Comment, pourquoi et pour qui Jésus est-il venu dans le monde ?

Sauf erreur de ma part, les protestants évangéliques n’aiment pas les crèches. De même qu’ils n’aiment pas voir certaines représentations de Jésus sur la croix. Peut-être par crainte que l’on ne laisse Jésus dans la crèche, à l’état de « bébé permanent », ou que l’on le laisse sur la croix, oubliant qu’Il est « aussi » ressuscité.

Néanmoins, il importe de se souvenir dans quelles circonstances(et pour quelle raison)

Il est venu dans ce monde :

C’est pour cela que je vous propose quelques lectures des évangiles à ce sujet :

Matt. 12, 9v10-13

Marc 1, 2v15-17, 10v32-45

Luc 124

Jean 1, 10

Avec quelques épîtres du Nouveau testament :

2 Corinthiens 8v9

Philippiens 2v1-11

Sur ce, bonnes lectures et  joyeux Noël !

Et avec une pause nécessaire pour ce blogue, avant de reprendre au plus tard le 11 janvier, jour d’anniversaire de Pep’s Café !

En attendant, vous pouvez lire et relire les billets précédents et rédiger(si vous le souhaitez) des commentaires au pied des articles.

« Si vous ne connaissez pas Dieu, Il vous ressemblera beaucoup ! »

On se souvient qu’en Horeb, Dieu s’était fait, non pas voir, mais entendre du ciel, « au milieu du feu »(Deut.4v10-20, 33-36), afin que le peuple se garde de faire une quelconque représentation de Dieu qui devienne une idole, et afin que le peuple reconnaisse que « L’Eternel est Dieu et qu’il n’y en a point d’autres ».
Dans tous les cas, il est toujours périlleux de tenter de se faire sa propre image de Dieu, car celle-ci sera forcément « à notre image » et donc réductrice et fausse. Danny Silk le dit fort bien autrement et de cette façon :
« Si vous ne connaissez pas Dieu, Il vous ressemblera beaucoup. Vous l’inventerez selon votre convenance et vous tiendrez le rôle de rockstar dans cette relation.
Quand nous ne savons pas qui est Dieu parce que nous ignorons Son amour et la façon dont celui-ci se manifeste, nous prenons peur et Le transformons, Lui et notre relation avec lui, en quelque chose que nous connaissons déjà »(« La culture de l’honneur » de Danny Silk. Hermeneia, 2012, p118)

Dans le même ordre d’idée, toute adaptation cinématographique de la Bible est révélatrice de l’image de Dieu du réalisateur, que celui-ci nous laissera à travers son oeuvre.  L’enjeu est là, puisque c’est cette image véhiculée(que Jésus soit représenté, par exemple, « blond » ou avec « de beaux yeux ») qui restera dans les esprits et les coeurs.

Dans ce cas, que retenir d’essentiel dans tout cela ?

L’essentiel-et ce qui fait sens- est de ne pas « chercher à voir Dieu », au risque de l’enfermer dans une représentation limitée et donc fausse, mais de « chercher Dieu » : soit chercher Sa présence, Sa communion, et chercher à l’écouter pour faire Sa volonté.

Sachant que Dieu ne peut être connu que par révélation et non par spéculation.

Ainsi, une lecture attentive et droite du seul Ancien Testament nous révèle déjà non un Dieu « sanguinaire » ou « inoffensif », mais le « Dieu terrible », le Dieu saint, « un feu dévorant », et le Dieu compatissant, le Dieu bon, défenseur de la veuve, de l’orphelin, du pauvre et de l’étranger.
Cependant, la révélation la plus complète de Dieu est celle que nous pouvons discerner en Jésus-Christ, dans le Nouveau Testament : Jésus-Christ, « la Parole faite chair », « qui a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité », qui nous révèle « Dieu le Père ».
« Personne ne vit jamais Dieu »(car nul ne peut voir Dieu et vivre), mais « Dieu le Fils unique, qui est dans le sein du Père, est celui qui l’a fait connaître »(Jean 1v14, 18 cf Jean 14v6-11, 1 Jean 1v1-2 et 5v20-21)

Vous l’avez compris : la découverte de Dieu, du vrai Dieu, ne peut s’affranchir de la lecture de la Bible, la Parole de Dieu écrite, qui témoigne de Jésus, la Parole de Dieu faite chair(Jean 5v39). Demandez donc sincèrement à Son auteur(Dieu lui-même) de vous aider à la comprendre : Il vous répondra.

Ne cherchons donc pas « à voir Dieu » et « gardons-nous des idoles »(1 Jean 5v21). Mais cherchons-le, et désirons l’entendre pour lui plaire à tous égards, le connaître personnellement et véritablement.

