Hier, je suis devenu encore un peu plus « anti-P »

Aucun signe par Piotr Siedlecki Non merci

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Non merci

Comme il est important de pouvoir joindre quelqu’un et être joignable, si nécessaire, je me rends avec ma chère et tendre chez l’opérateur X, hier après-midi, afin de recharger une carte, et être en mesure d’utiliser l’un des portables traînant à la maison.
Fouillant dans la jungle des diverses offres, nous cherchons une formule pertinente pour quelqu’un comme moi, un naïf qui considère (peut-être abusivement) qu’un téléphone sert à appeler et à être appelé, et pense n’utiliser son portable que tous les tremblements de terre, ou plus exactement, qu’en cas de besoin.

œufs de mille ans par Scott Meltzer Du durable ou du limité dans le temps ?

œufs de mille ans par Scott Meltzer
Du durable ou du limité dans le temps ?

Malheureusement, on nous propose, au mieux, que des « illimités limités » dans le temps (une semaine, un mois…) : « si vous n’utilisez pas votre compte dans la semaine, les points non utilisés sont perdus », nous explique la vendeuse…qui a du s’en mordre les doigts par la suite, puisqu’en fin de compte nous déclarons « vouloir réfléchir ». Une façon polie de dire que nous n’achetons rien.

C’est alors que je comprends mieux la raison d’être de certaines habitudes idiotes, comme de téléphoner pour un oui ou pour un non : des systèmes d’abonnements poussant à une consommation excessive (jusqu’à l’inutile) et injustifiée du portable.

C’est alors que deux histoires de science-fiction, lues il y a une vingtaine d’années, me reviennent en mémoire. Quel rapport avec le portable, me diriez-vous ?
A vous de juger :

Quand garder sa paye même vingt-quatre heures, c’est une sorte de suicide moral :
Dans la première partie de son roman « Le Guérisseur de cathédrales »* (1969), l’auteur de science-fiction Philip K. Dick imagine une société, où la monnaie,  sous forme de timbres-prime, se dévaluait très vite par l’inflation. Lorsque l’on recevait sa paye, il fallait s’élancer chaque jour le plus vite possible « vers le Gub, le superhypermarchécentrederédemption universel le plus proche, où l’on échangeait rapidement ses billets contre n’importe quoi : de la nourriture, des magazines, des pilules, un nouveau pull, pendant que l’argent avait encore quelque valeur. Tout le monde faisait la même chose. C’était une obligation ; garder l’argent du gouvernement même vingt-quatre heures, c’était s’imposer le désastre, une sorte de suicide moral. En deux jours, l’argent public perdait quatre-vingts pour cent de sa valeur rédemptrice ».(pp 12-13)

« Comment un homme peut-il devenir « anti-P » ? Il a toujours eu les mêmes idées ? Ou quelle mouche l’a piqué ? »**
Dans une de ses nouvelles, « Foster, vous êtes mort »(1955), le même Philip K. Dick nous décrit un monde marqué par la peur d’une guerre nucléaire, il est bon ton de posséder un abri antinucléaire dernier cri dans son jardin.
Mike Foster est un adolescent considéré comme « anormal » par ses camarades de classe et ses amis, parce que sa famille ne dispose toujours pas d’abri. Il rêve d’être comme tout le monde, afin d’échapper à cette pression sociale qui s’exerce sur lui.

Mais Foster a le malheur d’avoir pour père un homme un « anti-P ». « P » pour « portable » ? Plutôt pour « protection». Car le père de Foster refuse de « jouer le jeu » et d’acheter ce qu’il considère comme une vente forcée. En effet, profitant d’une privatisation à tout crin, y compris la défense(censé être l’un des rares domaines régaliens de l’état), et ce, « pour réduire la dette publique »(en 1955 !)***, des industriels proposent sur le marché des abris anti-atomiques familiaux, chaque année de plus en plus performants, donc forcément de plus en plus chers, et surtout aussitôt démodés.

« Science-fiction », vous avez dit ?

 

*Ed. Pocket(science-fiction), 2006

** »Foster, vous êtes mort », de Philip K. Dick, IN « Histoires de fins du monde ». Le livre de poche, 1974(La grande anthologie de la science-fiction), p30.

**« Une question de concurrence entre les villes pour voir laquelle achèterait le plus de matériel dans le minimum de temps. Améliorer notre cité tout en stimulant l’activité commerciale.  Bien sûr, ils faisaient valoir que si nous devions acheter nos masques à gaz et nos abris contre les bombes, nous en prendrions plus de soin. Comme si nous n’avions jamais endommagé les téléphones et les trottoirs ! Ou les autoroutes sous prétexte que c’est l’Etat qui les a payées. Ou les armées. N’y a- t- il pas toujours eu des forces armées? Est- ce que ce n’est pas le gouvernement qui a toujours organisé des hommes à lui pour la défense ? J’imagine que la défense coûte trop cher. J’imagine que par ce moyen, ils économisent une quantité d’argent et qu’ils réduisent la dette publique. »(op. cit., pp 36-37)

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