« La culture de l’honneur » dans le corps de Christ : « donner plus à ceux qui ont moins »

 

Quelle place fais-tu à celui qui semble insignifiant et "moins honorable" ?

Quelle place fais-tu à celui qui semble insignifiant et « moins honorable » ?

Mais maintenant, Dieu a placé les membres, – chacun d’eux, – dans le corps, comme il l’a voulu.
Or, si tous étaient un seul membre, où serait le corps?
Mais maintenant les membres sont plusieurs, mais le corps, un.
L’oeil ne peut pas dire à la main: Je n’ai pas besoin de toi; ou bien encore la tête, aux pieds: Je n’ai pas besoin de vous;
-mais bien plutôt les membres du corps qui paraissent être les plus faibles, sont nécessaires;
et les membres du corps que nous estimons être les moins honorables, nous les environnons d’un honneur plus grand; et nos membres qui ne sont pas décents sont les plus parés,
tandis que nos membres décents n’en ont pas besoin. Mais Dieu a composé le corps en donnant un plus grand honneur à ce qui en manquait,
afin qu’il n’y ait point de division dans le corps, mais que les membres aient un égal soin les uns des autres.
Et si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui; si un membre est glorifié, tous les membres se réjouissent avec lui.
Or vous êtes le corps de Christ, et ses membres chacun en particulier ». (1 Cor.12v18-27)

« Tu n’opprimeras pas ton prochain, et tu ne le pilleras pas. Le salaire de ton homme à gages ne passera pas la nuit chez toi jusqu’au matin.
Tu ne maudiras pas le sourd, et tu ne mettras pas d’achoppement devant l’aveugle, mais tu craindras ton Dieu. Moi, je suis l’Éternel.
Vous ne ferez pas d’injustice dans le jugement: tu n’auras pas égard à la personne du pauvre, et tu n’honoreras pas la personne du riche; tu jugeras ton prochain avec justice.
Tu n’iras point ça et là médisant parmi ton peuple. Tu ne t’élèveras pas contre la vie de ton prochain. Moi, je suis l’Éternel.
Tu ne haïras point ton frère dans ton coeur. Tu ne manqueras pas à reprendre ton prochain, et tu ne porteras pas de péché à cause de lui.
Tu ne te vengeras pas, et tu ne garderas pas rancune aux fils de ton peuple; mais tu aimeras ton prochain comme toi-même. Moi, je suis l’Éternel.
(…)Tu te lèveras devant les cheveux blancs, et tu honoreras la personne du vieillard, et tu craindras ton Dieu. Moi, je suis l’Éternel.
Si quelque étranger séjourne avec toi dans votre pays, vous ne l’opprimerez pas.
L’étranger qui séjourne parmi vous sera pour vous comme l’Israélite de naissance, et tu l’aimeras comme toi-même; car vous avez été étrangers dans le pays d’Égypte. Moi, je suis l’Éternel, votre Dieu ».
(Lévit.19v13-18, 32-34)

« La culture de l’honneur » : une notion fondamentale pour mon pasteur.
Et il a raison.

L’honneur, c’est rendre à quelqu’un ce qui lui revient(Rom.13v10), ce qui est juste.
Honorer quelqu’un, c’est le respecter, l’estimer hautement, lui manifester notre pleine et entière considération.
La culture de l’honneur, c’est refuser, à l’image de Dieu, de « faire acception de personne »(de faire du favoritisme)(Jacq.2v1-9)

C’est avoir égard à chacun, en tant que membre du corps de Christ-le frère ou la soeur pour lequel/laquelle Christ est mort(Rom.14v15)- y compris (surtout !) ceux qui paraissent faibles et « dispensables ».
C’est donner plus à ceux qui ont moins.

Pour aller plus loin :

Un livre de la Bible à lire sur la bonté et l’honneur rendu : Ruth
Un contre-exemple, et la réaction de Dieu en Ézéchiel, chapitre 34

Une illustration(en vidéo) de cet honneur rendu, qui va bien au-delà du fait de se montrer « gentil » avec les autres*.

Et une initiative, un rapport et des propositions du Secours catholique, qui nous alarme sur la pauvreté et la précarité et tend à rendre mieux visibles les invisibles de notre société ou ceux qui sont bien trop mal médiatisés…

Notes :

* Une vidéo « piquée » sur le blog du poète roumain Valeriu dg BARBU

Les lions et leurs historiens

Point de vue dominant Le Baron noir, par Pétillon

Point de vue dominant
Le Baron noir, par Pétillon et Yves Got

« Tant que les lions ne posséderont pas leurs historiens, les histoires de chasse glorifieront les chasseurs ».

