« Président bashing » ou « Président blessing » ?

« Bashing », c’est une tendance tristement « tendance » : il suffit d’observer les couvertures de nos magazines et la une de nos quotidiens, qui proposent ainsi « un titre radical, un  mec à descendre, une tête à trancher ». ou…à « déprécier » – c’est la traduction officielle de « bashing ».
 D’après l’édition anglophone de Wikipédia : « Bashing is a harsh, gratuitous, prejudicial attack on a person, group or subject. » Pour les autres, traduction: « Le bashing est une attaque violente, gratuite et préjudiciable lancée contre une personne, un groupe ou un sujet ». Et de préciser que cette pratique s’applique à des domaines tels que « la religion, la nationalité, la sexualité et la politique ».

Mais ce qui « marche » le plus est le « Hollande bashing ».*

Tapez « Hollande bashing » sur Google et vous obtenez « environ 182 000 résultats. (0,17 secondes)

Plus simplement encore, tapez « Hollande » sur Google, et à ce nom se trouvent associés : « démission », « sondage », « Syrie », « hué »[un certain 11 novembre 2013], « popularité », « juif », « guignol »…..**
Après « l’hyperprésident », l’ « hypercontesté »*** ?

Mais ceci posé et constaté, que vous ayez voté François Hollande ou non, et que vous soyez « déçus » ou non par le Président de la République, notre réflexion se veut ailleurs : comment, dans une telle situation, les chrétiens peuvent-ils, ou doivent-ils, se positionner ? A quoi, d’ailleurs, sont-ils appelés à « être » ?

A ce sujet, Henri BLOCHER, ancien professeur de théologie systématique au « Wheaton College »(USA) et à la Faculté de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine(France), rappelle, dans un article pour la revue « Promesses »****,  que « les deux volets principaux de la mission de l’Eglise dans le monde sont bien résumés par les deux images que le Seigneur Jésus utilise dans le Sermon sur la Montagne (Matt.5v13-16) :

Sel et poivre par Marina Shemesh Sel ou poivre de la terre ?

Sel et poivre par Marina Shemesh
Sel ou poivre de la terre ?

vous êtes le sel de la Terre ; vous êtes la lumière du monde ».

Etre « lumière du monde », « c’est la mission de l’Eglise, des chrétiens, de communiquer la Bonne Nouvelle » de Jésus-Christ, mort pour nos péchés et ressuscité pour nous rendre justes(op cit, p14).

Etre « le sel de la terre », c’est la mission des chrétiens « présents dans la cité terrestre, dans la société qui elle-même n’est pas chrétienne, en mission en faveur du bien, comme continuant la guerre de Dieu contre le mal.
En Jérémie 29, le prophète parle au nom de Dieu aux exilés du peuple qui sont en Babylone et dit au verset 7 : recherchez la paix de la ville où je vous ai exilés et intercédez pour elle auprès du Seigneur, car votre paix dépendra de la sienne ».
Ce mot paix(shalom)suggère aussi la prospérité, la bonne santé. La situation des chrétiens, dans le monde aujourd’hui, est assez semblable. en effet, ce verset(Jér.29v7)ne s’adresse pas à Israël dans son pays, avec un état spécialement construit par le Seigneur.
Il est donné aux Judéens, membres du peuple de Dieu, au coeur d’une société païenne. Or, nous sommes le peuple de Dieu dans une société païenne, et le Seigneur nous dit : recherchez la paix, la prospérité de cette société même. C’est le rôle de sel de la terre.
(…)Nous sommes engagés dans des relations interpersonnelles, de prochain à prochain(relations dites courtes).
C’est par exemple, le Samaritain qui, voyant l’homme[qui n’est même pas son « compatriote », bien au contraire ! Note perso]qui gît au bord de la route, s’arrête, le prend en charge, panse ses plaies et le conduit à l’auberge. Un amour du prochain qui s’exprime de manière immédiate(…)Mais notre relation avec ce prochain se réalise aussi dans la vie de la société entière, dans le cadre de toutes les structures qui déterminent notre façon de vivre :
ce sont les relations longues, indirectes à bien des égards. Elle s’exprimera, par exemple, en favorisant une politique anti-chômage, en votant une loi en faveur des exclus. »*****(op cit, pp 12-14)

Etre le sel de la terre, c’est donc rechercher la paix de la société où nous vivons en « étrangers », c’est prier et intercéder « pour tous les hommes » et particulièrement pour les autorités, « les rois et pour tous ceux qui sont élevés en dignité, afin que nous menions une vie paisible et tranquille, en toute piété et honnêteté. C’est bon et agréable devant Dieu notre sauveur, qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. »******(1 Tim.2v1-4)

C’est prier positivement, à cette fin, pour le Président de la République et ses ministres, afin que ceux-ci gouvernent avec sagesse et justice.

