Quelle vision du monde, de l’homme, de Dieu…véhicule ce que tu lis ? L’exemple de « Partenaire avec Dieu en affaires » de Dennis Peacocke(2)

Lire ce qui précède https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2014/10/31/quelle-vision-du-monde-de-lhomme-de-dieuvehicule-ce-que-tu-lis-lexemple-de-partenaire-avec-dieu-en-affaires-de-dennis-peacocke1/  avant de commencer ce nouveau billet.

 

Dernièrement, nous relevions que toute attitude face au monde est nourrie par une vision du monde, « de l’homme, mais aussi de Dieu, de Jésus-Christ, de l’Evangile et de l’Eglise, de ce qui est « spirituel » et de ce qui « n’est pas spirituel », comme du sens de la vie.

La propriété privée, un concept-clé du livre "partenaire avec Dieu en affaires"...

La propriété privée, un concept-clé du livre « partenaire avec Dieu en affaires »…

Prenant pour exemple le livre « Partenaire avec Dieu en affaires » de Dennis Peacocke (JEM Editions, 2008), il nous semblait voir dans le concept de « propriété privée » la clé du système posé par l’auteur (op. cit., p33). Or, nous avions vu que la Bible nous rappelle sans cesse que nous ne sommes que « locataires » et « émigrés », appelés à une bonne gestion, sage et juste, de biens finis.

Un autre concept-clé, que l’on peut percevoir dans l’ouvrage est cette vision de Dieu qui apparaît comme un « homme d’affaires », un PDG et un (auto)entrepreneur, qui « met en place une entreprise familiale sur le modèle de la franchise » : l’entreprise « Tout puissant et fils SA »(Op. cit., pp 19-21). Pourquoi pas. Néanmoins, le choix du nom de l’entreprise nous paraît révélateur, privilégiant la puissance au détriment de la compassion (cela se perçoit notamment aux chapitres 7, 8 et 9-voir aussi notamment le véridique « sans abris, rentrez chez vous ! » op. cit., p p 118-119) et donnant à voir un Dieu lointain, qui serait « patron capitaliste » et adepte du « laisser-faire »*. Il eut été plus pertinent, surtout si l’on souhaite privilégier le modèle familial, de baptiser l’entreprise « Père et Fils SA ».

De cette vision de Dieu découle une vision faisant de l’individu-entrepreneur la mesure de toutes choses. Et ce, non sans conséquences pratiques. Car, de ce parti pris découle une position qui nous paraît souvent déséquilibrée ou parfois extrême, quand elle n’est pas partiale :

-L’auteur adopte en général le point de vue du dominant-celui du « patron » ou du « propriétaire »**-au détriment de celui du pauvre (qui doit apprendre à « être responsable », not. Chap.8***),  de l’employé ou de l’ouvrier -l’un et l’autre étant présentés de façon caricaturale (L’auteur affirme en effet que « les bénéfices ne sont pas générés par les employés »-lesquels « se focalisent sur leurs droits »- mais par ceux qui ont « l’esprit du propriétaire », op. cit., p 90 ****).

Or, si la loi spécifie effectivement que l’on doit être impartial ou équitable avec le pauvre, comme le riche(cf Exode 23v3, 6 ; Deut.1v11 et 16v19 ; Dieu « ne fait pas de favoritisme »), cette même loi rappelle(avec les prophètes et les psaumes)que Dieu est du côté du pauvre, surtout quand il ne peut pas se défendre, ainsi que de la veuve, de l’orphelin et de l’étranger-les précaires de l’époque(cf Deut.10v17-19 ; Deut. 15 ; Deut. 24 ; Ps.72 ; Job5v15…) A ce stade, il serait utile de relire Jacques, not. les chap. 2, 4 et 5, comme les évangiles-dont celui de Luc, dans lequel le Seigneur Jésus affirme que la bonne nouvelle a été annoncée « premièrement aux pauvres »(Luc 4). [voir aussi notre dossier « notre regard sur le pauvre » + notre article « les miettes du riche suffisent-elles à nourrir le pauvre »]

– D’autre part, l’auteur nous paraît un peu trop insister sur la responsabilité et la prise de risque (défendant une « pédagogie de l’erreur »***** à la Rousseau, comme quoi l’on doit subir les conséquences de ses actes cf chap.7-8, alors qu’il dénonce ce même Rousseau p23). Poussée à l’extrême, cette position en devient écrasante, puisque pesant pour l’essentiel sur le pauvre ou celui qui est déjà en difficulté, l’enfonçant encore plus. Elle me rappelle en tout cas cet état d’esprit, qui cadre mal avec la culture de l’honneur censée avoir cours dans le corps de Christ, notamment décrite en 1 Corinthiens 12v18-27, et dont le principe est de « donner plus à ceux qui ont moins ».