Un proverbe africain, dont l’auteur reste anonyme, pour dire que l’histoire du dominant n’est pas « l’histoire tout court », et que tout débat sur la mémoire collective n’est pas une simple question « d’objectivité » mais de rapport de force.
Ou comment tenter de faire prendre conscience que toute lecture du point de vue du dominant est…un point de vue*, justement !

"Ce dont cet homme a besoin" ou le point de vue du dominant-bis, par Andy Singer

« Ce dont cet homme a besoin » ou le point de vue du dominant-bis, par Andy Singer

Ainsi comment comprendre le drame(plus qu’un simple « phénomène » ou « problème ») de la pauvreté et de la précarité au XXI, si l’on se contente du seul prisme des éditoriaux ou « des unes  décomplexées » de « Valeurs actuelles », « L’Express », « Le Point »(pour parler des médias séculiers)…qui se mettent un point d’honneur à « cogner » sur « les assistés et les chômeurs »,  les enseignants, les syndicalistes, « les Rroms », les « islamistes »(sic)…?
Mais au-delà d’une histoire basique de chasse, de chasseur et de gibier, ce proverbe invite à un renversement de perspective. Il encourage les dominés, les faibles, et les vaincus à donner leur version et leur vision de l’histoire : leur histoire.
Ce proverbe invite enfin à une écriture alternative à la version/vision dominante-voire « conservatrice »(celle du statu quo).

 

Quelques pistes, pour terminer(provisoirement) : l’une « médiatique », et l’autre touchant à la lecture et à l’étude biblique.
– Sur le plan médiatique, on relèvera les propositions du documentariste Pierre CARLES, qui, interviewé par ACRIMED, explique « ce que serait un journal télévisé » produit par ses soins : il suggère ainsi que l’on supprime « toute parole institutionnelle, tout effet d’annonce, toute information liée à un agenda politique, économique, etc. Ainsi on économiserait déjà 90% du JT actuel. Fini, le monopole des professionnels de la parole**. On réhabiliterait l’enquête, on irait sur le terrain voir ce qui se passe chez les pauvres, on donnerait peut-être des caméras et des bancs de montage à des ouvriers, à des employés, à des chômeurs(…) On cesserait par ailleurs d’appréhender la société par le seul biais de l’individu : la figure du « self made man », du héros entrepreneur ou du sauveur providentiel ont contaminé les JT et les magazines d’information, avec le message implicite que la collectivité n’a pas d’importance, que l’individu existe en dehors d’elle, qu’il s’est forgé tout seul ».

-Sur le plan de l’étude biblique :  le pasteur Bob EKBLAD propose à des exclus-catalogués et marginalisés par les classes dominantes en raison de leur couleur de peau, leurs façons de penser, leur classe sociale, leurs conditions d’immigrés, leur comportement(en marge de la loi, par exemple) ou leur manque d’instruction(détenus, drogués, dealers, ouvriers agricoles clandestins, sans papiers, mères seules…)-une lecture réellement libératrice de la Bible, qui les touche et les rejoint là où ils sont*** :

Comment transmettre « la Bonne nouvelle » à de telles personnes submergés de « mauvaises nouvelles » ?  Comment répondre à leur besoin de voir cette « Bonne nouvelle » s’incarner dans des actes concrets de compassion et de service, manifestant l’amour et la grâce de Dieu, à l’instar de Celui qui est « la Parole faite chair »(Jean 1v14) ?

Comment encourager une déconstruction saine et salutaire de nos représentations négatives et fausses de Dieu, qui ne seraient qu’autant de reflets(mais non la réalité)d’une culture « traditionnelle » et « dominante » ?

C’est tout l’enjeu d’une réappropriation, pour « une lecture participative »-et donc active-de la Bible par ces exclus et marginaux. Soit (re)donner la parole à ceux qui ne l’ont jamais.

 

 

Notes :

* Une autre histoire(presqu’une parabole)de point de vue, avec « L’autre ».

** Une façon de traiter l’information propre au Monde jugée « datée » par Raphaël MELTZ, écrivain et co-fondateur du « Tigre magazine » : (primauté des) « débats parlementaires, vie des partis politiques jusqu’aux détails les plus minuscules, annonces des plans ministériels, alors que des pans entiers de la société ne sont pas traités ». (http://www.le-tigre.net/Pourquoi-pas-Le-Monde-texte.html )

*** Avec des exclus ou, dans l’original, des « Damned » : Expérience racontée dans « Lire la Bible avec les exclus ». Ed. Olivétan, 2008.