Alors, « Président bashing » ou « Président blessing » ?******* 😉

 

 

Notes : 

*A ce sujet, concernant les médias dits « séculiers », « qui en a fait le plus (et est-ce que ça fait vendre) ? » (http://www.erwanngaucher.com/article/27/06/2013/hollande-bashing–qui-en-a-fait-le-plus-et-est-ce-que-ca-fait-vendre-/1120 )

 
Sur un blog d' »actualités chrétiennes », les mots-clés « Hollande » ou « François Hollande » renvoient aux pages suivantes : http://actualitechretienne.wordpress.com/tag/hollande/ ; http://actualitechretienne.wordpress.com/tag/hollande/page/2/ ; http://actualitechretienne.wordpress.com/tag/hollande/page/3/ http://actualitechretienne.wordpress.com/tag/francois-hollande/

Avec les qualificatifs suivants : « franc-maçon », « imposteur », « dangereux », « sans expérience »(pour Bernard Tapie), « élu grâce au vote musulman », « autiste »…et accusé de vouloir « supprimer la race »(par Alain Escada, militant et activiste belge issu du courant d’extrême droite national-catholique, secrétaire général de Civitas-groupement intégriste catholique proche des leféveristes-depuis 2009, ancien cadre du front nouveau de Belgique et lepéniste historique)
A l’inverse, et comparativement, les mots-clés « Marine Le Pen », « FN », « Front national »(et par extension, « extrême-droite », « identitaires »), renvoient à des articles généralement ou le plus souvent favorables-quand ils ne sont pas « neutres »-à cette personnalité et à ce mouvement politique : http://actualitechretienne.wordpress.com/tag/fn/ ; http://actualitechretienne.wordpress.com/tag/front-national/ ; http://actualitechretienne.wordpress.com/tag/marine-le-pen/ ; http://actualitechretienne.wordpress.com/tag/identitaires/ ; http://actualitechretienne.wordpress.com/tag/extreme-droite/

 
Mais le « bashing politique » n’est-il pas vain ? Car où mène-t-il ? « À la dépréciation de la politique en général. Bonne affaire pour les populistes de Droite et de Gauche, mais pas forcément pour une presse de plus en plus faiblarde. Déprécier, c’est ce qui reste quand à partir de trois dépêches d’agences on pond huit mille signes avec du goudron et des plumes… «  juge sévèrement Bakchich info.

**Une des fonctionnalités  du célèbre moteur de recherche appelé « Google Autocomplete » ou « saisie semi-automatique », qui nous permet « de rechercher des informations rapidement en nous proposant des requêtes de recherche similaires à la nôtre à mesure que nous saisissons notre requête dans le champ de recherche Google. » ( https://support.google.com/websearch/answer/106230?hl=fr  )
Et comment Google associe-t-il ces mots ? Tout simplement grâce à un algorithme qui brasse tous les termes tapés par les utilisateurs pour proposer les mots complémentaires les plus fréquemment utilisés.
En d’autres termes, si la saisie automatique associe le mot « démission » au nom du président de la république française, c’est parce que des millions de personnes ont, par exemple, cherché ou tapé sur Google la requête « Hollande démission ». Autrement dit si le moteur de recherche doit être reconnu fautif pour ses suggestions parfois tendancieuses, douteuses, voire racistes(http://www.metronews.fr/high-tech/google-a-l-origine-du-plus-grand-fichier-juif-de-l-histoire/mldB!9buB4r33l6ODs/ ; http://owni.fr/2012/05/23/le-vrai-faux-proces-google-suggest-juif/ ), les millions d’internautes à l’obsession « hollandaise » le sont tout autant.

 
***  Comme le titre Médiapart :
http://www.mediapart.fr/journal/france/291013/hollande-lhyperconteste
Après un an et demi seulement de pouvoir pour François Hollande, les mécontents seraient nombreux, y compris dans son camp, pour des raisons économiques et sociales, sociétales, fiscales….

