« Ce n’est pas la cupidité qui plongea le monde entier dans une crise financière sans précédent, c’est l’intelligence »

Excès de vitesse de taxi par Bobby Mikul Démesure

Excès de vitesse de taxi par Bobby Mikul
Démesure

« Dieu résiste aux orgueilleux, mais il donne la grâce aux humbles »(1 Pie.5v5)

« …se disant sages, ils sont devenus fous. »(Rom.1v22)

Certains parlent naturellement de la crise. Comme si ses causes étaient naturelles….

Dimanche dernier, je feuillette un vieux numéro de « Promesses »(juillet-septembre 2008), que l’on m’a rendu depuis peu et ayant pour thème « intégrité et corruption ». J’y redécouvre un excellent article intitulé « regard sur la crise financière actuelle » . Son auteur, Nathanaël Bourgeois, loin de considérer la crise comme un phénomène naturel, explique « que la cupidité est à l’origine de la crise ».

Personnellement, j’ai longtemps cru que la cupidité était la cause de la crise. Je le crois toujours en partie. En réalité, contrairement aux idées reçues, ce n’est pas la cupidité qui plongea le monde entier dans une crise financière sans précédent, c’est l’intelligence.

Ou la démesure. Ou l’orgueil.

La démesure, ou l’orgueil, la Bible en parle. Valable hier, son message est toujours actuel pour notre temps.

L’orgueil, c’est le péché de celui ou celle qui a déjà beaucoup et qui veut « toujours plus » : c’est celui de Lucifer(Es.14v12-15), d’Eve et d’Adam(Gen.3), du roi Ozias(2 Chron.26v16-23)…..

L’orgueil se termine toujours de la même façon : par la chute.

L’orgueil touche tous les domaines et personne(à part le Seigneur Jésus-Christ) n’est à l’abri de succomber à une telle tentation.

Je disais plus haut que la véritable cause de la crise était « l’intelligence ». Ou plutôt la démesure. Ou l’orgueil, qui se perçoit dans l’évolution de la finance, avec l’irruption d’acteurs non humains sur les marchés financiers : le « trading à haute-fréquence » *.  Cette (r)évolution d’une finance devenue automatisée, amorcée depuis des décennies « et en totale roue libre ces dernières années « **  est détaillée par Alexandre Laumonier, jeune éditeur belge et spécialisé dans l’anthropologie, dans son essai « 6 »***, que je n’ai pas encore lu, mais que j’ai découvert dans le numéro 12, de mai-juin 2013, du journal « Article 11 »(article consultable en ligne). Cette évolution est qualifiée par les critiques de « portrait vivant et atterrant » de « la course en avant démentielle qui agite les hautes sphères de la finance, entre soulèvement des machines, règne des algorithmes et dérèglements boursiers ».

A ce stade de la lecture, certains d’entre vous seront peut-être tentés de zapper cet article, s’estimant ou peu concernés par un sujet complexe et bien « peu spirituel », ou étrangers aux maths et aux algorithmes (c’est mon cas), ou les deux. A ceux-là, je me permets de leur dire que c’est parce que ce sujet est complexe, et même largement méconnu, qu’il mérite justement toute notre attention. Surtout si un tel système, progressivement livré à lui-même et devenu entièrement automatisé, a produit les fruits que l’on a vus en 2007-2008. Fruits que l’on mange encore aujourd’hui. Aussi, je remercie d’avance le lecteur de prendre le temps nécessaire de lire attentivement(en contrepoint avec cet autre sujet ) le contenu des différents liens.

En attendant, que faire ?

Nathanaël Bourgeois, dans l’article pré-cité, juge avec raison que des lois ne peuvent changer le comportement humain. Bien entendu, les lois sont utiles(cf Rom.13), telles celles contre le meurtre, le vol…car elles nous protègent. Mais il reste que l’homme n’est pas améliorable**** et Dieu ne veut pas l’améliorer : Il veut le changer, le transformer. Changer son cœur(Ezech.11v19, 36v26 ; Deut.30v6 ; Jér.24v7), parce celui-ci est « trompeur et incurable »(Jer.17v9).

De plus, le seul remède à l’orgueil et à la démesure est la grâce de Dieu. Cette grâce, nous pouvons, vous pouvez la recevoir si vous confiez votre vie à Dieu et si vous acceptez de vous soumettre à Lui. Et il sera alors manifeste que cette grâce agit dans vos vies, dans nos vies, si nous nous soumettons les uns les autres et si nous nous servons les uns les autres, en recherchant leur intérêt(1 Cor.13 et Jean 13)

Notes :

* Selon Wikipédia, « Les transactions à haute fréquence, ou trading haute fréquence, sont l’exécution à grande vitesse de transactions financières faites par des algorithmes informatiques. Ces opérateurs de marché virtuels peuvent ainsi exécuter des opérations sur les bourses en un temps calculé en microsecondes.  »  Voir également cet article sur « Basta mag ! »

**« En 2013, les algorithmes que l’on appelle ’traders à haute fréquence’ réalisent aux États-Unis plus de 70 % des transactions contre 10 % en 2001. ».

