Quels livres emporter sur une île déserte en 10 étapes ?

Sommes-nous ouverts et disponibles pour les "bons livres" ? Jeune lecteur par Francisco Farias Jr

Sommes-nous ouverts et disponibles pour les « bons livres » ? Jeune lecteur par Francisco Farias Jr

La « liste de livres à lire », variante du fameux jeu de « l’île déserte », est l’habituel « marronnier » de l’été. C’est aussi l’occasion de faire quelques bonnes découvertes. Ensuite, le choix dépend beaucoup du but et de l’intention initiale : pour quelles raisons emporter tout un tas de livres sur une île déserte ? Et d’ailleurs, pourquoi partir sur une île déserte ? Pour combien de temps ?
Quels sont les paramètres à prendre en compte pour choisir les titres à emporter ?

Premièrement, méfiez-vous de ce qui vous est (trop)familier, surtout le titre avec lequel vous êtes en plein accord, et que vous connaîtrez par cœur au bout de trois jours. La stimulation intellectuelle sera quasi nulle. De même, il est risqué de prendre le dernier « best-seller » (de l’été ou non), qui vous marquera un temps et dont vous aurez vite épuisé l’intérêt au bout d’un mois.
Ensuite, il est important de varier les genres et les styles. Celui qui choisit « l’intégrale de Proust », sous prétexte « que c’est gros », risque vite d’en revenir. Supportera-t-il encore Proust après six mois passés en sa compagnie ?….
Bref, il est essentiel de choisir de « bons livres ». Et qu’est-ce qu’un « bon livre » ? Un « bon livre » est celui qui nous ouvre de nouveaux horizons, au contraire du « mauvais » qui ne nous offre que de « l’attendu ». Cela implique que nous soyons nous-mêmes ouverts et disponibles pour les « bons livres ».
Ensuite, un « bon livre » est celui qui donne envie de le relire. Qui offre de nombreuses grilles d’analyses possibles, et de multiples renvois à d’autres œuvres, permettant une lecture dynamique. Enfin, un « bon livre » n’est pas à notre service : il doit nous stimuler et nous énerver. Car, rien de plus dangereux qu’un livre « à 100 % fascinant ou satisfaisant », ou pire, qu’un livre « qui nous délasse », le statut « pavé de plage » justifiant que l’on laisse son cerveau et son esprit critique au placard, sous prétexte que l’on cherche simplement du « divertissement ».

Ceci dit, voici donc les recommandations de Pep’s Café !, par exemple pour un séjour en île déserte : une liste se voulant diverse, européenne(on y retrouve quelques anglophones), ludique(puisqu’il s’y cache d’autres titres)-avec une touche parodique-dont l’idée et la structure s’inspirent d’un autre blogue. Que vous disposiez de deux mois ou « de deux ans de vacances… »

1/ La Bible : « Les livres ». Une bibliothèque idéale à en un volume. Une source inépuisable d’inspiration et pour mieux découvrir Son auteur…
Et même, à l’instar de Robinson(1), plusieurs éditions ou traductions de la Bible-surtout celles dont vous n’avez pas l’habitude. Pour ma part, en ce moment, c’est plutôt la Bible Nouvelle Français Courant (NFC), et la Traduction Oecuménique de la Bible (TOB). Lisez-la(particulièrement les livres qui vous sont moins familiers. Pep’s Café ! propose d’ailleurs plusieurs plans de lecture), méditez-la, étudiez-la, mémorisez-la, déclamez-la,  proclamez-la, et affirmez-la.

2/ Erri de Luca, bien sûr. Ses étonnantes et excellentes « exégèses » ou méditations bibliques : « Et il dit », « Première heure », « Noyau d’olive », « une tête de nuage », « comme une langue au palais »… Un recueil de poèmes : « Aller simple », ses nouvelles : « Le Contraire de un », et des récits, « la nature exposée », « Impossible »…. Prenez-les tous pour découvrir un écrivain « vivant » et atypique dans toutes ses facettes. Et pour vous donner envie de lire la Bible.