« Semez selon la justice, moissonnez selon la miséricorde, Défrichez-vous un champ nouveau ! Il est temps de chercher l’Eternel »(Osée 10v12)

Outre une lecture proposée d’Esaie 40-66(en plus de plans de lecture de la Bible) pour se faire une première idée de Dieu et de son engagement vis à vis de l’homme, la vision des adaptations cinématographiques suivantes de certains livres de l’Ancien et du Nouveau Testament vaut le coup d’oeil :

« L’Evangile selon St Matthieu » de Pasolini(1964, Italie), une adaptation européenne, à mille lieux des adaptations hollywoodiennes.
« L’histoire de Ruth » d’Henry Koster(1960, USA), une adaptation originale où l’on découvre un Dieu compatissant.
« Ben Hur » de William Wyler(1959, USA), pour son choix délibéré d’une « non représentation » de Jésus-Christ. Musique du film de Miklós Rózsa.

Et « Jésus », une version filmée selon l’Evangile de St. Luc. Produit par John Heyman, et réalisé par Peter Sykes et John Krish en 1979.  Présenté sur le site d’Agapé France et visible dans son intégralité ici.

Mais ne l’oubliez pas : aucune adaptation cinématographique, aussi excellente soit-elle, n’est à proprement parler « inspirée » : la Bible, si.

L’adversaire de François(homme de l’année 2013) a un nom : « la finance »

Nommé il y a quelques jours « personnalité de l’année » par le magazine américain Time, le pape catholique François (dont nous avions déjà parlé) a fêté le 17 décembre ses 77 ans avec  quatre sans-abris séjournant dans le quartier autour du Vatican.

En quoi un tel événement peut-il intéresser un « protestant évangélique » ?

Tout d’abord, parce qu’« il ne s’agit pas d’un prix, mais d’une reconnaissance d’impact*. Aussi est-il significatif de noter que depuis 1927, seules six personnalités religieuses** ont été ainsi reconnues par le prestigieux magazine », comme le rappelle le sociologue et historien du protestantisme Sébastien Fath dans une note de (son) blogue, « Une distinction rare : le pape François, homme de l’année 2013 (Time) » publiée le 19/12/13.

M. Fath relève d’ailleurs « que François est le seul pape à avoir été nommé dès son année d’arrivée au pontificat. Signe d’une entrée en fanfare »  d’une personnalité qui[c’est nous qui soulignons] a redonné du sens et du poids au fameux « Quand je donne à manger aux pauvres, ils disent que je suis un Saint. Quand je demande pourquoi les pauvres sont pauvres, on dit que je suis un communiste » de Dom Helder Camara, archevêque de Recife, dans le Nordeste du Brésil de 1964 à 1986.

En effet, lors d’un entretien accordé à la revue jésuite « Civilta Cattolica », le pape François fixait certaines priorités, justifiant sa relative discrétion sur les questions de moeurs et de morale, préférant insister sur « la miséricorde ». Une attitude qui « lui vaut des critiques au sein de l’institution », de l ‘aveu de l’intéressé qui avait déclaré :

Quelle est la mission de l'Eglise ? Faut-il revoir nos priorités et remettre en question certains de nos schémas ?

Quelle est la mission de l’Eglise ? Faut-il revoir nos priorités et remettre en question certains de nos schémas ?

« Je vois avec clarté que la chose dont a le plus besoin d’Église aujourd’hui c’est la capacité de soigner les blessures et de réchauffer les cœurs des fidèles, la proximité, la convivialité ». Je vois l’Église comme un hôpital de campagne après une bataille. Il est inutile de demander à un blessé grave s’il a du cholestérol et le taux de sucre trop haut ! Nous devons soigner les blessures. Ensuite nous pourrons parler de tout le reste. Nous ne pouvons pas insister seulement sur les questions liées à l’avortement, au mariage homosexuel et à l’utilisation de méthodes contraceptives. Cela n’est pas possible. Je n’ai pas beaucoup parlé de ces choses, et on me l’a reproché(…) Les enseignements, tant dogmatiques que moraux, ne sont pas tous équivalents. Nous devons trouver un nouvel équilibre, autrement l’édifice moral de l’Église risque lui aussi de s’écrouler comme un château de cartes. L’annonce évangélique doit être plus simple, profonde, irradiante. C’est à partir de cette annonce que viennent ensuite les conséquences morales ».

« Si seulement ils pouvaient forcer ce foutu marxiste à parler sexe.. »

On comprend d’autant mieux que de tels propos, par ailleurs favorablement accueillis par les catholiques et les médias américains, dont le New York Times, n’ait pas rassuré Adam Shaw, rédacteur en chef de Fox News et catholique, qui a comparé le pape à Barack Obama dans une tribune publiée sur le site internet de la chaîne d’information.

Par la suite, les pages économiques et sociales de l’exhortation apostolique « La joie de l’Evangile »(« Evangelii gaudium » )du pape François publiée le 26/11/13, venant « enfoncer le clou »,  ont déchaîné « une rage spectaculaire chez des ténors de la droite conservatrice et du Tea Party aux Etats-Unis », qui l’ont traité de « marxiste », comme l’a relevé le journaliste Patrice de Plunkett dans une série de notes sur son blogue.