***« 6 ».  Editions Zones Sensibles, 2012(ouvrage signé du pseudonyme « Sniper ». Une critique peut être lue ici.

Extraits ici :

Contrairement aux idées reçues, ce n’est pas la cupidité qui plongea le monde entier dans une crise financière sans précédent, c’est l’intelligence(p 11).

Jusqu’à la fin du XXe siècle, les marchés financiers baignaient dans une ambiance sonore faite de cris en tout genre. Puis, en moins d’un quart de siècle, le silence s’est peu à peu imposé : les humains ont été remplacés par des machines.(p14)

 En 1977, des premières réflexions sur l’importance croissante des machines eurent vite fait de convaincre tous les acteurs que l’avenir des marchés financiers reposait sur les machines. Grâce à la montée en puissance de la technologie, les Bourses allaient radicalement changer de visage.

Elles allaient même perdre tout visage.Il faudra pour cela faire sauter les filtres humains.

Libéraliser les marchés et déréguler la finance. Changer des règles qui remontaient parfois à deux siècles. Il faudra investir des centaines de millions de dollars, puis des milliards. Il faudra concevoir un algorithme capable de gérer la priorité de temps. Puis soumettre les humains à la temporalité des ordinateurs.

Ainsi débutera une nouvelle ère, celle du soulèvement des machines…(pp20-21)

****De même, est-il réaliste de prétendre « moraliser » un système économique immoral dans son essence, particulièrement à l’heure où ce système devient de plus en plus abstrait et financier ?

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9 réflexions sur “« Ce n’est pas la cupidité qui plongea le monde entier dans une crise financière sans précédent, c’est l’intelligence »

  1. Extraits de l’entretien d’Alexandre Laumonier, publié dans Article 11 et consultable ici : http://www.article11.info/?Alexandre-Laumonier-Apres-la-crise#pagination_page

    « Le grand essor des algorithmes date de 2007 et du déclenchement de la crise financière…

    Les banques se sont ruées sur les algorithmes à partir de la crise (même si le soulèvement des machines algorithmiques débute en réalité une vingtaine d’années plus tôt). Certaines personnes travaillant dans de grandes écoles de finance m’ont ainsi confirmé avoir reçu en 2007 des coups de fil de banques pour les inciter à former des gens maîtrisant davantage les algorithmes. Les modèles mathématiques ayant failli, il fallait trouver une autre vache à lait.

    En 2007 s’est en effet produit un effondrement de certains modèles mathématiques notamment liés aux CDO et CDS – ces sympathiques produits dérivés sur les crédits, responsables en partie de la crise mondiale. Les banques se sont alors retrouvées sur la sellette, unanimement critiquées. Or ces dernières sont là pour faire de l’argent, et à court terme. Dans un contexte de crise aiguë et d’absence de liquidité, elles se sont tournées vers les machines : il s’agissait de tenter de gagner quelques cents en quelques millisecondes plutôt que d’investir sur les produits dérivés, désormais très mal vus (ils sont toujours utilisés, mais plus discrètement).

    Les racines de ce revirement sont en réalité plus profondes ; une conjonction d’élément y participe. Avec une première vague technologique et informatique, qui remonte aux années 1960. Puis une deuxième vague, qu’on pourrait qualifier « de consolidation » et qui structure le marché au début des années 2000 – citons le cas de Goldman Sachs ou de Crédit Suisse, qui rachètent alors des sociétés de technologies financières développant des algorithmes de transactions. Enfin, la dernière vague est liée à un événement précis, à savoir la crise économique. Voilà ce qui se joue en 2007 : une construction sur le long terme se confronte à une crise, avec en sus des dérégulations qui tombent au « bon moment ».

    Cette année-là, une série de mesures de dérégulations libéralise en effet totalement les marchés. C’est la fin du capitalisme à l’ancienne. Pendant deux siècles, les marchés avaient été neutres, mutualisés ; mais d’un seul coup, les régulateurs les autorisent à se coter eux-mêmes en Bourse, comme n’importe quelle autre firme. Qui a alors racheté les marchés ? Les banques(…). Le moment est essentiel : c’est seulement une fois le système libéralisé et les marchés fragmentés que les machines ont commencé à réellement monter en puissance.

    Le tableau d’ensemble est d’une complexité effarante… Il y a des gens qui y comprennent quelque chose ?

    Pas grand monde. Un trader du nom de Bruno Iksil, surnommé « la baleine de Londres », a récemment fait perdre six milliards d’euros à JP Morgan, la plus grosse banque américaine. Il se trouve que les traders qui manipulent des algorithmes ou des modèles mathématiques utilisent entre eux un langage particulier, une sorte de slang, d’argot. Et la directrice du management du risque de JP Morgan, celle qui était justement censée surveiller le travail de Bruno Iksil, a fini par avouer devant le Sénat américain qu’elle ne comprenait pas les mails qu’il lui envoyait. Le trader a lui aussi témoigné devant le Sénat, et il s’est passé la même chose : personne n’a compris ce dont il parlait.