3/ Des philosophes et penseurs, chrétiens ou non(2) ; des écrits pour réfléchir, résister et s’engager :  

Kierkegaard, qu’il faut lire et relire. Par exemple, en commençant par ses  « discours chrétiens » : « Pensées qui attaquent dans le dos » aux éditions « Première partie », dans lesquelles l’auteur se fait « éveilleur » et « réveilleur » ; « Les soucis des païens », dans lesquels, au travers les enseignements de l’oiseau et du lys, nous sommes ramenés aux vraies questions : pauvreté et abondance, insignifiance et grandeur, témérité et angoisse. Voir également « Ou bien, ou bien » et le « Traité du désespoir », la synthèse de toute son oeuvre [pour l’anecdote, Dietrich Bonhoeffer(3) l’avait conseillé en guise « d’antidote », parmi d’autres, depuis sa prison, à sa fiancée qui lui demandait un conseil de lecture]. Ou encore son « Crainte et tremblement », un traité d' »épouvante existentielle » dans lequel il est question, à travers l’exemple du sacrifice d’Abraham, du rapport personnel de l’homme à Dieu : l’existence humaine se limite-telle à une série de devoirs, ou bien l’homme est-il appelé à quelque chose de plus grand ? Une philosophie à découvrir, puisque centrée, non sur la raison mais sur l’absolu. Un absolu auquel l’individu se confronte concrètement. Ou comment vivre la vérité (pour qu’elle soit non abstraite ou purement théorique, mais « subjective », « vraie pour moi »)et à vivre, par la foi, une relation personnelle avec Dieu-un Dieu également personnel.

Jacques Ellul. Le récent « Vivre et penser la liberté » (Edition critique de Jean-Philippe Qadri. Labor et Fides, 2019), recueil de textes jusque-là inédits/confidentiels, est une bonne porte d’entrée pour découvrir les versants sociologiques et théologiques de l’oeuvre de ce penseur protestant. Plus encore, cet ouvrage sur ce thème éternel nous invite à « changer la vie » en retrouvant « la liberté d’être ».

Michaël Walzer et ses Sphères de justice. Ce professeur émérite à l’Institute of Advanced Studies de Princeton, et l’un des principaux philosophes politiques américains contemporains, élabore une conception pluraliste de la justice, à l’opposée d’une théorie universelle et abstraite de la justice à la John Rawls, qui pose les bases d’une philosophie politique adaptée à un monde de valeurs conflictuelles. L’auteur soutient qu’il existe des sphères de justice distinctes, correspondant chacune à une conception particulière d’un type de bien entretenue au sein d’une communauté donnée, et relevant de critères de distribution spécifiques. Ce qui vaut dans la sphère économique ne se laisse pas transférer dans la sphère de l’éducation, ou dans celle du pouvoir politique. Contre l’égalitarisme « simple » qui vise à distribuer les biens de manière égale à moins que ce soit à l’avantage de tous d’admettre une inégalité, Walzer propose une théorie de l’« égalité complexe » : une société régie selon ce principe est une société dans laquelle aucun type de bien ne peut dominer les autres. Tout passage illégitime d’une sphère à une autre conduit à une forme spécifique de tyrannie.

« Les frères Karamazov », de Dostoïevski : un monument de la littérature mondiale et un roman russe métaphysique, en forme d’énigme policière et d’imbroglio familial (lequel des « frères Karamazov » a tué leur père ?). Idéal pour se dépayser géographiquement, culturellement et spirituellement, en cherchant Jésus-Christ, « le Véritable et la vie éternelle » (1 Jean 5v20). En prime, la fameuse « légende du Grand inquisiteur ». Des passionnés en parlent ici.

Des écrits de jeunes, témoignant d’un engagement certain et d’un certain itinéraire spirituel :

« Lettres et carnets » de Hans et Sophie Scholl, deux jeunes frère et soeur allemands exécutés par les Nazis, le 22 février 1943 pour avoir élaboré et distribué 6 tracts du réseau de résistance « la Rose Blanche ». Lui avait 25 ans et elle 22. Une lecture recommandable aux jeunes gens, lycéens et étudiants qui y trouveront à la fois la spontanéité de la jeunesse, les contraintes du contexte historique, et les interrogations sur le sens de la vie et de l’histoire.

4/ Des livres pratiques et de référence : Un bon livre de cuisine : Pour s’y faire les dents, rêver des bons plats à faire, et être capable d’accommoder n’importe quoi à n’importe quelle sauce. Et un bon vieux dictionnaire-encyclopédique, pour apprendre de nouveaux mots et jouer au fameux jeu(du dictionnaire).

5/  Gilles Boucomont : pasteur de l’église unie de Belleville, à Paris et animateur de blogue(un billet tous les tremblements de terre, mais qui vaut le détour à chaque fois). Il est aussi l’auteur de deux ouvrages, édités chez « Première Partie » : « Au nom de Jésus, libérer le corps, l’âme, l’esprit » et « Au nom de Jésus, mener le bon combat ». Un séjour sur une île serait donc l’occasion de le lire.