Et “Honorer”, c’est justement “donner du poids”. Le juste poids, et non “deux poids, deux mesures”, ou faire peser un poids excessif(celui de la responsabilité, par exemple)à celui qui a déjà la tête dans l’eau. Dennis Peacocke semble de fait oublier que Dieu, quoique saint, est aussi miséricordieux(Exode 22v27 ; 34v6 ; Néhémie 9v17, 31 ; Ps.86v15…), et qu’il n’est pas un « distributeur automatique »-de sanctions, comme de bénédictions. « S’il ne pensait qu’à lui-même et retirait à lui son esprit et son souffle, toute chair expirerait ensemble et l’homme retournerait à la poussière »(Job 34v14-15). On pense aussi à la leçon que Dieu donne à Jonas sur la justice : “il n’existe pas de justice sans possibilité de miséricorde. La justice, ce n’est pas appliquer une loi, exécuter une sentence comme l’acte automatique d’une machine, mais la mettre au niveau de l’homme, de son cas particulier. La justice, c’est évaluer la personne humaine, comprendre quand vient le temps de la correction et quand vient celui de la miséricorde”, commente Erri de Luca, dans “Quatre pas avec Iona/Jonas”(IN “Noyau d’olive”. Gallimard, 2004. Folio, pp 98-99). Et on pense enfin à cette autre leçon, donnée par le Seigneur Jésus, à propos d’une question de ses disciples concernant un aveugle né : « qui a péché pour qu’il soit né aveugle, lui ou ses parents ? Jésus répondit : ni lui, ni ses parents. Mais c’est afin que les œuvres de Dieu se manifestent en lui ! Tant qu’il fait jour, il nous faut travailler aux œuvres de celui qui m’a envoyé : la nuit vient où personne ne peut travailler ; aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. »(Jean 9v1-5 cf Jean 8v12, Matt.5v14 et ss, Eph.5v7-9)
Bref, plus qu’à la Bible comme source d’inspiration de la vision du monde de « Partenaire avec Dieu en affaires », on pense à Friedrich von Hayek******(1899-1992), penseur et économiste libéral autrichien. Sa vision économique, dont les effets sociaux ont été les plus critiqués, a servi de fil conducteur à de nombreuses politiques dites « ultralibérales »-les plus emblématiques étant celles de Ronald Reagan et de Margaret Thatcher dans les années 1980-1990-et déployées durant la fin du XXe siècle (et encore aujourd’hui) dans de nombreux pays en développement, sous l’impulsion notamment du FMI dans le cadre de plans dits « d’ajustement structurel »(aide accordée aux pays endettés ou en difficultés, sous conditions souvent contraignantes pour « les encourager à plus responsables »)*******. Néanmoins, D. Peacocke ne parle jamais de Hayek, qui nous semble (sauf erreur) pourtant avoir été l’une des sources principales d’inspiration de son modèle économique, qui nous semble plutôt idéalisé.********

 

Quelle vision du monde biblique, alternative à celle de Dennis Peacocke, proposer  ?

Pour Mathieu Giralt, « la vision du monde chrétienne est définie par la Bible », puisque « c’est la Bible qui nous permet de voir le monde tel que Dieu le voit, c’est à dire tel qu’il est vraiment », et non tel qu’il nous paraît l’être idéalement. « La vision du monde chrétienne commence avec Dieu », puisque « Dieu est le Créateur de toute chose, il règne sur tout et tout lui appartient (Ps 24v1). Donc dans la vision du monde chrétienne, c’est Dieu le centre, pas l’homme. La condition de l’homme s’explique par rapport à Dieu et pas l’inverse ». De fait,

"Possessions", par Andy Singer.  Plus que la culture de la propriété privée ou du propriétaire, il importe de cultiver la conscience de l'appartenance...