    Cette complexité résulte d’un véritable emballement technologique et intellectuel. Il y a trente ans, il était encore possible d’avoir un point de vue détaillé de l’ensemble ; aujourd’hui, plus personne n’en est capable. Aussi doué et compétent soit-il, un observateur ne peut que se perdre entre les modèles mathématiques, les modèles des algorithmes, les plateformes, les routages des ordres… Cette obscurité n’est pas seulement celle des marchés, elle règne sur le monde de la finance en général. Ceux qui en tirent profit ont tout intérêt à ne pas rendre publiques leurs activités. Mais eux-mêmes se trouvent en réalité désemparés par cette complexité(…)deux journalistes suisses, qui viennent de publier Krach Machine(…) m’ont expliqué qu’au siège de certaines banques à Genève, les spécialistes financiers ne sont absolument pas au courant de ce qui se passe du côté des modèles mathématiques et des algorithmes.

    En regard de cette complexité, le traitement médiatique se révèle particulièrement indigent…

    C’est effarant, particulièrement en France. J’ai été très choqué, par exemple, de voir que personne ne parlait de la récente audition devant le Sénat américain du procureur général le plus haut placé dans le système judiciaire des États-Unis, Eric Holder, un ancien conseiller d’Obama. Au cours de cette audition, un sénateur a abordé le cas de la banque anglaise HSBC. Celle-ci a visiblement blanchi, via sa filiale au Mexique, des centaines de millions de dollars générés par le trafic de cocaïne, et vient d’accepter de payer deux milliards de dollars pour échapper à des poursuites judiciaires. Le sénateur s’étonnait donc que les poursuites aient été abandonnées : si HSBC a accepté de payer une telle somme, c’est bien que la douloureuse aurait été encore plus salée si un procès s’était tenu. Pourquoi transiger, alors ? Le procureur général, censément garant du droit, lui a répondu que les banques sont devenues tellement puissantes que les poursuivre risquerait de déstabiliser l’économie américaine, voire mondiale. Soit « too big to jail » : trop grosses pour être punies.

    Cela n’a pas fait de bruit, sinon sur quelques sites américains spécialisés(…)Mais à ma connaissance, aucun journal français n’en a parlé. Il s’agit pourtant d’un témoignage fondamental. Non pas parce qu’il montre que le fric des trafiquants de cocaïne mexicain est blanchi par l’une des plus grosses banques du monde – rien de neuf –, mais parce que le grand patron du système judiciaire américain reconnaît officiellement que le droit a capitulé face à la finance.(…)

    Déni, gestion prétendument calculée des risques : le modèle actuel de la finance semble proche de celui de l’industrie nucléaire…

    Il y a beaucoup de points communs. Avec le nucléaire comme avec le trading à haute fréquence, on se trouve face à quelque chose qui dépasse l’homme. Et des avertissements plus ou moins graves et occultés le rappellent régulièrement. Selon Nanex6, il se produirait dix mille mini-krachs par an, qui se jouent à la milliseconde. Avec parfois de plus grandes alertes, comme le « flash crash » du 6 mai 20107.
    Dans le nucléaire et le trading à haute fréquence, on parle d’ailleurs de « management du risque ». Parce qu’il y a des choses qu’on ne maîtrise tout simplement pas.

  2. Bien ton article ! (bien aussi celui sur les églises ……………….) Elles ressemblent de plus en plus à une entreprise ………)

    Oui, les sages sont devenus fous !
    Et les deux ensemble ? La cupidité au service de l’intelligence et vis-versa ?
    Soit béni !
    Sandra

  3. Pour moi les crises financières sont inévitables dans le système capitaliste comme la pénurie dans le système socialiste… C’est une régulation intrinsèque du marché (une sorte de « purge » des excès)… Pour le reste, oui, le capitalisme repose sur deux grandes « qualités » humaines : l’égoïsme et la cupidité. C’est d’ailleurs pour çà que c’est le seul système qui résiste à tous les bouleversements politiques, économiques, financiers ou sociaux :il est parfaitement adapté à la nature humaine.

    Tous les systèmes politico-économiques soit pro (comme le libéralisme) soit anti (comme le socialisme) capitaliste reposent sur un postulat bibliquement faux : « L’homme est naturellement bon » (et donc saura se limiter dans ses appétits pour ne pas écraser son voisin comme disent les libéraux ou saura mettre son égo de côté pour travailler utilement et de façon désintéressée au bien commun comme disent les socialistes)…

  4. A ce que je vois, ce sujet inspire !(et les commentaires transpirent ? 😉 )
    Merci à chacune et chacun pour vos réflexions, que je partage également !

    Je rappelle ceci, extrait de l’essai « 6 »(voir plus haut) :
    « Grâce à la montée en puissance de la technologie, les Bourses allaient radicalement changer de visage.
    Elles allaient même perdre tout visage. Il faudra pour cela faire sauter les filtres humains ».

    On connaît la suite logique…une logique implacable, déshumanisante, qui explique l’évolution prise depuis des décennies. Une évolution qui semble obéir à un seul impératif…

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