**** »BLOCHER, Henri. La mission de l’église » in « Promesses », octobre-décembre 2013, numéro 186, pp 12-18.

*****John STOTT,  cf Le Chrétien et les défis de la vie moderne, vol.1. Ed. Sator(collec. Alliance), 1987, p 21., fait la distinction entre « l’action sociale »(la suppression des causes de souffrance humaine, la lutte contre les causes structurelles des inégalités et de la pauvreté, les activités politiques et économiques… »les relations longues ») et « le service social »(l’aide humanitaire, les actions caritatives et philanthropiques, le soutien des individus et des familles-les « relations courtes »). Deux formes d’actions inséparables et complémentaires

******« La fidélité d’une Eglise ne se mesurera pas au degré de contrôle qu’elle opèrerait par rapport à la société, mais par sa capacité de pouvoir vivre le projet divin comme signe et messagère du shalom. Dans cette perspective, la préférence est donnée à l’amour envers tous par rapport à la domination. Selon ce modèle, l’éthique se dégage de la pratique sociale préconisée en temps d’exil ou de diaspora par Jérémie (« Recherchez le shalom de la ville, car votre shalom dépend du sien », Jér. 29.7). C’est l’éthique que devaient adopter les synagogues juives du temps de la diaspora. Cette éthique est cohérente avec une eschatologie chrétienne en voie de réalisation ».

« Pour une éthique de la paix ». Claude Baecher. Directeur du Centre Mennonite du Bienenberg, Liestal.

******* A lire sur le site de l’hebdomadaire protestant « Réforme », cette fort intéressante analyse du pasteur Olivier Brès intitulée « Les athées du Hollandisme », une « analogie pertinente entre foi et politique ».

Simple « aller simple » : « Seuls les morts pourront rester »

« Le 4 octobre dernier, les quelque 400 noyés et disparus au large de l’île italienne de Lampedusa ont fait revenir le « problème migratoire » sur le devant de la scène. Une quinzaine de jours auparavant, un assaut en masse sur l’enclave espagnole de Melilla défrayait également la chronique », peut-on lire dans CQFD*.
« A la une des médias, un fait-divers chasse l’autre : la tragédie de Lampedusa, avec ses 155 rescapés et ses quelque 300 disparus – le compteur des cadavres repêchés affolant les dépêches d’heure en heure –, a fait oublier les images de l’assaut nocturne du mercredi 18 septembre sur le triple grillage de l’enclave espagnole de Melilla, au nord du Maroc.

(…) L’Italie a décrété un jour de deuil national. Le pape François Ier a parlé de « honte » pour un monde qui « globalise l’indifférence » et place l’argent au-dessus de l’humain. La maire de Lampedusa, en pleurs, a invité l’Europe à venir compter les morts avec elle(…) La mairie de Rome a proposé d’accueillir les survivants. Le chef du gouvernement italien a promis que « toutes les victimes » seraient naturalisées – mais, réflexion faite, les « victimes » ne sont que les morts et les survivants sont placés en centre de rétention, passibles d’une amende de 5 000 euros et d’une expulsion vers leur pays d’origine. Les pêcheurs et autres riverains qui se sont portés au secours des naufragés bien avant les frégates de la Guardia di finanza – ô le sibyllin symbole ! – sont également passibles de poursuites pour « trafic d’êtres humains »…
Un événement tristement médiatisé, qui nous ferait oublier que derrière les « chiffres » du « problème migratoire » se cachent des êtres humains, qui risquent le tout(leur vie) pour le tout pour un « aller simple ».

« Aller simple », c’est aussi le titre d’un magnifique recueil de poèmes** d’Erri de Luca, qui garde toute son actualité.
« Aller Simple, des lignes qui vont trop souvent à la ligne , marquées par le point final, le point fatal quelque part entre les deux rives méditerranéennes, cette grande bleue qui sépare le Sud, sa misère, ses tragédies, d’un Nord porteur de rêve, d’opulence et de liberté. C’est sur cet entre-deux que se déroule ce long et poignant poème d’Erri de Luca… ». 

Des chants homériques modernes à plusieurs voix :

– celles des « invisibles » anonymes réduits à des statistiques ou à une idée-force(ou un prétexte) d’un programme politique.
– celles des errants et des perpétuels voyageurs en quête d’un doux rivage.
Des chants homériques modernes à plusieurs voix, qui narrent et donnent à entendre(si on veut bien s’éloigner de tous les bruits médiatiques et démagogiques) leur odyssée infernale, à pied, de l’Afrique(« hauts plateaux incendiés par les guerres et non par le soleil ») vers l’Europe, à travers les déserts et les rivages de la Libye, puis sur des embarcations précaires vers l’île de Lampedusa, au sud de la Sicile.
Des chants tragiques et funèbres, qui font entendre la voix de ceux partis pour un « aller simple » et marqués par l’errance, le déracinement, le désespoir (et l’espoir), l’exploitation, les menaces et la mort(au bout du chemin).