« Possessions », par Andy Singer.
Plus que la culture de la propriété privée ou du propriétaire, il importe de cultiver la conscience de l’appartenance…

plus qu’une « culture de la propriété privée »********* ou « l’instinct du propriétaire », il nous paraît plus juste(pour « être » vraiment) de développer la conscience de l’appartenance. C’est à dire la conscience d’appartenir à quelqu’un d’autre de plus grand. Une vision du monde biblique(esquissée dans la première partie de ce billet)nous révèle d’abord qu' »au commencement, Dieu »(Gen.1v1). Dieu créateur, « des cieux et de la terre », comme de l’homme-« créé à Son image et à Sa ressemblance ». Dieu est le seul véritable propriétaire de toutes choses. Il nous met à disposition ce qu’il a créé et nous en confie la bonne(juste et sage) gestion, dont nous aurons à rendre compte devant Lui, sachant que ces biens ne sont pas inépuisables et que nous ne sommes que « de passage » et « locataires », sur la terre.

La façon dont nous gérons ces biens(ou « faisons des affaires ») témoigne de ce à qui(plutôt qu’à quoi)nous appartenons. Dans la parabole des talents racontée par Luc (la lire avec attention en 19v12-27), nous voyons que nous ne sommes pas sur terre pour « faire des affaires » en tant que tel, mais pour témoigner de la souveraineté(dans nos vies, nos biens)de Celui qui est rejeté dans ce monde, en attendant son retour.

Toujours dans l’idée du témoignage, il s’agit aussi de développer et de cultiver l’esprit du gestionnaire et de « l’intendant fidèle »(1 Cor.4v2), appelé à être « dispensateur des diverses grâces[et non de la dureté ou du légalisme] de Dieu »(1 Pierre 4v10), et de servir, non nos propres intérêts(ou ceux d’un « groupe »), mais celui du bien commun, du bien de notre prochain et de notre frère, particulièrement le pauvre. Le moteur d’une action réellement libératrice sera la compassion, à l’image du Maître.

Sachons aussi manifester l’esprit du mystérieux et discret intendant de la parabole des ouvriers(Matt.20v1-16), qui a choisit, non de privilégier « le mérite », mais de témoigner de la bonté du maître de la vigne qu’il connaissait assurément !

Une « économie différente » s’exprimera enfin, outre par l’obéissance, par le don et la générosité.

 

Découvrir :

– le système économique du don ou « le marketing non marchand » ici ;

– une réflexion sur une « éthique sociale chrétienne » ;

– cet article publié dans « La revue Réformée » : « la Bible face à la société idéologique : l’éthique protestante et la mutation du capitalisme » ;

-les livres cités en notes !

– Relire tout l’Ancien Testament(dans cet ordre : « la loi », « les prophètes » et « les psaumes »), ainsi que les évangiles et l’épître de Jacques.

 

Notes :

*L’auteur a plutôt tendance à « diaboliser » l’Etat,  en le traitant de « communiste » ou de « socialiste » pour la moindre intervention de sa part, et jugeant confiscatoire tout impôt des riches. (Op. cit., pp 127, 148-150, 152-154).  Dennis Peacocke semble également insister sur le fait que le pouvoir concentré(comprendre : celui du gouvernement)est une menace pour la liberté. Il a raison. Néanmoins, il semble ne pas voir(même s’il évoque brièvement d’autres éventualités) que le pouvoir peut se concentrer sous plus d’une forme(multinationales, empires de presse…).

Par contraste, les prophètes de l’AT ont su interpeller les souverains pour leur rappeler leurs devoirs et prérogatives(Jérémie 21v11-12, Daniel 4v24), comme une mère a su exhorter son fils, le roi Lemuel, à « ouvrir la bouche pour le muet… »(Prov.31v8-9) Sans “berger”(terme qui désigne un chef politique ou toute autre autorité cf Nombres 27 et de nombreux psaumes), nous avons “la loi de la jungle” décrite en Ezéchiel 34. Il importe d’encourager l’esprit du berger et de rejeter celui du mercenaire(Jean 10v11-13) .

