« Si Diogène revenait parmi nous il ne chercherait pas un homme, mais une tomate, une vraie… »

Après avoir été l’héroïne du documentaire « L’île aux fleurs »,

Tomates vertes par Peter Griffin Les tomates en voient "de vertes et des pas mûres" !

Tomates vertes par Peter Griffin
Les tomates en voient « de vertes et des pas mûres » !

la tomate revient au centre de nos préoccupations dans ce nouveau billet.
A l’origine, concernant l’évolution de la tomate, une obsession de la perfection. Et cela donne le résultat décrit dans cette chronique publiée dans le numéro 11 de la version papier d’Article11. Certains se sentiront sans doute plus concernés que d’autres (ceux-là zapperont et « passeront à autre chose »)par les conséquences écologiques et alimentaires posées par le traitement réservé à ce végétal, plante de la famille des solanacées. D’autres se risqueront peut-être, au terme de la lecture, à faire en plus une comparaison (type parabole) avec les effets d’une caricature de christianisme, qui ne serait qu’une variante d’un syndrome « pharisien » : la « conformité légale » mais sans la compassion et la saveur de la vie…à la place, un triste ersatz, fade et bidouillé.

Le cri de la tomate – n°1 [extraits]
par Jean-Luc Porquet
posté à 18h11, SAMEDI 27 AVRIL 2013 sur le site d’Article11.

La tomate a disparu. Elle était là, sous nos yeux, dans nos paniers, pimpante et goûtue. Et puis plus rien, envolée. À sa place, de tristes ersatz, fades et bidouillés. Qu’est-il arrivé ?

1.
(…)“Avant il y avait la tomate. Puis, ils ont fabriqué la tomate de merde. Et au lieu de l’appeler ‘tomate de merde’, ils l’ont appelée ‘tomate’ ” (…)
2.
Pour qu’elles ne souffrent plus du vent, du gel, des intermittences du soleil, et qu’elles poussent en toute saison, on les a mises sous serre, et ce sont désormais des ordinateurs qui règlent leur météo.
Pour qu’elles échappent aux maladies et aux parasites, on les a fait pousser sur un support inerte, généralement en laine de roche, par lequel passent chaque jour près de cinq litres de liquide nutritif apportant à chaque plant, goutte à goutte, sa ration d’azote, de phosphore, potasse, calcium, magnésium, sulfate, oligo-éléments, etc. Pour qu’elles soient parfaitement standardisées, sphériques, d’un rouge uniforme, fermes sous la main, pour que leur rendement soit maximum et les marges bénéficiaires confortables, on les a hybridées.
Depuis les années 1960, les chercheurs de l’INRA créent à jets continus de nouvelles variétés de tomates en croisant plusieurs variétés dont ils mélangent savamment les gènes, ceux qui donnent de meilleurs rendements, ceux qui permettent une bonne résistance aux maladies, ceux qui contrôlent l’épaisseur de la peau, etc. (…)
Pour qu’elles tiennent le plus longtemps possible sur l’étal du marchand sans mollir, des chercheurs israéliens ont inventé la long life. (…)alors que les tomates ordinaires, même hybridées, ont la désagréable idée de mûrir en quelques jours et, une fois bien rouges, de vite mollir puis pourrir, la Daniela possède le gène rin, dit « inhibiteur de maturation », qui lui permet de rester imperturbablement rouge, ronde, arrogamment dure, jusqu’à trois semaines après avoir été cueillie. Pour le producteur, le grossiste, le transporteur, le vendeur, c’est génial. Seul problème : la long life est immangeable. C’est une tomate de merde. Elle s’est répandue partout.
3.
Les consommateurs ont fini par s’en apercevoir. (…)Plein de gens ont dit que les tomates, c’était mieux avant. Généralement, quand quelqu’un dit que c’était mieux avant, on lui rit au nez. C’est un indécrottable. Un accroché à ses chimères. Un réac et tout ce qu’on veut(…)Mais là, ceux qui disaient que c’était mieux avant pouvaient le prouver (…)Ces tomates-là avaient du goût. Avaient, et ont encore, un vrai goût.
(…)
4.
Il existe deux conceptions du monde : la tomatière et la non-tomatière. Pour les non-tomatiers, peu importe le goût de la tomate. C’est le cadet de leurs soucis, du moment qu’elle est ronde, rouge et pas chère. Ils l’achètent n’importe où ; ce qu’ils aiment, c’est pousser leurs caddies et les remplir de choses pas chères. Certes, la plupart du temps, c’est la faiblesse de leur pouvoir d’achat qui les incite à adopter ce comportement douteux. Mais pas toujours. Il y a aussi ceux qui aiment ça, ceux à qui on ne la fait pas. (…)la tomate qu’ils achètent chez Auchan, c’est bien de la tomate, non ?
Et c’est pareil pour tout. Ils savent qu’on vit en démocratie, puisqu’on est libre dans l’isoloir et devant l’étal du supermarché. Les non-tomatiers ne cherchent pas midi à quatorze heures. Les tomatiers sont plus compliqués.
5.
«  Devenir adulte, c’est surmonter le désir infantile de l’âge d’or », dit Freud. Mais Freud ne connaissait pas les tomates d’aujourd’hui. Freud n’allait pas faire ses courses à Auchan. Freud vivait sans le savoir en plein âge d’or de la tomate. Nous qui rêvons à cet âge d’or ne sommes pas des enfants. C’est juste que nous n’acceptons pas d’être condamnés aux tomates de merde.
(…)
7.
Je ne sais plus qui a dit que si Diogène revenait parmi nous il ne chercherait pas un homme, mais une tomate, une vraie.
(à suivre et l’article complet à lire ici)

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2 réflexions sur “« Si Diogène revenait parmi nous il ne chercherait pas un homme, mais une tomate, une vraie… »

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