6/Des romans(4) : il est utile, surtout en ce moment, d’emporter « Depuis 2000 ans » de Mihail Sebastian : un roman autobiographique(version romancée de son « journal ») qui retrace les dix années de vie d’un jeune juif roumain, de 1923 à 1933. Confronté aux violences de l’antisémitisme-jusque dans les universités et dans les milieux intellectuels, il s’interroge sur les causes qui le nourrissent depuis 2000 ans. Voir aussi son stupéfiant « journal » de 1935 à 1944, un document incomparable sur cet antisémitisme qui a sévi en Roumanie dans les années 30-40 et qui n’a été publié là-bas qu’en 1996, soit 50 ans après sa mort.

Lire aussi « Le Tentateur » d’Hermann Broch : roman posthume qui raconte comment un personnage assoiffé de pouvoir mystifie la population d’un petit village autrichien.

Sans oublier des romans de Romain Gary : une œuvre-  que j’explore et apprends à apprécier – puisant ses racines dans des traditions peu connues en France, tels l’humour juif et les conteurs russes. Ancrée dans la résistance au totalitarisme et le souvenir de la Shoah, cette oeuvre prône un humanisme généreux, ouvert à la diversité culturelle, tout en dénonçant inlassablement toutes les exclusions. Et qui plus est, portée par une grande créativité formelle et un humour ravageur. Pour commencer, pourquoi pas « la promesse de l’aube », autobiographique et l’un de ses livres les plus réussis, suivi de « Les Racines du ciel », prix Goncourt 1956 et considéré comme étant l’un des premiers romans écologistes, où, au-delà de la problématique du sort des éléphants d’Afrique, se déroule une lutte à la fois tragique et héroïque au service de la beauté de la vie et de la dignité de l’homme. Sinon, il y a aussi le déjanté « La Danse de Gengis Cohn », dénonciation corrosive et impitoyable de la torture qu’impose à l’homme la tyrannie des idéologies, sans oublier une vertigineuse mise en abyme.

7/ Des livres d’« aventure et de voyage ». Des ouvrages drôles ou cocasses, permettant de passer à autre chose, tels :

« En Patagonie » de Bruce Chatwin. Ou le récit authentique d’une aventure qui a commencé par ce que l’auteur, enfant, croyait être « un morceau de brontosaure »… Le récit d’un voyageur(et non d’un « touriste »), doublé d’un excellent observateur.

« Pas de vacances pour Immense Savoir » de Mark Salzman : les aventures d’un Candide ou « d’un Tintin chinois pris entre le bouddhisme et les Gardes rouges » et un hommage à un grand classique de la littérature chinoise, « La pérégrination vers l’Ouest » de Wu Cheng ‘en. Une utile initiation (pour ceux que cela intéresse, avec une visée missionnaire ou non) à la culture chinoise(par quelqu’un qui a vécu en Chine) et aux multiples différences culturelles séparant orient et occident. Un regard distancié et critique sur les religions (la nuance est importante), les cultures et les traditions, y compris le matérialisme et la société dite « de consommation, d’abondance et de prospérité »(religion moderne ?) de notre occident, dans les 1970’s. Sont également mis en valeur les notions d’engagement et de fidélité.

« L’Odyssée » d’Homère, ou l’histoire d’un retour qui a pris 10 ans…De là à dire la durée de votre séjour sur l’île déserte…

« Don Quichotte » de Cervantès (1547-1616), que tout le monde « connaît » sans l’avoir réellement lu. Parce qu’il s’agit là d’un chef d’œuvre de la littérature mondiale – au même titre que, pour ne citer que celui-là, « Guerre et paix » [qui n’est pas « guère épais » !] de Tolstoï – grand succès d’édition à l’époque et considéré comme le premier roman moderne. Et parce qu’il est un remède à l’indifférence, mal moderne.

« Le merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la suède », de Selma Lagerlöf : en édition intégrale chez Actes sud (2018). L’occasion de (re)découvrir ce classique de la littérature scandinave, qui est un vrai roman, ayant su dépasser son cadre didactique de base (de livre de commande pour enseigner la géographie de leur pays aux enfants suédois) et éviter l’écueil du manifeste nationaliste. Paru en 1906, il s’agit aussi de l’un des premiers romans écologiques (bien avant « les racines du ciel » de Romain Gary), « un hymne aux capacités de l’homme qui sait rester maître de ses outils, et un plaidoyer pour le provincialisme – écrit à l’époque où l’on célébrait autant la machine que les nationalismes ».

« Les découvreurs », de Daniel Boorstin (Bouquins, 1988) : Sous une forme vivante, enlevée, et très personnelle, le récit de la plus grande aventure humaine, celle de sa quête pour découvrir le monde qui l’entoure.  Une « histoire sans fin », car, pour les découvreurs, « le monde entier est encore une Amérique. Et les mots terra incognita sont bien les plus prometteurs que l’on ait jamais écrits sur les cartes de la connaissance humaine « .