Curieusement encore, Dennis Peacocke estime que l’Etat ne devrait pas être « proactif » mais « réactif »(op. cit., pp152-154). Affirmation qui semble contradictoire avec ce que Dieu dit de lui-même dans sa parole : « je suis l’Eternel qui te guérit »(Exode 15v26). Ici, selon le contexte du passage, il s’agit d’une médecine préventive, où le médecin a surtout un rôle d’éducateur et d’enseignant qui apprend aux autres comment prendre soin d’eux-mêmes. “Celui qui prend soin”, qui est le premier sens du terme de « thérapeute »(cf ce rôle de Dieu en Genèse 2v16-17, 3v11 par exemple ). Mieux vaut prévenir que guérir, dit-on. Ainsi, si Dieu avait pris à la lettre les recommandations de Dennis Peacocke sur le rôle de l’Etat, Il aurait confié la gestion de la crise annoncée en Gen.41 à des investisseurs privés et n’aurait pas élevé Joseph à la tête de l’Etat. Celui-ci « aurait fait des affaires » en Egypte, et serait devenu un « leader économique » après avoir prospéré, appelé à gérer la crise qui se préparait. Or, c’est l’Etat qui, avec Joseph, a anticipé et su parfaitement gérer une crise que personne(dont « les propriétaires », ou “les capitalistes”) n’avait vu venir. Le détail et les résultats positifs de sa politique économique quelque peu « interventionniste »(il n’a pas attendu que la crise n’arrive pour « réagir » : cela aurait été trop tard) peut se lire en Gen. 41 et 47.
** On reste perplexe devant cette anecdote racontée par Peacocke, assistant à une conférence organisée pour des exécutifs chrétiens(op. cit., p 90) : “plusieurs dirigeants, parmi les cinq cents plus grands plus grandes entreprises aux Etats-Unis, ont commence à dire à quel point l’année qui s’écoulait avait été difficile pour eux d’un point de vue personnel. Leurs salaires étaient toujours élevés, dans les six chiffres, leur santé et leur famille allaient bien. Leur problème étaient liés aux licenciements qu’ils devaient effectuer” : 18000…11000…ou 6000 employés. « La douleur et l’angoisse que je ressentais dans leurs témoignages étaient profondes, ells ont change ma vie”, ajoute Peacocke. “Le fait de porter ce genre de responsabilités pour d’autres mérite une bonne compensation(sic), mais elle ne doit pas exhorbitante”. On cherche le « sacrifice » de ces chefs d’entreprise, sans doute tout de même un peu travaillés d’avoir à licencier des milliers d’employés, mais sans pour autant que leur niveau de vie change…

En comparaison avec ce qui précède, l’exemple de wal-mart, pris comme modèle de principes fondamentaux, “à la base d’une vision chrétienne du leadership, dans l’entreprise”(pp83-84)n’aurait pas plus être mal choisi, surtout quand l’entreprise est connue pour ses pratiques de dumping social : le film-reportage américain, « Wall-Mart, le géant de la distribution », de Rick Young et Hedrick Smith (2004) fait de Walmart un cas d’école sur les conséquences sociales et économiques de l’idéologie néolibérale à l’échelle d’un pays (les États-Unis) tout entier. Article11 – Le triomphe de Wal-Mart : de l’esclavagisme comme modèle de développement – Lémi ; Wal-Mart à l’assaut du monde, par Serge Halimi (Le Monde diplomatique, janvier 2006) ; Pourquoi Wal-Mart et McDo coûtent des milliards de dollars aux contribuables ; Walmart — Wikipédia ; http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/393287/le-cynisme-de-wal-mart-et-mcdo-dechaine-les-critiques ; Les travailleurs étasuniens montent à l’assaut de Walmart

 

***Voir aussi sa vision négatives des aides ou des programmes sociaux, qu’il estime « encourager la paresse et l’assistanat » ou même de nature à « empêcher que l’on subisse les conséquences de ses mauvais choix » (Op. cit., pp 73-74)

 

****Peacocke généralise d’ailleurs un exemple dit “vécu” aux pp 73, 89-90. Or, généraliser, c’est stigmatiser. Nous aurions préféré une préoccupation plus sérieuse pour les conditions de fabrication de certains produits venant du tiers monde.

 

***** Sunstein et Thaler soulignent, dans « Nudge »(Pocket), qu’”il y a des limites aux vertus de l’apprentissage par l’erreur. Si vous voulez que les enfants prennent conscience du danger très reel des piscines, nous ne croyons pas”, disent-ils, “que le meilleur moyen soit de les faire tomber dedans en espérant qu’ils s’en sortiront. Les touristes, à Londres, doivent-ils se faire renverser par un bus à impériale pour apprendre à regarder à droite ?”(op. cit., p 379)

 