Pas étonnant, quand ce dernier appelle les dirigeants des grandes puissances mondiales « à lutter contre la pauvreté et les inégalités engendrées par le capitalisme financier », qu’il qualifie de « nouvelle tyrannie invisible » et quand il se montre critique à l’égard d’un système économique « de l’exclusion », dénonçant « la nouvelle idolâtrie de l’argent » et plaidant pour un « retour de l’économie et de la finance à une éthique en faveur de l’être humain ».
Son devoir, « au nom du Christ », est « de rappeler que les riches doivent aider les pauvres, les respecter, les promouvoir », dénonçant dans un passage consacré aux « défis du monde actuel » qu’« il n’est pas possible que le fait qu’une personne âgée réduite à vivre dans la rue, meure de froid ne soit pas une nouvelle, tandis que la baisse de deux points en Bourse en soit une ».

« Tant que ne seront pas résolus radicalement les problèmes des pauvres, en renonçant à l’autonomie absolue des marchés et de la spéculation financière, et en attaquant les causes structurelles de la disparité sociale, les problèmes du monde ne seront pas résolus, ni en définitive aucun problème. La disparité sociale est la racine des maux de la société », poursuit le texte***.

Une façon plus claire, plus cohérente et plus vivante d’affirmer l’Evangile, centré sur Jésus-Christ, lequel est venu « annoncer la bonne nouvelle aux pauvres… »(Luc 4v18 et ss) ?

Selon Patrick J. Deneen, cité par Patrice de Plunkett,  ceux qui critiquent le Pape, lui reprochant de se mêler de questions qui ne le concerneraient pas, voudraient cantonner « la foi catholique dans les domaines de ‘la foi et la morale’ – pour dénoncer l’avortement, s’opposer au mariage gay et faire individuellement la charité » . Par là même, de telles personnes témoignent d’un « catholicisme de conversation courtoise » et  « fragmentaire, qui ne met pas en cause des points fondamentaux de l’idéologie économiciste ». Il s’agit là d’« un catholicisme acceptable par ceux qui contrôlent le discours dominant, parce qu’elle ne met pas en danger ce qu’il y a de plus important pour les dirigeants de la République : maintenir un système économique postulant l’extraction [pétro-gazière] sans limite, attisant des désirs sans fin, et créant un fossé de plus en plus large entre winners et losers au nom du mantra de « l’égalité  des chances ». Un énorme appareil de financement soutient les causes catholiques du moment qu’elles ne concernent que la sexualité : autrement dit l’avortement, le mariage gay ou « la liberté religieuse » (confondue à vrai dire avec les questions d’avortement) »

A ce sujet, comment se positionneront les protestants évangéliques ?

Cette « personnalité de l’année 2013 » et ses actions nourrissent enfin la réflexion suivante, de nature peut-être à interpeller chacune et chacun, y compris protestant évangélique : l’Eglise(corps de Christ) doit-elle « faire de la politique ? » Et d’ailleurs, à partir de quand l’Eglise « fait-elle de la politique » ? Visiblement, quand elle combat le projet de loi sur le mariage pour tous ou quand elle prend le parti des pauvres.
Parmi les points dits « non négociables », ou « les valeurs bibliques », la lutte contre la pauvreté et l’injustice sociale(et leurs causes structurelles), et donc la défense de la vie tout court, en fait-elle partie ?

Quoiqu’il en soit, de telles déclarations-très évangéliques-rappellent 1)que le christianisme est une question de « relations » : « verticales », avec Dieu(1 Jean 5v20-21) et « horizontales » avec autrui ».

Ces relations « les uns les autres » enseignées notamment dans les épîtres de Paul, et envers « mon prochain »(Luc 10v27 et ss, d’après Lévitique 19v18).

Et 2)que le corps de Christ, constitué selon et par Dieu, « donne plus d’honneur à ce qui en manque », de sorte « qu’il n’y ait pas de division dans le corps »(1 Cor.12v22-25).

En effet, « sans justice, pas de paix ».

Notes :

* « Pourquoi saluer ainsi un pape qui a débuté son pontificat il y a tout juste neuf mois ? Pour Time, il s’agit sans doute de parier sur ce que le pape François peut faire, plutôt que de le récompenser pour ce qu’il a… déjà fait ».

**Un hindouiste (Gandhi, en 1930), un protestant baptiste (Martin Luther King, en 1963), un musulman chiite (l’Ayatollah Khomeini, en 1979), et…. trois catholiques, les papes Jean XXIII (en 1962), Jean-Paul II (en 1994), et désormais François (2013).

*** http://fr.reuters.com/article/topNews/idFRPAE9AP04520131126 ;

http://www.lesechos.fr/economie-politique/monde/actu/0203150549548-le-pape-francois-accuse-la-nouvelle-tyrannie-des-marches-632513.php ;

http://www.latribune.fr/actualites/economie/20131126trib000797883/le-pape-s-attaque-a-la-tyrannie-des-marches.html ;

http://chretiensdegauche.com/2013/12/18/de-leglise-de-la-politique-et-de-leconomie/ ;

http://www.lapresse.ca/international/etats-unis/201312/16/01-4721268-le-pape-et-la-droite-americaine.php ;

http://www.lavie.fr/religion/catholicisme/quand-obama-cite-evangelii-gaudium-06-12-2013-47372_16.php )