Le même jour [de la parution du recueil en italien, en 2005], les ministres européens de l’Intérieur traitaient à Luxembourg de la coopération en matière migratoire avec la Libye. Ils ont parlé de patrouilles maritimes communes, de vedettes rapides, de sauvetage en mer, de formation policière, de documents falsifiés, de droit d’asile et de rapatriement. Ils se sont divisés sur le respect des droits de l’homme en regard des politiques de rapatriement. Leurs conclusions sont publiques. »***

Extraits :

Ce ne fut pas la mer à nous recueillir
Mais nous qui recueillîmes la mer à bras ouverts

Descendus des hauts-plateaux incendiés par la guerre et non pas par le soleil,
nous traversâmes les déserts du Tropique du Cancer.

Quand la mer fut en vue depuis une hauteur
c’était une ligne d’arrivée, une embrassade de vagues sur les pieds.

C’en était fini de l’Afrique semelle de fourmis
les caravanes apprennent seules à piétiner.

En colonne, fouettés par la poussière,
seul le premier doit lever le regard.

Les autres suivent le talon qui précède,
le voyage à pied est une piste d’échines.(…)

Ils veulent nous renvoyer, ils demandent où nous étions avant,
quel endroit nous avons laissé derrière nous.

Je leur montre mon dos, c’est tout le derrière qu’il me reste,
ils se fâchent, pour eux ce n’est pas une deuxième face.

Nous nous honorons la nuque, là où se précipite l’avenir
qui n’est pas devant, mais qui arrive par derrière et nous dépasse.

Tu dois rentrer à la maison. Si j’en avais eu une, je serais resté,
même les assassins ne veulent nous reprendre.

Remettez-nous sur le bateau, chassez-nous en hommes
Nous ne sommes pas des paquets et toi Nord tu n’es pas digne de toi-même

Notre terre engloutie n’existe plus sous nos pieds,
notre patrie est une barque, une coquille ouverte.

Vous pouvez repousser, mais pas ramener,
le départ est une cendre éparse, nous sommes des aller-simple.

 
Nous sommes les innombrables, nous doublons à chaque case de l’échiquier,
Nous pavons votre mer de squelettes pour marcher dessus.(…)

Nous serons vos serfs, les fils que vous ne faites pas,
nos vies seront vos livres d’aventures.

Nous portons Homère et Dante, l’aveugle et le pèlerin,
l’odeur que vous n’avez plus, l’égalité que vous avez subordonnée.
D’aussi loin que nous arriveront, à des millions de pas,
ceux qui vont à pied ne peuvent être arrêtés.(…)

 

 
Notes :
* « Seuls les morts pourront rester », un article plein de colère, paru dans CQFD n°115 (octobre 2013), rubrique Histoires de saute-frontières, par Nicolas Arraitz, illustré par L.L. de Mars. Mis en ligne le 26/10/2013 http://cqfd-journal.org/Seuls-les-morts-pourront-rester

(A lire également le communiqué de la CIMADE, publié le 23 octobre 2013)

CQFD est un journal alternatif  et indépendant « de critique et d’expérimentation sociales », sans pub, basé à Marseille. Il sort tous les 15 du mois en kiosques depuis 2003. Outre trois piliers, « les collaborateurs, une trentaines de rédacteurs et dessinateurs, sont tous bénévoles ». Ligne éditoriale : « dénoncer les injustices »(avec des sujets liés à la pauvreté, aux mouvements sociaux, à toutes les résistances sociales parmi les salariés, dans les périphéries urbaines, et aussi dans le milieu agricole), y compris dans son propre camp.
** Aller simple(Solo andata ) d’Erri de Luca ,  sorti en avril 2005 chez Feltrinelli.
Edition bilingue Gallimard(du monde entier)2012, trad. de l’italien par Danièle Valin, 16,50 €
http://www.magazine-litteraire.com/actualite/erri-luca-visions-surviennent-etat-veille-29-05-2012-36834 ;
http://www.laprocure.com/aller-simple-poemes-erri-luca/9782070775811.html
*** Info piquée ici : http://www.babelmed.net/component/content/article/245-italia/1494-erri-de-luca-solo-andata-migration-et-po-sie.html