******  Dans « La Route de la servitude »(1945), Hayek défend la thèse que toute forme de dirigisme économique porte en germe la fin de la liberté individuelle, une valeur qu’il place au-dessus de toutes les autres, comme l’équité ou la solidarité. La coercition commence donc dès que s’impose l’idée de la justice comme justice distributive, impliquant nécessairement l’intervention de l’Etat se substituant à l’échange entre l’offre et la demande, et remplaçant la concurrence par la planification ou l’intervention discrétionnaire dans l’économie.  Enfin Hayek avance la thèse suivant laquelle toute action comporte inévitablement des conséquences non-intentionnelles, des effets inéluctables sur l’ensemble des autres individus vivant dans le même environnement socio-économique, ce qui semble justifier à ses yeux l’argument voulant qu’il soit pratiquement impossible, voire moralement illégitime et politiquement délétère, de confier à l’État la gouverne des affaires économiques et sociales. Cette thèse est peut-être la plus importante, mais elle trouve un contre-exemple biblique édifiant dans la politique économique de Joseph, alors vice-roi d’Egypte. (cf Friedrich A. Hayek:Un entretien avec Robert Nadeau – Catallaxia ; http://www.revue-projet.com/articles/2008-2-critique-de-la-justice-sociale-selon-hayek/ ; http://www.toupie.org/Dictionnaire/Neoliberalisme.htm )

Enfin, Dennis Peacocke, qui dénonce les idées de Darwin(op. cit., pp 131-132), aurait pu rappeler qu’Hayek affirmait que c’est de l’économique que Charles Darwin aurait tiré les idées de base de sa théorie de l’évolution, et que c’est la lecture d’Adam Smith en 1838 qui aurait profondément influencé Darwin…(cf http://www.er.uqam.ca/nobel/philuqam/dept/textes/Evolutionnisme_economique.pdf ; http://lepouillou.pagesperso-orange.fr/hayek.pdf )

Par contraste, on relève une vision caricaturale de Keynes et de sa politique (avec des citations hors contexte et non sourcées) aux pages 53-54, qui rappelle celle de Niall Ferguson : pour ce professeur d’histoire de la finance à Harvard, “Keynes n’avait pas de vision de l’avenir parce qu’il était gay et n’avait pas d’enfant”. Des propos pour lesquels il s’est excusé.

******* « Ajustement structurel » : de l’anglais structural adjustment. Les programmes d’ ajustement structurel (ou réforme structurelle), d’inspiration libérale, mis en place dans les années 1980, à la demande des institutions internationales(FMI, Banque mondiale)comme condition d’un rééchelonnement de la dette de pays en développement comportement en général deux volets : l’un portant sur “les grands équilibres”(stabilité de la monnaie, finances publiques, comptes extérieurs…), l’autre sur des réformes dites structurelles(désengagement de l’Etat, libéralisation du commerce extérieur..). Ils ont en général induit une diminution de l’investissement, des transferts sociaux(au détriment de la santé et de l’éducation)une diminution des effectifs d’agents de l’ Etat, l’abandon des monopoles publics(l’énergie, par exemple) et la réduction de la protection aux frontières.

 

******** A noter que Dennis Peacocke prétend ne pas défendre un système économique en particulier(op. cit., pp 31-32, 45, 91-92) pour mieux tomber dans ce piège tout au long du livre. Car il donne une caution chrétienne et biblique au capitalisme libéral-et même de façon particulière au néolibéralisme qu’il présente comme la seule alternative, même si, ici ou là, il met parfois en garde contre certaines dérives(op. cit. pp 59-61, 134) : “le capitalisme se développe seulement là où existe une vision biblique”. C’est à dire une vision “fondé sur l’investissement, aujourd’hui, de ressources en fonction de la foi en un avenir qui dépend d’un Dieu fidèle en son alliance.”(op. cit., p 134).

D’autres auteurs chrétiens (notamment protestants/protestants évangéliques) ne partagent pas ce point de vue ou alors prennent plus de recul à ce sujet :

George Winston compte “le capitalisme exploiteur” parmi “les totalitarismes modernes”(« L’Eglise avec un grand E ». Ed. Ourania, 2010. Questions de foi, p 163), avec le marxisme, le nazisme, le “laïcisme militant »[mais non la laïcité], qui “se basent sur des religions inavouées qui sont idolâtres” et “où l’homme, mesure de toute chose, se prend lui-même comme objet religieux. Le christianisme n’est ni collectiviste, ni individualiste”.

Scott Mac Carty voit dans le capitalisme la forme “la plus en vue”, au XXIe siècle, du matérialisme économique.

