maître, sa femme et ses enfants », et ne souhaitant pas « sortir libre »(v5).

Mais nous sommes appelés à Le connaître sur un autre plan. Comme un Père. Et nous sommes invité à « voir de quel amour le Père nous a témoigné(ou fait don), que nous soyons appelés enfants de Dieu. »(1 Jean 3v1). Et c’est ce que nous sommes, « nés non du sang, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu », nous dit Jean (Jean 1v13). Soit « tous ceux qui ont reçu » Celui qui est « la lumière du monde », « ceux qui croient en Son nom »(Jean 1v12 et cf 1-11, 14 ; 8v12).

Dieu est-il Votre Père ? Savez-vous que « le Père Lui-même vous aime » ? (Jean 16v27). Comment Il vous a aimé ? (Jean 3v16). Et pourquoi ?(1 Jean 4v10)

De même, Jésus, le Fils de Dieu, souhaite que nous le connaissions, individuellement, comme « Seigneur et Maître », en tant que « serviteurs »(Jean 13v13), et en tant qu’ « amis »(Jean 15v13-15 ; 21), voire « frères »(Jean 20v17, Hébreux 2v11-17). Ainsi que, tous ensembles, en tant qu’ « épouse » (Eph. 5v22-32)Et, les uns les autres, en tant que membres d’un même corps(cf 1 Cor.12)

Bref, nous sommes appelés à vivre des relations « de famille », le seul cadre où l’humilité et la gratuité sont (devraient être) la seule norme(avec l’amour).

Enfin, Le connaître, Lui « le seul vrai Dieu, et Celui (qu’Il a)envoyé, Jésus-Christ »(Jean 17v3 cf 1 Jean 5v21), c’est là « la vie éternelle ». C’est pourquoi Dieu se préoccupe que nous le connaissions et que nous nous attachions à Lui.

L’attachement à Dieu, c’est la piété. Plus que jamais, c’est ce qui fait la différence (1 Tim.4v7 ; 1 Tim. 6 cf 1 Tim.3v16). Et ce n’est pas une question « intéressée » ou de performance !

 

Et vous ? Qu’en pensez-vous ? Partagez donc vos remarques au pied de cet article !

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3 réflexions sur “La parabole du « serviteur inutile » : une réponse « révolutionnaire » à l’esprit « utilitariste et comptable »

  1. Déjà deux ans ? Un très JOYEUX ANNIVERSAIRE Pep’s café ! Et encore merci pour le partage de vos réflexions. Le diariste que vous semblez être pourrait écrire un livre !

    J’aimerais rebondir sur vos écrits en faisant une nuance entre le serviteur certes « inutile » mais qui agit dans un but valable en produisant du FRUIT et le serviteur « inutile » qui agit et travaille pour …RIEN ! (il manque le but)

    Il me semble que l’on peut glisser trop souvent dans la seconde catégorie, même sous des apparences de piété, en raison de paresse, de négligences, de peurs, d’égoïsme etc. Jésus a pris ce sujet au sérieux en en parlant à plusieurs reprises et nous recommande d’être prudents et sensés:
    – l’exemple du figuier supposé porter du fruit http://www.sourcedevie.com/lire-la-bible-matthieu-21-19-version-LSG.htm#ret
    – l’exemple de l’arbre qui ne porte pas de fruit et qui est retranché http://www.sourcedevie.com/lire-la-bible-matthieu-7-21-version-LSG.htm#ret
    – la parabole des talents dans l’évangile de Matthieu chap 25  » Serviteur méchant et paresseux, tu savais que je moissonne où je n’ai pas semé, et que j’amasse où je n’ai pas vanné ; il te fallait donc remettre mon argent aux banquiers, et, à mon retour, j’aurais retiré ce qui est à moi avec un intérêt. Otez-lui donc le talent, et donnez-le à celui qui a les dix talents. Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l’abondance, mais à celui qui n’a pas on ôtera même ce qu’il a.  »

    Personnellement, je ne suis pas pour un profit et un utilitarisme à tous crin (ce que vous dénoncez dans votre blog), néanmoins il y a de la place dans le royaume de Dieu ( qui commence dès ici-bas et maintenant) pour un intérêt intelligent ! Je dirais même plus, comme en introduction, le FRUIT est nécessaire et attendu et cela présuppose tout de même de compter pour savoir où nous en sommes et pour évaluer si ce que nous faisons est bien sensé. « Ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur ! n’entreront pas tous dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui FAIT LA VOLONTE DE MON PERE qui est dans les cieux » (Matthieu chap 7 )

    A la prochaine !

  2. Bonjour Isy. Je vous remercie pour vos voeux et vos encouragements. C’est un plaisir de vous lire à nouveau !
    Je vous remercie pour vos commentaires – extrêmement censés(enrichis de références bibliques bienvenues) et que je partage totalement !

    Bien à vous et bien fraternellement,
    Pep’s

  3. Joyeux anniversaire à Pep’s café le blogue ! Et pour rester dans le thème je te remercie de partager avec nous ce que Dieu met sur ton coeur de façon désintéressée et que ce blogue puisse encore porter du fruit en abondance pour la gloire de notre Père !

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