8/ Un peu de SF avec « Le cycle du Bourreau » de Gene Wolfe. Une œuvre remarquable pour l’écriture très riche en allusions et influencée par la foi catholique de son auteur. Intriguant et déroutant. Une invitation à une lecture attentive. A moins que le cycle de « la Culture » de Iain M. Banks ne vous tente, et dans lequel il est question d’une étonnante société pan-galactique tolérante, hédoniste, égalitaire, multi-culturelle, décentralisée, impérialiste et expansionniste, dirigée par des intelligences artificielles « bienveillantes ». 9 volumes, dont (pour commencer) : « l’homme des jeux », « l’usage des armes », « une forme de guerre », « le sens du vent »…

9/ De la BD, ou plutôt, des « romans graphiques » : « Economix » de Michael Goodwin et Dan E. Burr, et « Maus », d’Art Spiegelman. Sans oublier, dans d’ autres genres, « Mafalda » de Quino, « Calvin et Hobbes » de Bill Waterson et « Le Baron noir », une fable politique de Got et Pétillon…

10/ Plusieurs grands cahiers et carnets, et de quoi écrire le livre manquant.

 

Notes :

(1) « Robinson Crusoé » (traduction de Françoise du Sorbier) de Daniel Defoe . Pour explorer les possibilités d’une île : la vôtre.

(2) D’autres auteurs inspirés par la Bible, chrétiens ou non : 

Dostoïevski, inspiré par la personne de Jésus-Christ. Voir « L’idiot » ou « les frères Karamasov », pour leur figure du Christ.

Victor Hugo, un auteur complet (romans – Les Misérables, poésie – Les Contemplations, théâtre – Hernani…) et un intellectuel engagé, qui trouve son inspiration, outre dans son imagination débordante, dans l’observation de son temps qu’il analyse avec passion, mais comme au travers d’un prisme : la Bible. Selon Hugo, le Dieu de la Bible permet d’expliquer le Bien et le Mal dans un monde qui ne peut qu’être créé.

Saint-Exupéry, qui ne s’est jamais présenté en chrétien, mais dont l’œuvre comporte des principes bibliques : « Citadelle », un recueil de réflexions de l’auteur du « Petit Prince » sur la condition de l’homme et son lien à Dieu. Une oeuvre qui comporte plusieurs niveaux de lecture.

Charles Péguy : un auteur chrétien catholique engagé, mort au front le 5 septembre 1914,  et pour qui la foi, inspirée de la Bible, ne peut être qu’en action. Voir, par exemple, son œuvre poétique(« Le Mystère des Saints innocents » ou « Le Mystère du porche de la deuxième vertu », une méditation en versets, plutôt qu’en vers, sur l’espérance, l’amour de Dieu et l’innocence) ou son « Notre jeunesse »(un texte écrit après sa conversion et dans lequel l’auteur revient sur tout son parcours depuis l’affaire Dreyfus. Une sorte de « testament ».)

(3) De Dietrich Bonhoeffer, essayez, par exemple, Vivre en disciple/Le prix de la grâce. Labor et Fides, 2014. Dietrich Bonhoeffer rédige cet ouvrage lorsqu’il est directeur du Séminaire de formation théologique et pastorale de l’Église confessante en Allemagne, sous Hitler, à Finkenwalde (1935-1937). La première partie est consacrée au Sermon sur la Montagne et à l’appel de Jésus aux disciples : « Suis-moi ». La seconde traite de l’Église, à partir de l’apôtre Paul. Dans ce texte, la grâce apparaît avant tout comme « une grâce qui coûte » (à l’opposé de la « grâce à bon marché »).

(4) Si vous avez encore de la place dans vos bagages, osez vous attaquer à des cycles romanesques ou des romans cycliques : par exemple, « Les hommes de bonne volonté » (seraient-ce ceux capables de lire les 27 volumes ?) de Jules Romains : une vaste fresque du premier quart du vingtième siècle secoué par la guerre de 1914 et par les bouleversements sociaux qui l’ont précédée et suivie. Une multitude de personnages, issus de toutes les classes sociales, de “bonne” comme de “mauvaise” volonté. A lire d’une traite ou par blocs de trois ou quatre, si vous êtes en forme.
A moins que « la comédie humaine » de Balzac ne vous tente…

Si vous disposez de deux mois, ou moins, privilégiez la Bible, Erri de Luca, Kierkegaard, Romain Gary, le livre de cuisine, et le dictionnaire. Sans oublier un cahier et de quoi écrire.

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