Le docteur Albert E. Greene, dans “à la reconquête de l’éducation chrétienne”(ACSI, 2014), souligne que nos systèmes économiques, tels que le capitalisme et le socialisme, “ne sont pas autonomes. Ils ne détiennent aucun pouvoir en eux-mêmes pour nous doter de biens ou pour pourvoir à nos besoins. C’est Dieu qui le fait et Il s’adresse à nous par les réserves économiques qu’il met à notre disposition”. A nous d’en user de façon responsable, “en pensant particulièrement aux pauvres et aux défavorisés”. (op. cit., pp 229-230)

Le pasteur Gilles Boucomont est peut-être le plus sévère de tous : selon lui, “notre bon vieux capitalisme” est “bien plus” qu’un simple système économique. D’autant plus que “ce qui crée le plus de richesse aujourd’hui, c’est la spéculation sur les trends à la hausse et à la baisse en bourse, soit des paris sur la hausse et à la baisse de produits virtuels que sont les produits financiers inventés depuis les années 80. Ce sont ces mêmes produits qui font artificiellement chuter le système en quelques heures, avec trois clics sur un clavier d’ordinateur dans telle ou telle banque. Et ce sont ceux qui produisent les vraies richesses qui paient la facture, via l’Etat, pour refinancer un gigantesque casino virtuel, où quelques-uns s’amusent avec le plus grand sérieux”. Et Gilles Boucomont de qualifier “le capitalisme dans sa forme incontrôlable”[financiarisé]comme “ une religion entrée en lute contre la foi veritable (cf 1 tim.6v6-10), où posséder est devenu un but en soi”. C’est “une religion qui lute contre Dieu, contre toute construction équilibrée des relations entre les nations, entre les institutions et entre les personnes. Il lute contre l’équité entre le nord et le sud. Il met à mal chacun des dix commandements, depuis celui sur la convoitise, qui est la base même du système marchand, en passant par le commandement sur le vol, celui-ci étant nécessaire pour piller les nations de l’autre hémisphère. Il fait de l’humain un esclave, notamment sexuel. Il détruit le repos du peuple et les jours mis à part, remettant en place un pharaonisme du travail obligatoire chaque jour, même le dimanche. La planète hurle face à la maltraitance qu’on lui fait subir(…). L’amour de l’argent est la base du capitalisme actuel (« Au nom de Jésus : mener le bon combat », T2, Ed. Première partie, pp188-189). Ailleurs, il dénonce une certaine théologie de la prospérité, “basée sur un mauvais calvinisme”(ou un calvinisme mal compris), qui, “revisitée à l’heure du capitalisme outrancier, devient un opportunisme pour les croyants », « Dieu est juste un associé, un banquier, qui doit faire prospérer mes affaires”. (op. cit., p203)

Enfin, Dennis Peacocke aurait pu rappeler certaines mises en garde d’Adam Smith, qu’il cite souvent comme modèle : cet auteur libéral insistait sur le rôle du gouvernement dans la gestion des biens publics et sur la nécessité de plafonner le taux d’intérêt pour éviter les paris délirants. Il estimait aussi qu’« aucune société ne peut prospérer et être heureuse, dans laquelle la plus grande partie des membres (les travailleurs) est pauvre et misérable ». Sans compter son grand message oublié.

Voir encore ces débats : peut-on être chétien et (néo)libéral ?

http://www.lavie.fr/debats/chretiensendebats/peut-on-etre-chretien-et-liberal-25-10-2013-45809_431.php

http://www.gaelgiraud.net/wp-content/uploads/2013/05/LEXPRESS_15052013.pdf

Rapport néolibéralisme et éthique protestante  : http://scd-theses.u-strasbg.fr/2341/01/LEE_Bong-Seok_2011.pdf

********* Faire de la propriété la clé de voute d’un système n’est-il pas illusoire, pour ne pas dire dangereux ? On se souvient des mécanismes ayant conduit à la crise de 2008. D’autre part, La Fondation Abbé Pierre rappelait que le fait d’être propriétaire n’excluait paradoxalement pas du mal-logement. Dans la 16ème édition de son rapport annuel(2011), la fondation relevait à l’époque que 3,6 millions de Français se trouvaient en situation de mal-logement, de fragilité ou de précarité. Devant ce constat accablant, la politique du gouvernement de l’époque en matière de logement (la volonté de Nicolas Sarkozy et du gouvernement de faire d’abord « une France de propriétaires ») avait été vivement critiquée. Comparer avec son 19e rapport 2014.

 

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